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    Le lit est désert. Défait !

 

    Le salon est sens dessus dessous après le passage d'un typhon nommé Alycia, 8 ans, blonde.

La maison est désespérément vide malgré mes espérances et moi qui essayons de la remplir.

Les femmes de ma vie viennent d'entamer le voyage vers 200 km loin de moi.

 

    J'ai décidé de laisser fermées portes et fenêtres, du moins pour un moment, afin de garder plus longtemps les reliques de leur présence et, assis dans mon sofa, j'essaye de prolonger le réel par imaginaire interposé.

 

    Une autre belle nuit !

 

    Une autre fin de semaine à classer sur les étagères du souvenir, dans l'attente de la concrétisation de nos vœux... Nous n'avons pas fait l'amour comme des naufragés - ça fait longtemps que nous avons mis pied à terre au port des certitudes -, nous nous sommes aimés en silence, avares en mots et riches en actions ; une passion se mouvant à pas feutrés, immense envie d'un laisser-aller étouffé par la peur de la déception...

 

    Dans un silence assourdissant mon esprit recompose les hologrammes d'une vie estropiée, marquée de longues périodes blanches, d'absences d'elles. J'interroge les murs chargés du poids d'une existence figée sur le mat du papier, les photos me parlent en trois dimensions...

 

*

 

*      *

 

 

    Un an et demi s’est écoulé depuis ce jour de festival country à Saint-Antonin. Un an et demi que la main hésitante de l'histoire a commencé à tracer des caractères d'abord incertains, puis manifestes au fil du temps... Au collège, chaque fois qu'on cherchait en vain la solution d'un exercice de math, il y avait toujours un camarade qui lançait à la cantonade : « Pour chercher et trouver, il faut avoir longtemps cherché sans trouver » ; et la classe était secouée d'un éclat de rire. Aujourd'hui je me demande s'il n'y avait pas une part de vérité dans ces élucubrations... j'ai néanmoins failli passer à côté de la chance ! Parler de pluie et de beau temps à la première rencontre, oublier même jusqu'à son nom à la seconde ! Son nom ?

 

    Andrée, elle s'appelle !

 

    Loin d'être une Vénus, d'arborer les vêtements osés n'est pas son style, ni d'attirer l'attention par quelque subterfuge que ce soit ; d'ailleurs si c'était possible, elle se fondrait dans ses mots pour n'être qu'une pensée. Très fière, sans avoir l'allure des maîtresses altières du siècle des Lumières, elle sait museler ses inquiétudes. Son visage n'est pas un masque, ni son cœur une forteresse, et par sa simplicité elle annihile tout préjugé. Peut-être est-ce pour cela qu'elle est travailleuse sociale, les gens se méfient moins des personnes qui semblent sans défenses...

Andrée habite une bourgade de trois cents personnes avec qui elle a tissé des liens particuliers, une espèce de Mère Thérèsa avec les années en moins ; je me hais de la persuader à quitter ce milieu.

 

    Alycia est sa fille.

Une pure merveille de la nature !

Pas qu'elle soit docile et tout le temps conciliante, oh que non ! Elle peut être tête de mule à ses moments, mais combien intelligente ! Elle n'a pas connu son père ; il est parti après qu'on lui ai annoncé la nouvelle. Sa maman lui dit toujours que celui-ci ne s'est pas senti capable de la protéger, alors il est parti... Je l'appelle « ma fille » car la tradition qui m'a forgé pense que tout enfant en âge d'être le nôtre est le nôtre.

 

    Sa mère et moi avons pris l'habitude de la border collés à trois dans son petit lit. Un soir, avant de sombrer dans le sommeil, elle a sorti son journal intime, ouvert une page et lu :

 

  • J'adorre Ciryle.

 

À son âge on écrit au son, mais combien ces sons peuvent résonner dans un cœur en quête de reconnaissance...

