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Sultan, assis sur son coussin de velours noir dominait sa cour. Son magnifique habit de brocard lui conférait autorité et respect. Même Lyon se couchait devant lui. Tout était pour le mieux, chacun vivait sa vie.

 

Panda paressait sur sa branche, Chien courrait derrière Chat gris, Renard surveillait le couple de Perruches anglaises dans l’espoir que l’une d’elles lui dégringole dans le bec et Lyon somnolait bercé par les cris de Rouge Gorge.

 

Mais un matin, ils s’éveillèrent figés dans un cadre de papier. Ils passèrent toute la journée immobiles à regarder passer des hommes des femmes et des enfants qui les dévisageaient. Sultan n’était pas mieux loti tout aussi incapable de bouger.

 

Chat gris resta serein car il dormit tout le jour, Panda ne remarqua rien. Le moindre mouvement chez lui était si imperceptible !

 

Avec l’extinction des lumières la porte claqua. En absence de lune l’obscurité fut bientôt totale.

 

Tapi dans le coin de son cadre, Chat gris s’éveilla. Curieux, il passa la tête au-dehors. Il alluma ses yeux bleus qui tel des projecteurs éclairèrent toute la pièce. Sultan aussi sorti de son sommeil. Il s’étira sur son trône, mit de l’ordre dans son habit dont les fils d’or étincelaient. Ses sujets encore tout engourdis s’animèrent, ils quittèrent un à un leur geôle pour venir s’incliner devant lui. Panda arriva bon dernier comme à l’accoutumée. Lyon prit la parole au nom de ses congénères.

— Seigneur, qu’est-ce donc ceci ?

— Mes chers amis, je n’en ai pas la moindre idée !

Une rumeur d’inquiétude parcourut l’assemblée. Rouge Gorge intervint.

— Majesté permettez qu’avec mes sœurs Anglaises nous fassions un tour de reconnaissance.

— Faite, je vous en prie, c’est une excellente initiative !

Chat, Chien, Renard, Lyon et Panda levèrent la tête pour suivre du regard les oiseaux. Ils revinrent au rapport et à tour de rôle ils racontèrent enthousiastes.

— Des fleurs en multitude !

— Un pot de groseilles !

— Une barque échouée !

— Un bol de cerises !

— Des bonbonnes de verre !

— Un château dans le ciel !

— Des théières d’étain !

— Un chalutier sur la mer !

— Un paysage japonais et un de montagne aussi !

— Et puis on en oublie ! dit le rouge-gorge.

— À la bonne heure ! S’exclama Sultan.

Silencieux, il pétrissait avec ses pattes avant le moelleux coussin. Cela l’aidait à réfléchir. Pas une mouche ne volait, tous ils attendaient.

— Très bien ! dit-il. Il n’est pas question de passer une journée de plus en captivité ! Nous allons nous évader ! Saisissons les opportunités qui s’offrent à nous ! Des hourras d’assentiment fusèrent !

— Nous devrons nous séparer ! Aussi que chacun décide de sa destination avant le lever du jour.

Panda s’avança.

— Sire je ne puis m’enfuir ! Je suis bien trop lent et j’ai besoin de mon bosquet de bambou pour survivre. L’immobilité ne me fait pas peur. C’est ma particularité, je ne souffrirai point de rester dans mon cadre.

— Fort bien, répondit Sultan. Si tel est ton choix qu’il en soit ainsi !

Chacun fit ses adieux à Panda. Le petit ours aurait juste le temps de rejoindre son habitat avant l’aurore.

 

 

Sans tarder, Lyon banda ses muscles puissants et d’un bond intégra le paysage japonais où il disparut. Ses compagnons entendirent un dernier rugissement en forme de salut.

Les inséparables Perruches anglaises rejoignirent à tire d’ailes joyeux le château dans le ciel. Chien et Renard décidèrent de partir de concert. Ils escaladèrent le mur, et prirent appui sur le cadre du paysage de montagne. L’air sentait bon le foin fraîchement coupé. Ils restaient côte à côte pour goûter ce dernier moment de complicité. Enfin, Renard trottina vers les sapins et s’enfonça dans la forêt. Chien, lui, se rendit au prieuré histoire de trouver un maître à qui s’attacher. Rouge Gorge avait repéré un petit sous-bois accueillant. Tout content de s’y sentir chez lui, il voleta de branche en branche, laissant dans son sillage des notes mélodieuses. Chat Gris était indécis. Il remuait la queue un peu agacé. Sultan s’adressa à lui.

— Voudrais-tu devenir mon fidèle conseiller ? Nous irions par les mers retrouver le royaume Ottoman de mon enfance. Je me fais vieux et j’aspire à une vie indolente sur les doux tapis d’Orient.

— Un voyage en ces contrées inconnues me semble prometteur, j’en serais honoré, Votre Altesse.

 

La barque échouée était tout indiquée pour aborder le chalutier. Une fois à bord, il faudrait s’y cacher le temps du trajet. La traversée s’annonçait belle avec à disposition du poisson sans compter. Les moustaches frémissantes, ils humaient l’air marin avant de s’endormir lovés dans les haussières.

 

Les premiers rayons de soleil filtraient dans la salle d’exposition. Au loin un coq chantait.

 

Noëlle était un peu en retard ce matin. Machinalement elle désactiva l’alarme. Elle avait juste le temps de se faire un café avant l’arrivée du public. La tasse à la main perdue dans ses pensées soudain elle stoppa net, remarquant un cadre vide ! Il y en avait un autre et un autre encore et là aussi le papier était vierge ! Incrédule, elle laissa échapper sa tasse de café !

 

 

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