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Épisode 1 : Silhouette qui regarde passer les gens

Léa semble à l’affût derrière la fenêtre de la cuisine, le front collé à la vitre. Mais l’adolescente n’est pas intéressée par le va-et-vient des passants dans la rue. Ce qui n’est pas le cas de son aïeule qui passe ses journées à la fenêtre, espérant une éventuelle visite ou observant l’animation qui manque à sa vie. Les yeux écarquillés, le regard fixe, Léa donne l’impression de dormir debout. Sa mère prise dans un tourbillon de choses à faire, pressée par l’heure qui avance, lui lance :

— À quoi penses-tu Léa ? Tu dois sortir Siou avant de partir au collège ! Bonne journée !

Sans perdre un instant elle court attraper le train de 7 h 30.

La chienne a entendu son nom. Elle a quitté son coussin et s’approche de Léa. Un doux gémissement accompagne le frétillement de son arrière-train signifiant qu’il est temps de sortir de l’appartement afin d’éviter l’accident. Léa s’active, branche ses écouteurs sur son baladeur numérique, attrape le harnais et les voilà bientôt dehors toutes les 2. 

 

Épisode 2 : L'ombre de nos nuits

 

Une fois installée dans le train, Capucine apprécie ce temps qui s’offre à elle.

Sur sa montre connectée, elle programme une alarme. 

La durée du trajet est une opportunité pour prolonger une nuit perturbée. En cette période de grands changements,nombre de soucis occupent son esprit.

Capucine a changé de métier en passant de l’univers de la cuisine où elle était cheffe à celui de la peinture. Coloriste dans l’âme, elle a troqué les couleurs des papilles pour celles des pupilles. La peinture, le jeu des couleurs, des textures, la création d’images ont bouleversé sa vie, mais aussi celle de ses proches, consciente d’avoir éclipsé sa vie de famille au profit de son épanouissement personnel.

— Il n’y en a plus que pour tes pinceaux ! lui a asséné Léa au dîner de la veille.

Comment faire comprendre à Léa que sa mère l’aime toujours autant ?

Capucine s’est assoupie, bercée par le rythme cadencé du TER. 

L’ombre d’une réponse se dessine lorsqu’une vibration sur son poignet la réveille.

 

 

Episode 3 : De vives voix

 

Marcelle ne fait pas dans la dentelle, elle a son franc-parler.

Un inconditionnel optimisme la distingue. « Chaque problème a une solution » répète-t-elle inlassablement. Elle chasse ses sombres pensées en traquant les belles éclaircies.

Hélène, couleur d’ébène, remarquable comédienne dans l’âme, reste intarissable sur ses désagréments en noir et blanc. Pourquoi est-elle noire lui demande-t-on sans cesse. Son bagou en a remis plus d’un à sa place, « qui s’y frotte s’y pique ! »

Marie s’est liée d’amitié avec Hélène et Marcelle en « ramant ».

Les 3 femmes soignées pour un cancer du sein furent conseillées par l’oncologue de pratiquer l’aviron. Les randonnées au fil de l’eau ont fluctué avec le temps. Aujourd’hui toute leur belle énergie et leur ténacité les réunissent autour du plateau de jeu du Scrabble.

Empressement et hypoacousie se mêlant, dès que les amies se retrouvent les décibels vont crescendo. Un éclat de vive voix enfle joyeusement… Jusqu’au score final, bien sûr.

« Ton mot n’est pas valable Hélène ! »

« je suis sûre que si ! » réagit Marcelle

« je viens de vérifier dans le dictionnaire officiel du Scrabble » dit Hélène

« je suis la seule à ouvrir depuis le début de la partie » gémit Marie

« Personne ne t’oblige à le faire ! » répondent en chœur les 2 autres 

« Temps mort ! » lance malicieusement Léa, interpellant les joueuses en poussant la porte d’entrée. Elle s’amuse et se réjouit de cette ambiance animée qui fait la nique à la morosité.

Marie s’adresse à elle : « Tu arrives au bon moment, j’ai préparé ton gâteau préféré ! »

« Un kougelhopf ! » s’exclame sa petite fille avec appétit, « le céleri-poulet de la cantine était dégueu  ! » 

 

 

Épisode 4 : Vigie immobile

 

De retour chez elle, Capucine s’étonne de ne pas être accueillie par la fougueuse accolade de la chienne, dressée sur ses pattes arrières et la queue balayant le sol.

