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Les nuages étaient bas dans le ciel, comme si surpris de trouver la terre au-dessous d’eux après leur traversée, ils n’avaient pas eu le temps de remonter à une distance respectable. Le soir envahissait peu à peu les trottoirs et le vent se mit à chuchoter entre les immeubles.

L’esprit occupé, consciente du silence de l’appartement, elle se tourna sur le côté, mis les pieds sur le canapé, remonta les genoux sous le menton et trouva dans le bruit assourdi du vent un certain apaisement : elle ferma les yeux, s’assoupit et fit un rêve.

 

Une chaleur d’abord douce l’envahit, puis petit à petit monta en intensité.

Soudain il fit vraiment chaud sur cette plage de « Playa Tambor ».

Cette péninsule, aux bords découpés comme si un enfant maladroit avec ses ciseaux à bouts ronds pour ne pas se blesser avait en tirant la langue suivi approximativement le tracé , était ourlée de plages de sable blanc et fin sur lesquelles l’écume des vagues venait joliment se déposer.

L’eau de l’océan Pacifique était incroyablement chaude et glissait sur sa peau.

 

Élise se laissait aller comme dans un nid cotonneux.

 

Lorsqu’elle avait choisi ses vacances, elle avait eu un coup de cœur pour cette région du monde : le Costa Rica.

Ce pays vert, plus long que large, respectueux de la nature, bordé par l’océan Pacifique et la mer des Caraïbes, réunissait tous ses critères de vie et son côté « écolo ».

 

Cependant, quelques jours après son arrivée, elle avait remarqué que tous les curseurs écologiques vantés sur son guide touristique n’étaient pas aussi verts qu’elle le supposait.

Elle avait  aperçu quelques hélicoptères saupoudrant on ne sait quoi sur les plantations d’ananas…

Mais bon, la « pura vida » des autochtones l’avait séduite et elle se sentait bien dans cet environnement.

 

Après cette matinée de détente, Élise avait prévu d’aller visiter une île perdue dans le golfe de Nicoyo, la « isla tortuga », sur laquelle les tortues venaient pondre à la bonne saison, d’octobre à avril.

Cette période étant terminée, Élise ne sentait pas la morsure de la culpabilité qui aurait pu l’habiter à l’idée de déranger ces courageux animaux marins qui, laborieusement, au prix d’un effort nous paraissant à nous autres bipèdes, surhumain, venaient régulièrement déposer leurs œufs pour pérenniser l’espèce.

 

Elle avait prévu de prendre un bateau rapide qui viendrait la chercher avec d’autres sur la plage pour les emmener vers cette île mystérieusement attirante.

Le rendez-vous était fixé à 14 heures.

Elle avait le temps, après le bain, d’aller flâner dans la petite bande de palmiers et de cocotiers qui bordait la plage.

 

L’heure du déjeuner approchait.

Elle ne put résister à une de ces salades extraordinaires colorées et délicieuses qu’un petit étal proposait.

Une sieste conclut le tout.

 

À l’heure dite, le bateau s’amarra et quelques vacanciers, un peu bruyants à son goût, prirent place à ses côtés dans l’embarcation.

Le pilote démarra en trombe pour, leur dit-il, une bonne vingtaine de minutes de traversée.

Le bateau, ivre de vitesse bondissait dans la houle et l’eau éclaboussait les visages des passagers ravis.

Soudain, à la fois sur les côtés et comme ouvrant le chemin, un groupe de dauphins se mit à jouer avec le Bombard.

Ils filaient comme de véritables fusées.

Les passagers qui jusque-là hurlaient d’un étrange mélange de plaisir et de peur, n’avaient plus de mots et,  tétanisés par le miracle qui se déroulait sous leurs yeux, ils restaient bouche bée devant tant de beauté.

Le pilote, sans doute accoutumé à croiser ces Delphinidés, arrêta son bolide.

Le calme étant revenu.

 Le tumulte des vagues s’étant apaisé, les animaux marins n’avaient plus envie de jouer et ils disparurent dans les profondeurs au grand désarroi d’Élise et de ses comparses.

 

Alors le bateau repartit, d’abord doucement puis de plus en plus vite pour de nouveau fendre les flots avec moult  éclaboussures sur ses passagers.

Et là, comme par enchantement les dauphins revinrent.

En jouant, sautant, plongeant, ces êtres filiformes, tellement sympathiques, donnaient à chacun la délicieuse sensation de toucher du doigt l’insouciance, le jeu, la beauté à l’état pur, mais surtout, surtout, l’immense bonheur de côtoyer la liberté avec un grand L.

 

Déjà, l’île destination de la traversée apparaissait.

Le bateau ralentit pour s’arrêter sur la grève et couper le moteur.

 

Les dauphins disparurent cette fois pour de bon.

Les passagers s’étaient murés dans un silence rêveur, les yeux brillants de calme, de sérénité et de bonheur.

 

Élise et ses compagnons de voyage eurent la certitude à ce moment précis que l’espace d’un moment le temps s’était arrêté ; le temps d’une rencontre magique…

 

Élise ouvrit doucement les yeux, elle se sentait bien, elle était heureuse.

 

 

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Commentaires

olala
Hors ligne
Inscrit depuis : 01/02/2014
Rencontre magique

" La Côte riche ", " L'île aux tortues " autant de destinations à vous faire saliver !

Merci de nous y avoir invités, de nous avoir fait partager et goûter ces " plages de sable blanc et fin sur lesquelles l'écume des vagues vient joliment se déposer ".

Dommage que la façon dont tu narres fasse plus penser à un voyage déjà vécu qu'à un rêve.

J'ai bien aimé l'image de " l'enfant maladroit "

cfer
Hors ligne
Inscrit depuis : 19/11/2014
Au-delà du rêve!

Merci pour ce beau voyage au Costa Rica.

j'aime l'image de "l'enfant maladroit occupé avec ses ciseaux à bouts ronds..."

Merci de corriger notre imaginaire touristique en nous ramenant à la réalité:

"Elle avait remarqué que tous les curseurs écologiques vantés sur son guide touristique n'étaient pas aussi verts qu'elle le supposait.."

(Mine de rien, ce tout petit pays est le plus important utilisateur de pesticides de la planète!")

Merci enfin pour l'évocation de la promenade en bateau:

"Le bateau ivre de vitesse..." on s'y croirait!

 

plume bernache
Hors ligne
Inscrit depuis : 09/10/2014
quel rêve enchanteur !

« Cette péninsule aux bords découpés… se déposer » : Tout d’abord j’ai trouvé cette phrase trop longue. Puis en la relisant à haute voix, j’ai bien senti la difficulté de l’enfant maladroit pour découper sa péninsule, avec des ciseaux à bouts ronds ( !) en s’appliquant et en tirant la langue et à la fin, on voit les plages de sable fin, les vagues, l’écume : il a réussi son découpage !

Avec un rêve comme celui-là, qui semble être une véritable expérience touristique, vécue dans tous ses détails, on n’a nulle envie de se réveiller !

 

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