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      Ce matin-là, le temps promettait d’être de la partie. Pas le moindre nuage ou si peu. La journée serait belle.

Le maître des lieux projetait de faire visite à son ami d’enfance. Jean, il l’avait connu et côtoyé sur les bancs de l’école primaire de son village. Leurs souvenirs communs étaient de ces liens qui forgent et construisent les amitiés durables.

Ils avaient à ce jour l’un et l’autre atteint l’âge de la sagesse, l’âge de raison comme on dit communément.

À ce moment de leur vie,ils aimaient se remettre en mémoire et évoquer ces parties de pêche dans le ruisseau proche de chez eux et bien d’autres choses encore ; ces chapardages de cerises dans le jardin de la voisine quand celle-ci avait le dos tourné. Les balades à vélo interminables qui les ramenaient chez eux fourbus, mais heureux.

Les heures silencieuses qui faisaient suite à leurs errements étaient bienfaitrices, mais leur imagination féconde les ramenaient au tout commencement. Ils avaient grand-peine à trouver la paix intérieure. La nuit d’ordinaire réparatrice ne voulait pas d’eux. Qu’allaient-ils imaginer pour meubler leur lendemain.

À quoi songent-ils,ceux que le sommeil fuit. Allez donc savoir ? Leurs divagations d’esprit-folies du logis allaient-elles nourrir leur inventivité ? Quelles fantaisies à se mettre sous la dent ? Quelles extravagances pour meubler leurs moments de desœuvrement.

Tenez, peut-être ! la voisine,occupée à la surveillance de son cerisier. Silhouette qui regarde passer les gens, femme à contre-jour telle une vigie immobile cherchant à croiser le regard prédateur de quelques garnements en quête de nigauderies.

Leur longue impatience n’était pas toujours récompensée, mais ces étés à quatre mains étaient ponctués de balourdises, à même à l’automne de leur vie de meubler leurs conversations.

Tenez encore ! comme ce jour, ou croisant Amédée, le plus ancien du village, créature débonnaire, mais percluse de rhumatismes. L’un n’empêche pas l’autre, me direz-vous, encore que les rhumatismes peuvent altérer la bonne humeur.

Là n’est pas le propos, pensaient les deux sacripants.

Amédée ! nous pouvons peut-être t’aider à surmonter tes douleurs, lui dirent les deux garçons.

Nous connaissons un remède à tous ces maux. Recette qui nous vient du grand-père de Jean, en d’autres temps palefrenier de son état. Si ça marche pour les chevaux, pourquoi pas pour toi.

Écoutes bien Amédée, écoutes bien et prends note :

Faire cuire une demie douzaine de petits chiens de lait dans de la lie de vin rouge jusqu’à ce que la chair se sépare des os et ajouter à cela mauves, guimauves, bourses de pasteurs, bouillon blanc, camomille, mélilot et quelques autres à votre convenance. Le tout faire cuire avec les chiots 3 heures puis ajouter huile de lin térébenthine et 2 livres de miel. Laisser refroidir et appliquer sur les endroits douloureux.

Chose faite, le remède correctement appliqué fit son effet, mais pas seulement celui escompté.

Dans les jours qui suivirent, Amédée poussait des cris ressemblant à des hennissements. Les gens du village prirent ça pour de la folie. De bonne grâce, Amédée s’éteignit d’épuisement.

Les gamins se gardèrent bien d’en tirer vantardise et l’affaire s’arrêta là.

Leurs souvenirs peu à peu reprenaient vie laissant ressurgir du tréfonds de leur mémoire des histoires plus déraisonnables les unes que les autres. Telle la fameuse nuit des pères, fête dédiée non pas au père éternel, celui des églises, mais plus prosaïquement à ce père de famille le plus méritant, homme paraît-il à la main de fer dans un gant de velours et affirmant de surcroît être le coquelicot fragile, mais aussi, si nécessaire, le point qui le broie.

Grands enfants, ils l’étaient, la chose était bien entendue, jamais à court de récits,égrenant sans discontinuer des histoires plus improbables parfois coupables et toute honte bue sans le moindre remord. Leur inventivité était telle qu’ils auraient pu donner à penser que si l’astre solaire s’était malencontreusement déchiré, ils se seraient ingéniés avec succès, pensaient-ils, comble de l’enchantement à recoudre le soleil.

La source à histoires chez eux était intarissable, mais pour aujourd’hui, il se fait tard,nous en resterons là.

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Commentaires

luluberlu
Portrait de luluberlu
Autobiographique ???? Sacré

Autobiographique ???? Sacré garnement !surprise

plume bernache
recette dangereuse (pour les chiots)

Pour mes rhumatismes, je vais donc éviter la recette  du grand père de Jean. Ou alors en évitant la guimauve et la camomille ?

Je ne sais si tes garnements recoudraient le soleil mais yep yep a très bien recousu les titres de Gaëlle Josse, travail minutieux : on ne voit même pas les coutures.

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