D’alléchants effluves proviennent de la cuisine. Elle se représente Siou assise en vigie immobile, le museau pointé, espérant quelque gourmandise. Non la chienne n’est pas là.

Une étrange créature s’applique sur l’îlot central. La tête calée sous un écrasant casque audio, Léa n’a pas entendu sa mère rentrer. Affublée de lunettes de plongée, elle s’attelle à l’épluchage d’oignons. 

Derrière la verrière intérieure, Capucine regarde sa fille avec tendresse. 

 

 

Épisode 5: Un fil entre nos coeurs

 

Marie comme tous les samedis après-midi conduit sa chienne au centre canin. C’est une activité qui plaît autant à l’animal qu’à sa maîtresse. Celle-ci ne se lasse jamais d’observer Siou évoluer sur le parcours sportif. Sauts, agrès, balancelles, piquets et tunnels servent d’exutoire à une énergie que les brèves sorties journalières ne satisfont pas. 

Pendant ce temps, à l’appartement, Léa occupe la cuisine, son lieu de prédilection. Sur le plan de travail le contenu de la boîte à pain perdu est étalé. Une lame dentelée à la main, elle écroûte les tartines rassies. La tête penchée Léa reste concentrée sur sa tâche. Capucine découvrant la scène attrape son carnet d’esquisses et d’un geste vif croque sa fille. C’est une opportunité qu’elle saisit avec enthousiasme en même temps que son fusain.

Au retour de Marie, Siou, fatiguée, s’enroule sur son coussin.

Le gâteau de pain sur la table, la bouilloire à thé chuchotant les langues se délient les cœurs à l’unisson.

 

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Commentaires

plume bernache
pain perdu brioche perdue

 

Recette du pain perdu que l'on ne présente plus : pain trempé dans le lait l'oeuf battu, aromatisé au rhum ou à l'eau de vie de prunes plus ou moins selon le degré d'ivrognerie du consommateur. Puis frit à la poêle dans du beurre et largement saupoudré de sucre dans l'assiette.

 

À L'Estela, le dit pain perdu est revisité par l'ami Mathieu en "brioche perdue"

Il n'est pas précisé de quelle brioche il s'agit ...celle de l'assiette ou celle du gourmand ? Dans le deuxième cas ce serait de la publicité mensongère !

luluberlu
Portrait de luluberlu
Y'en a qui ne pensent qu'à

Y'en a qui ne pensent qu'à manger !

plume bernache
craquant

 

Un texte craquant comme les "croûtes des tartines rassies"

et encore une recette pour réveiller nos papilles !

plume bernache
optimiser

 

En voilà une bonne idée pour, hors saison, optimiser l'utilisation du masque de plongée !cool

Manuella
Portrait de Manuella
Où nous emmènes-tu avec cette

Où nous emmènes-tu avec cette " histoire de femmes " ?

Longue impatience... de connaître la suite !

enlightened

luluberlu
Portrait de luluberlu
Ah ! Léa ! Jacta est ! On

Ah ! Léa ! Jacta est ! On attend la suite... sans « Temps mort ! » et en mangeant une part de Kougelhopf.

 

plume bernache
parenthèse animée

 

Cette partie animée me rappelle pas mal de souvenirs de veillées de Noël ou du nouvel an en famille élargie.

Des répliques animées frisant l'affrontement...mais tout le monde (ou presque!) sait bien que c'est pour rire.

D'autant plus que le kougelhopf ou la galette ou la bûche mettent tout le monde d'accord finalement.

 

Dans "De vives voix" l'ambiance est parfaitement rendue. Une parenthèse de joie et de légèreté pour ces femmes qui ont vécu des heures sombres et douloureuses. C'est salutaire ! Et c'est la vie.

plume bernache
couleurs

"Troqué les couleurs des papilles pour celles des pupilles" !

yesyes Les couleurs de la vie, quoi...

 

 

plume bernache
à quoi rêvent...

 À quoi peuvent bien rêver les jeunes filles de nos jours, leurs écouteurs greffés aux oreilles  ? Haureusement Siou est là pour ramener Léa dans le monde réel !

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