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DERNIÈRE CONTRIBUTION
Anonyme
De l'abscons en poésie

Voilà, j'espère que je suis au bon endroit. Je publie ici un poème qui a été refusé par la sélection pour cause d'"absconsitude". D'autres lecteurs ailleurs m'ont fait valoir le même reproche. Et pour moi, il est clair. Il date de février 2011 au moment où les Tunisiens et les Egyptiens se mettaient à secouer les palmiers pendant que je m'acharnais à compter mes pieds dans la jouissance de versifier.

Le voici:

 

 

Adieu, hiatus !

 

Le rouleau des tambours hurle un vacarme lourd,

Egypte et Tunisie arrachent un trou d’âme

Et toi qui, sans logis, gèle en ce cœur infâme,

Entonne quelques mots *aux cloches* de ton hourd.

 

Le chant des moribonds à ma sonate sourd,

Pleurniche un violon où  l’arène l’acclame,

Le pipeau imbécile enhardit mon vil blâme,

Les horreurs des bémols crispent mon index gourd.

 

Mon calame au ruisseau ne boit plus qu’une eau sale,

Le trille à mon bouleau n’entend plus que mon râle,

La flamme à mon foyer se brûle aux électrons.

 

Au bistro de ma rime où les poivrots dégueulent

Vielle  putain rigole à mes pieds les plus cons,

Le copain au hiatus trinque et ses verres volent.

 

Je sais, acclame et blâme, ainsi que sale et râle, ne riment pas, mais ils vont bien ensemble.

« Sonate sourd » (du verbe sourdre) n’est pas joli, c’est voulu.

S’il y a di-érèse à hi-atus, J’ai fait exprès de ne pas en tenir compte.

C’est la rébellion du poète.

 

*...*: j'avais écrit "au clocher de ton hourd" et lulu m'a fait justement remarquer que cela ne voulait rien dire puisqu'un hourd et un clocher c'est pareil.

 

Bien sûr je pourrais décortiquer la sémantique de chaque strophe et de chaque vers, mais mon intention était de dire, grosso-moso, que la poésie, ici, en tout cas la mienne, est complètement impuissante quand le printemps se déchaine ailleurs.

 

Je serais donc intéressé à ce que l'on puisse bavarder de tout cela, dans le seul but de pouvoir peut-être offrir une rose à mes frères.

 

 

Damy (manquant)
  Merci infiniment

 

Merci infiniment Tinuviel,

Ne vous inquiétez pas sur mes réactions à la critique, quand elles sont de la même veine que la vôtre, j’en redemande !

À sa lecture, bouh que ce poème me paraît compliqué ! Pourtant « qui se conçoit bien s’énonce clairement », j’ai du progrès à faire…

 

Pour le 3° vers, oui, vous êtes exactement dans le sens, mais j’introduis une  comparaison qui ne saute pas aux yeux : les sans logis d’ici et ceux qui sont exclus là-bas.

 

Au v4, j’exhorte les déshérités de sonner le tocsin ou l’angélus, ne serait-ce qu’au moyen de  quelques mots d’un chant révolutionnaire.  « entonne» ?, j’ai toujours du mal avec l’impératif.

 

V6-7, oui, c’est le peuple, le notre, qui ne veut que panem et ludi,et le violon c’est l’instrument de la musique plaintive, geignarde qu’on lui sert et qu’il aime, instrument que l’on mime quand on sent que l’on nous raconte des balivernes pour endormir. De même le pipeau c’est du pipeau (ou pipo) mais le peuple, le notre, aime ça. Instruments qui dégoulinent de bons sentiments. « L’amour c’est du pipeau, c’est bon pour les gogos » chante Brigitte Fontaine. Bien sûr ces 2 instruments s’opposent au tambour, au tam-tam de déclaration de guerre.

 

v8, un bémol n’est pas une fausse note mais il atténue d’un demi-ton la note entière donnée par le tambour. Il l’assourdit. Je le pointe de mon doigt engourdi (inutile,engoncé dans le confort) pour le dénoncer.

Violon, pipeau, bémol, c’est de la musique de chambre et le peuple, le notre, pleurniche, il n’entend même pas le tambour.

