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Le violoniste des Océans

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Dans le tréfonds des abysses glacés, j’avais atteint le cap dont nul ne revient.

Mon corps peu à peu s’était engourdi et ma conscience évanouie. Plus rien. Noir profond. Néant.

Pourtant dans cet au-delà, sourdent murmures plaintes et gémissements… Esprits de mes congénères naufragés m’ayant devancé dans cette immensité mortelle. Jugement Dernier, Pesée des âmes ? Jamais je n’ai cru à toutes ces sornettes. Maintenant je ne suis plus sûr de rien.

Frôlements, picotements, effleurements, caresses incertaines. Les ondes sonores se rapprochent. Soudain une puissante vague de fond me soulève hors de l’eau. Le vent s’engouffre dans ma poitrine et gonfle mes poumons. Je respire. Je vis.

Je chevauche une large lame de chair moelleuse humide et ondulante surplombant de plusieurs mètres la surface marine. Les sons continuent de plus belle. Modulations étranges et presque harmonieuses. Semblant envahir l’immensité sous-marine. Vibrations sorties du fond des océans. Me pénétrant jusqu’à la moelle. Des chants jaillis de poitrines robustes se répondent, s’amalgament aux éléments.

Soudain une bourrade aiguillonne mes côtes. J’entends sonner des cordes… Leurs voix sont familières. Amicales : Mon violon ! Toujours fixé à ma ceinture, dans sa mallette de cuir, il a résisté aux assauts des glaces des vagues et des courants. Sois remercié Seigneur des Océans, qui que tu sois, Dieu ou Neptune. Mon violon est sauvé ! Mon âme, mon cœur !

À peine ai-je dégrafé la fermeture de son étui, le voilà qui saute dans mes bras et qui prend la posture niché au creux de mon cou. L’archet fait trois sauts périlleux et atterrit délicatement entre les doigts de ma main droite. Et la musique fuse !

À la barbe de l’écume, partitions en cavale jouent à saute-mouton. Les notes folâtrent de tout bord, clés de fa de sol de do volent jusqu’aux nuages. Au triple et quadruple galop les croches s’emballent dans les vagues en folie. Les pizzicatos chatouillent les poissons. Les crescendos rejoignent la chorale sous-marine des cétacées et les grands legatos caressent le ventre de la baleine qui m’a sorti de l’eau.

À cet instant je songe à ma chère Maria. Maria qui m’a offert, en cadeau de fiançailles, ce violon merveilleux en précieux bois de rose. Inséparable prolongement de mon être profond.

Rêve ou réalité, sur le souple perchoir cétacé, ma douce fiancée se niche au creux de mon cou. Doucement nous voguons. Nus, nous vibrons à l’unisson, mais…

Où est mon violon ?

 

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Commentaires

plume bernache
Le texte décrit parfaitement

Le texte décrit parfaitement la peinture, la sublime, la complète, épouse ses formes des quelques virgules, quelques lettres et une avalanche de mots.

olala
Le violoniste de l'océan Vladimir Kusch

Un texte d'autant plus "touchant" qu'il s'inspire, même librement, du naufrage du Titanic.

Particulièrement aimé les 4 derniers paragraphes de ton texte : "j'entends sonner des cordes...qui m'a sorti de l'eau". Paragraphes tout en images et métaphores enjouées et mélodieuses.

Tout particulièrement goûté aussi la "transposition" violon -Maria ses deux amours, deux "êtres" qui l'ont fait vibrer et avec qui il a vécu en belle harmonie. Rêve ? Réalité ? Peu importe. Ils vibrent à l'unisson... et moi avec eux ! 

plume bernache
Titanic

//www.medecine-des-arts.com/fr/l-incroyable-histoire-du-violon-du.html

 

Nouvelle librement inspirée de la véritable histoire du violoniste du Titanic...Pour la baleine, je suis pas tout à fait sûre...

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