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    Blois, 21 décembre 2011

 

 Marie et son chum* viennent de partir ;

 je suis seul, assis sur cette chaise noire, noire comme le café que mon amie m'a fait ce matin. J'en prends une gorgée, le liquide chaud flatte mon palais.

 

  8 h 06 du matin !

 

 Je contemple l'aube s'installer paresseusement en cette journée hivernale. La porte patio me livre un spectacle froid comme la température extérieure : ma journée ne s'annonce pas belle !

 

    Blois ! et je suis loin de mon Québec adoré.

 

  Les lumières de la ville s'effacent une à une, comme les étoiles disparaissent à l'aurore. Le jour hésitant avance, le visage encore embrumé. Une silhouette se déplace dans la rue, emmitouflée dans un manteau ; elle est courageuse ! Soudain je suis content d'être en vacances...

 

  Le portrait de Nicolas me regarde, posé sur un classeur brun. 5 ans, mais dégageant déjà cette assurance qui caractérise les grands hommes...

  Une autre gorgée de café. Il est froid ! En face de moi, le siège qu'occupait Marie est encore tiré. Sur la table, son bol me ramène à quelques instants en arrière, elle sirotant le liquide velouté comme toujours...

 

  8 ans qu'on ne s'est pas vus !

 

  Mon Dieu qu'elle a changé ! J'ai cherché les lueurs que je connaissais de son visage, mais je n'ai plus retrouvé l'innocence de ses expressions d'antan. Il y a quelque chose d'indiscernable dans ses agissements actuels, et au fil de ses aventures contées, se profile une étrangère, une autre femme qui s'est emparée de cette âme fragile que j'aimais et protégeais comme je l'aurais fait pour une soeur. En 8 ans il se passe forcément beaucoup de  choses ! Certains diraient qu'elle est une VRAIE femme maintenant, mais quelque chose en moi rejette cette métamorphose, peut-être parce qu'avec celle-ci je me retrouve comme un héros sans victime à sauver ?

 

  Le temps va me sembler long avant qu'elle ne revienne. Je ne sais quoi faire, ni où aller dans cette ville inconnue ; ou bien si ! je sais quoi faire ! je vais aller à la gare me renseigner sur les horaires de trains...

  J'achève mon café. Dans un coin, le téléviseur à écran plat Panasonic caresse le désir d'être allumé, posé sur une table basse à un pied du plancher, plancher blanc comme toute la décoration intérieure de la maison, maison vide où mon fantôme se regarde rêvasser...

 

  Et je prends à deux mains mes divagations, les froisse et les fourre dans une poche de mon veston, ensuite je sors ; direction la gare... Aujourd'hui Blois, demain Lille : c'est Fra et Ma qui vont être contents...

 

 

* Chum : québécisme qui veut dire "copain, copine, ami, amie, conjoint, conjointe".

 

 

 

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Commentaires

micdec
Hors ligne
Inscrit depuis : 28/11/2011
Cette fois, j'ai tout compris

Cette fois, j'ai tout compris !

C'est vrai que c'est moche, Blois. On s'y sent toujours étranger. Blois aurait bien du s'arrêter au temps des rois. Notons que c'est moins moche qu'Orléans, tout de même, un peu, sur les bords.

J'aime beaucoup l'histoire des retrouvailles qui n'en sont pas et cette vague déception au goût de café froid que l'on éprouve à retrouver une devenue étrangère.

Tout de même pas une raison pour se suicider en allant à Lille !

Un texte agréable, au demeurant, bien écrit et lucide.

Dommage que l'action ne se déroule pas du côté du lac St Jean, on aurait une chance de passer par la gare du Palais (pour le froid, ça vaut bien Lille, en moins triste)

N'embrassez pas les grenouilles

anubis1 (manquant)
Avis de publication : oui

J'adore ce genre de petit texte qui ne racconte pas une histoire mais un instantanné. Un moment cueilli dans une vie, quelque chose qui ne dure pas, la fugacité même...

Beaucoup de non dit, ce qui laisse une belle place au lecteur. L'expression est parfois poétique (le passage du téléviseur et les divagations).

luluberlu
Portrait de luluberlu
Hors ligne
Inscrit depuis : 24/12/2010
ce n'est pasoprement parler

ce n'est pas à proprement parler une nouvelle, plutôt la narration d'une pause provinciale pendant les vacances. C'est assez indolent, un  peu comme on l'est le matin au réveil. Il n'y a pas grand chose à en dire sinon

"Ah ! non ! c'est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire... Oh ! Dieu !... Bien des choses en somme." (Cyrano : E. Rostand)

Des chosqes intéressantes pourtant : "le téléviseur à écran plat Panasonic caresse le désir d'être allumé" ; j'appelle ça jouer avec l'ombre des mots.

 

Publication : oui, ce n'est pas une nouvelle, il faut passer en "Instantanés" (nouvellement créé).

 

PS: je précise à l'auteur qu'il n'y a pas que la gare à visiter à Blois. Il y a aussi le château royal. J'espère qu'il aura eu le temps de visiter Lille (et en passant un petit bonjour à Fra et Ma qui ne sont pas très loin).

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