 

v10 Bouleau, boulot, celui que j’exécute quand j’écris un poème. D’habitude sur les branches du bouleau, les petits oiseaux font entendre leurs doux trilles, moi je râle et je ralle en m’échinant sur mon poème.

 

v11, là il n’y a vraiment que moi qui peux comprendre : en février on se chauffait les fesses tranquillou au coin du feu pendant que là-bas ils agitaient l’accélérateur de particules, ils faisaient péter une bombe atomique, l’électron étant  un élément constitutif de l’atome.

 

v12-13, en fait les poivrots qui représentent ici le « bon peuple », les bons gentils poètes vulgaires (au sens vulgum pecus) dégueulent sur  mes rimes et je fais rigoler la putain en lui déclamant mes cons de vers dont je me suis acharné à bien compter les pieds.

 

v14, quant au copain, qui a tout compris, il est tellement content qu’il arrose les hiatus conscients et ses verres (ses vers) s’envolent.

 

Je me doutais un peu que tout cela n’apparaîtrait pas clairement, c’est pourquoi j’ai voulu orienter le lecteur vers une lecture d’un sonnet qui provoque sciemment, parce que la prosodie se déconstruit petit à petit comme là-bas ils « déconstruisaient » les dictatures.

Mais c’est loupé, je suis bien prétentieux. Je devais être très énervé ! Je m’en voulais de n’avoir que mes vers pour arme (on fait ce qu’on peut là où on est), et j’en voulais aux « poètes » que je lisais à l’époque, se lamentant dans des histoires d’amours infernales bien métrées, insensibles aux chants révolutionnaires de l’Orient, leur préférant les violons, les pipos et les bémols…

 

J'aime bien les bistrots, on y aborde des choses graves sans se prendre au sérieux et l'on y trouve les expédiants nécessaires pour calmer ses nerfs.

Tinuviel1 (manquant)
Bonjour Damy,   Si vous êtes

Bonjour Damy,

 

Si vous êtes d'accord, je vais tenter d'expliquer en détail ce qui me pose problème dans votre poème. J'espère que ce "décorticage" ne vous heurtera pas et vous sera utile pour "comprendre notre incompréhension" :-)

Je vais commenter vers par vers ou à peu près, en bleu.

Il ne s'agit, bien entendu, que de mon avis et de ma perception, qui valent ce qu'ils valent.

 

 

Le rouleau des tambours hurle un vacarme lourd,

--> OK, rien à dire, ça commence bien

Egypte et Tunisie arrachent un trou d’âme

--> tout d'abord perplexe par rapport à "arrachent un trou d'âme", j'ai accepté la licence poétique, qui a du sens.

Et toi qui, sans logis, gèle en ce cœur infâme,

--> là, j'ai déjà un peu plus de mal, et je commence à décrocher : à qui est ce "coeur infâme" ? Que représente-t-il ici ? La nation, le régime à renverser, l'horreur de certaines exactions ? Je ne comprends pas.

Entonne quelques mots *aux cloches* de ton hourd.

--> alors, même si on fait abstraction de cette question de clocher et de hourd qui seraient ou non synonymes, je ne vois de toute façon pas comment on peut "entonner des mots aux cloches" d'un hourd ou de quoi que ce soit d'autre. L'image n'a pas de sens pour moi. Sont-ce les cloches qui entonnent ces mots ? Est-ce quelqu'un (le "sans-logis" précité, mais dans ce cas, vous auriez dû écrire entonneS, puisque c'est la 2ème personne du singulier : TOI qui entonnes = TU entonnes). Qui entonne quoi en fait ?

 

Le chant des moribonds à ma sonate sourd,

--> encore une fois, l'expression "sourdre à ma sonate" m'étonne un peu, mais comme le sens est assez clair, pourquoi pas. L'opposition entre "le chant" et "sourd" est intéressante, et la sonorité également. Licence poétique, OK

Pleurniche un violon où  l’arène l’acclame,

--> Stop ! quel est ce violon qui pleurniche ? Et qui l'acclame ? Le public de l'arène, si je comprends bien, mais qu'est-ce que cela représente ? Le peuple ? Et il acclame qui ? Qui ou quoi représente ce violon ? Les révoltés ? Et alors ce mot "pleurniche" qui est assez dénigrant me surprend, dans le cadre d'un encouragement à la révolte.

