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Audio (clic droit sur le lien, ouvrir dans un nouvel onglet) :  La Chapelle de l’Ange

J’avais enfin déniché la fameuse chapelle. « La chapelle de l’Ange » selon les vieux du village, qui la disaient hantée. Ce qui suffisait à piquer ma curiosité.

Longtemps je l’avais cherchée. En vain. Je finissais par croire qu’elle n’était qu’une légende forestière de plus. La dernière tempête avait abattu plusieurs arbres centenaires qui la protégeaient des curieux. Mais là elle était bien visible.

Barbelée dans un carcan de ronces de chablis et de lierre la bâtisse m’appelait.

Je ménageai un passage parmi des végétaux plus hauts que moi et parvins enfin au porche d’entrée. J’affrontai la porte close par un cadenas. Elle résista moins que prévu. Quelques vigoureux coups de pied et d’épaule eurent raison des planches vermoulues et des clous rouillés.

J’entrai timidement, presque religieusement. Impression de profaner un lieu sacré. Odeur de pierre humide et de moisissure. Ombrée de relents de bougie rance et d’encens. Illusion olfactive mémorielle ?

De longs rais de soleil s’immisçaient par les multiples brèches du toit et des vitraux brisés. Spots utiles à ma visite clandestine.

Un frôlement d’ailes, un courant d’air. L’Ange ? Non. Juste une tourterelle entrée par effraction comme moi et cherchant la sortie.

J’avançai vers les vestiges d’un autel

Un grincement à la porte. L’ancien prieur solitaire que l’on savait hargneux ? Peuh, mort depuis dix ans au moins.

Une voix : Quelqu’un ? Personne. Ma voix intérieure.

Cette clochette : l’enfant de chœur sonnant l’élévation avec un temps de retard ?

Écailles d’enfance soudain décollées de mes souvenirs ou mémoire des pierres ?

Cette infime cacophonie de flûtes et de trombone plongeant de la voûte : Les canards envolés lors d’une répétition calamiteuse coincés là depuis des lustres…

Errance de pensées engluées sous les cintres, effleurant les échancrures des vitraux. Péchés non confessés, contritions incomplètes, effroi des pénitences mal gérées. 

Une goutte sur mon nez. Une deuxième dans le cou. Frisson. La troisième sur mon front m’invectiva vivement « lève les yeux au ciel enfin ! Quitte tes pensées fumeuses et Regarde ! » L’ange. Oui cette fois c’était lui ; ou  pire, son fantôme.

J’obtempérai. Le soleil, projecteur avisé, révéla la voûte peinte de formes indistinctes à demi effacées où subsistaient pourtant fantômes de visages et corps  aux teintes délavées. Ruisselant le long des parois l’ondulation d’une barbe se diluait en nuages bleutés qui s’installaient au sol en camaïeux d’écume. Mêlé à l’azur délavé d’un ciel pâle, l’ocre roux des torses que l’on devinait au plafond avait sinué jusqu’aux dalles du sol en infimes plumes chatoyantes échouées en rosace.

Quel artiste a signé l’œuvre originale avant de la confier aux gouttières du ciel et au génie des courants d’air ?

L’Ange sans doute. Mais quel Ange ? Mais quel Ange ?

 

 

 

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Commentaires

Manuella
Portrait de Manuella
Visite émouvante et

Visite émouvante et artistique entre observation et imaginaire. Une belle part au mystère. Une oeuvre, un lieu réinventés pour le plaisir visuel, intemporel.

enlightened

luluberlu
Portrait de luluberlu
Voilà là bien une nouvelle

Voilà là bien une nouvelle non barbelée. Pour le Chablis je le préfère bien frais, blanc comme l’ange, et sans ronces.

« J’entrai timidement, presque religieusement » me semble quelque peu exagéré, surtout avec « Quelques vigoureux coups de pied et d’épaule ».

Enfin ! des aveux (Maria) : « péchés non confessés, contritions incomplètes, effroi des pénitences mal gérées. »

« Mais quel Ange ? » ou Mickaël Ange ?

 

Merci pour cette « légende forestière » et musicale (contemplative et contemporaire). Fusion réussie.

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