 

*

 

*       *

 

 

    Il est quatre heures et demie, dimanche. Ça fait deux heures qu'elles sont parties. Demain « ma fille » va reprendre l'école, sa mère son travail, et moi le mien. Chaque minute passée ensemble est une particule de bonheur que nous essayons d'archiver afin de consulter aux instants de grandes solitudes. Se voir une fin de semaine sur deux c'est comme mourir douze jours et ressusciter pendant deux...

 

    Peut-être qu'il arrivera un temps où, moins lâches d'affronter l'improbable du futur, nous partagerons le même toit, mais en attendant nous essayons d'arroser une plante qui étouffe sous les épines d'une conjoncture bâtie sur l'indécis...

 

    Vivre par intermittence !

 

 

 

 

 

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Commentaires

micdec
Hors ligne
Inscrit depuis : 28/11/2011
  Un texte curieux. Ou

 

Un texte curieux. Ou interrogatif. 
Avec de jolies choses ("...nous avons mis pied à terre au port des certitudes", trés chouette, ça !)
"...elle se fondrait dans ses mots pour n'être qu'une pensée...", c'est bien écrit mais, sincèrement, c'est comment au lit ?
Je sais, j'ignore la sensibilité. Sûrement.
Il y a dans cet opus des qualités étonnantes, un sens aigu de la formule et, pourtant, une hésitation à rebondir sur la même formule, sur le mot-roi qui devrait commander l'auteur et le pousser dans le délire, gouffres et sommets.
Les "mots pour maître", auteur, devraient, je crois, être vos guides. 
Nous avons tous nos limites et nos moments de force. Votre force est dans les mots. Fiez-vous plus à leur pouvoir.
Et puis, à trois dans un petit lit d'enfant, y inclus pour simplement border, ce n'est pas parfait pour l'enfant. Trois enfants, oui, c'est parfait dans un lit. Deux adultes sur trois, cela fait deux intrus dans un monde.
Tant pis ! Pour la beauté des mots, parfois, j'aurais beaucoup aimé aimer plus.

N'embrassez pas les grenouilles

luluberlu
Portrait de luluberlu
Hors ligne
Inscrit depuis : 24/12/2010
Ce texte a été revu suite à

Ce texte a été revu suite à un premier passage en sélection.

Dans sa version actuelle, je suis plutôt du même avis qu'Anubis. Je ne développerai donc pas.

J'ai relevé quelques belles choses (tiens ! des cèpes) :

- ça fait longtemps que nous avons mis pied à terre au port des certitudes

- Une autre fin de semaine à classer sur les étagères du souvenir

- elle se fondrait dans ses mots pour n'être qu'une pensée.

- car la tradition qui m'a forgée pense que tout enfant en âge d'être le nôtre est le nôtre.

Au final, j'y verrai plus une ébauche d'un récit en devenir.

Publication : oui, mais...

anubis1 (manquant)
Avis de publication : oui, mais...

Un texte étrange, je trouve, parfois un peu hésitant entre tranche de vie toute simple (et dans ces moments-là, l'écriture est directe, légère, fluide) et entre symbolisme poétique (et malheureusement, dans ces moments-là, la construction des phrases devient parfois laborieuse, voire artificielle, comme dans cet extrait : "Loin d'être une Vénus, d'arborer les vêtement osé n'est pas son style"... la construction se complique d'une inversion et la phrase semle presque déséquilibrée.)

 

Pour le reste le texte est prenant, même si l'histoire peut sembler banale (une vie de couple le we à cause de la distance), touchant.

Je pense que plus d'émotion pourrait passer en simplifiant quelque peu certains passage. Un lecture agréable, mais qui, à mon sens, doit encore plus plaire à ses propres personnages qu'à un lecteur "lambda".

 

A moins de développer l'histoire contenue dans l'histoire, de développer la rencontre, le rapprochement, la vie au quotidien lointain... avec ses micros histoires dans l'histoire. Il y a dans ce texte les germes d'une très longue nouvelle qui pourrait vraiment permettre de rentrer dans les personnages. Reste à trouver un ton et à s'y tenir sur le long...

 

 

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