Le pipeau imbécile enhardit mon vil blâme,

--> Après le violon, un pipeau, dont je ne sais pas plus ce qu'il représente, et pourquoi il est dit "imbécile" ? Et comment un "blâme" peut-il être "vil", et encore plus "s'enhardir" ? Ce blâme est-il VOTRE blâme de la situation ? Auquel cas je pourrais comprendre qu'il s'enhardisse. Mais dans ce cas, pourquoi est-il "vil" ? Tout ceci, sur le plan de la langue, n'a pas vraiment de sens je trouve. J'aimerais comprendre ce que vous avez voulu exprimer exactement, parce que je ne le perçoit absolument pas.

Les horreurs des bémols crispent mon index gourd.

--> OK, on reste dans la métaphore musicale. Il me semble comprendre que, dans la partition qui est jouée, les bémols (je sous-entends les fausses notes ou les atténuations ou les répressions) crispent l'index de celui qui tente de jouer la partition révolutionnaire et engourdissent ses doigts. J'ai bon ou pas ?

 

Mon calame au ruisseau ne boit plus qu’une eau sale,

--> assez jolie métaphore ici, j'aime bien

Le trille à mon bouleau n’entend plus que mon râle,

--> toujours la métaphore filée de la musique qui réapparaît après un détour par la calligraphie (car je suppose qu'avec "le trille" vous ne parlez pas ici de la plante mais bien de l'effet musical, bien que ce bouleau qui apparaît subitement me laisse un peu perplexe : d'où sort-il et que représente-t-il ?)

La flamme à mon foyer se brûle aux électrons.

--> Mais que diable viennent faire ces électrons ici ? Doit-on aller chercher très loin une histoire d'électrocution ou d'électricité opposée au feu de bois ? Ou bien qu'est-ce que cela signifie ?

 

Au bistro de ma rime où les poivrots dégueulent

--> Pas très élégant, mais plutôt parlant comme vers. Une cuite aux rimes, pourquoi pas ?

Vielle  putain rigole à mes pieds les plus cons,

--> Alors là, je suis sciée... passe encore l'arrivée de la vieille putain, après tout après le bistrot, c'est assez cohérent. Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire de "pieds les plus cons" ? Des pieds cons, qu'est-ce que cela peut bien signifier ?

Le copain au hiatus trinque et ses verres volent.

 

Je sais, acclame et blâme, ainsi que sale et râle, ne riment pas, mais ils vont bien ensemble.

« Sonate sourd » (du verbe sourdre) n’est pas joli, c’est voulu.

S’il y a di-érèse à hi-atus, J’ai fait exprès de ne pas en tenir compte.

C’est la rébellion du poète.

--> et cette dernière strophe, même si elle semble, d'après vos explications, voulue, me semble vraiment arriver comme un cheveu sur la soupe. Je ne saisis pas votre intention du tout, pardonnez-moi. La "rébellion du poète" qui consisterait à s'affranchir de règles de manière ostensible (alors que la vraie liberté consiste plutôt à s'en affranchir sans avoir besoin de s'en justifier, de manière à ce que cela parle de soi-même) me paraît ici bien dérisoire au regard de la vraie révolte que le poète veut mettre en lumière.

Damy (manquant)
Merci Pierrot, j'ai dû me

Merci Pierrot, j'ai dû me tromper de catégorie, je l'ai mis, je crois, dans la catégorie "classique autres formes", ne sachant trop ce que veut dire "autres formes".

C'est justement la dernière strophe qui donne son sens au poème, enfin j'en aurais bien voulu ainsi.

Je vois bien que je n'ai pas atteint mon objectif, que je n'ai pas honoré mon contrat, sauf auprès des initiés qui savent ce que j'avais dans la tête en février 2011. Je pense donc que tel qu'il est, il aurait dû rester dans l'intime...

Pierrot
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En sélection, je n'ai pas

En sélection, je n'ai pas donné mon avis sur le fond, mais sur la forme, en simple technicien.

 

Ce poème était proposé en poésie classique.

Les trois premières strophes sont celles d'un sonnet traditionnel

Mais au second tercet vous vous en démarquez sciemment et dans la cinquième (que j'avais d'ailleurs prise pour une explication hors texte) vous enfoncez le clou.

 

Si vous tenez vraiment à la catégorie "classique", je vous suggère de modifier le second tercet en conséquence et de supprimer la cinquième strophe.

 

Voili, voilousmiley

 

 

Damy (manquant)
  Ben oui, micdec, chuis bien

 

Ben oui, micdec, chuis bien d'accord, vous avez tout compris d'Adieu hiatus !  c'est exactement  ce message que j'ai voulu transmettre pour réconforter ceux qui contaient fleurette à ce moment-là.

Encore que... je vais pas apprendre à un Espagnol comment dégoupiller un poème pour qu'il pète à la gueule de l'ennemi !

Et puis, Massoud, tiens, Ahmed Chah, le commandant, eh bien il déclamait des poèmes à voix basse ("le verre brisé") pour faire bander les Panshirians et rougir les mollahs avant de partir au combat.

 

Enfin, bon, quand-même, j'ai eu quelques correspondants là-bas à qui il a fait plaisir, sûrement parce qu'ils ont deviné mon intention de soutenir leur action…

 

« L’engagement uniquement verbal », oui, mais c’est le verbe qui s’est fait chair et non l’inverse.

 

Afin que je parle en en paraboles, que je boîte et bégaie comme les poètes : et en vérité, j’ai honte de devoir encore être poète.

Frederic Nietzchze

Ainsi parlait Zarathoustra

 

… Mais il est resté poète jusqu’au bout.

 

Moi non plus je ne suis pas poète.

 

Je suis désolé, lulu, que ce poème ne vous parle pas, nous devons être à mille lieux dans nos méditations.

luluberlu
Portrait de luluberlu
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Inscrit depuis : 24/12/2010
Damy, j'utilise pour les

Damy, j'utilise pour les définitions, synonymes et autres http://www.cnrtl.fr/

Exemple : http://www.cnrtl.fr/definition/hourd

ce qui me fait dire qu'un hourd et un clocher, ce n'est pas pareil.

Alors, après il reste la licence poétique, le détournement des mots, etc. Mais il faut tout de même que cela évoque qque chose, imprime une impression (ben tiens, c'est marrant de dire ça), évoque, etc. Sinon, comment faire pour faire une sélection un tant soit peu crédible ? Mais toujours subjective.

micdec
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Inscrit depuis : 28/11/2011
j'y reviens un peu et puis

j'y reviens un peu et puis j'arrête :-)

l'engagement uniquement verbal me fait penser à Jean Marais devenu un héros de la résistance parce qu'un critique collabo s'était foutu de sa gueule et l'avait appelé "l'homme au Cocteau entre les dents"

(ok, Marais s'est engagé dans la 2ème DB de Leclerc mais après la libération de Paris, hein, faut pas déconner non plus...)

N'embrassez pas les grenouilles

micdec
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Inscrit depuis : 28/11/2011
décidément, Damy, je vous

décidément, Damy, je vous comprends mal

la poésie -l'écriture en général- n'est pas une arme, c'est du pipeau aux lèvres d'un pâtre contant fleurette à une bergère

j'ai un grand-père mort en Espagne, pendant la guerre d'Espagne, physiquement engagé, mort pour de bon pour ses idées -à tort ou à raison, c'était sa vie à lui-

je soupçonne vaguement ne pas être le seul ici à avoir cette sorte d'ancêtre :-)

lorsque l'on parle de révolution, on devrait éviter les ergotages de la poésie

je conçois mal les engagements verbaux du type "intention vaut action"

je crois que les gens qui se battent, quelles que soient leurs motivations, n'ont que faire des "roses", même armées d'épines vecteurs du tetanos

quand je vois ce genre "d'engagement", je dois avouer que je suis très fier de ne pas être un poète

 

N'embrassez pas les grenouilles

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