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Épisode 1

 

Il avait passé 1 h à déneiger le devant des portes bloquées par l’amoncellement de neige et à dégager le parking de la maison.

Les voitures et les buissons, statues aux formes courbes, étaient comme enduites d’une copieuse couche de Chantilly, songeait Lucien, pourtant repu après un gargantuesque petit déjeuner.

Ce matin sa mère lui avait lancé un « va déneiger, un peu d’exercice te fera du bien ! ».

Nonchalamment il se mit en quête de sa combinaison qu’il enfila avec difficulté, de ses après-ski indispensables avec ce froid (même s’ils refusaient de grimper au-dessus de la cheville) le thermomètre indiquant -6 °C et ses gants waterproof s’il voulait conserver l’usage de ses doigts.

Profitant des congés scolaires Lucien s’octroyait de copieux petits-déjeuners — œufs sur le plat au bacon frit, accompagnés de tartines au beurre de cacahuète et suivis de céréales au chocolat nappées de sauce caramel.

Ses parents dans leur bureau à l’étage en télétravail, sans le vouloir, laissaient le champ libre à cette orgie matinale.

C’était l’unique repas où il pouvait laisser libre cours à ses pulsions, loin des regards réprobateurs de ses proches qui gâcheraient son compulsif plaisir.

Peut-être savait-il que la terre est ronde et qu’il cherchait à en imiter sa rondeur.

 

Épisode 2

 

Sur le chemin forestier une silhouette encapuchonnée avançait lentement.

Sa progression sur l’épaisse couche de neige fraîche, d’où il dégageait ses pieds à chaque enjambée, le fatiguait.

Le corps et le regard portés vers l’avant par la charge qui l’encombrait le privaient du spectacle hivernal environnant : les arbres, de chaque côté du sentier, par leurs sommets alourdis s’unissaient et formaient une voûte de cristal. Une lumière blanche traversait ce toit de givre et faisait scintiller les cristaux de glace.

Il passait à proximité lorsque Lucien achevant son travail de déneigement l’aperçut.

Lucien reconnut la parka jaune à capuche et les bottes fluo de son copain de classe Gustave.

Curieusement malgré ses cris et gesticulations pour attirer l’attention de son ami celui-ci poursuivit sa route précipitamment.

Lucien était inquiet.

Gaspard et lui sont amis depuis la maternelle. Inséparables ils n’ont pas de secret l’un pour l’autre.

L’instant de surprise passé Lucien décida de  se mettre en route pour le rejoindre.

 

Épisode 3

 

Gustave-Gaspard avait décidé ce matin d’aller faire de la luge sur le coteau. Il a dû changer ses plans. Son père partant travailler lui avait annoncé qu’il allait se débarrasser des petits de sa chatte Gribouille (celle-ci n’avait pas l’instinct maternel et elle ne s’occupait plus de ses petits). À l’annonce de cette nouvelle Gus se précipita dans la buanderie où nichait la portée. Il attrapa un carton qui traînait par là et y fourra une couverture avec les chatons à l’intérieur.

Il sortit de la maison et prit la direction du bois

Lorsque Lucien qui après l’avoir aperçu, le rejoignit Gus lui expliqua la situation. Il fallait trouver quelqu’un qui pourrait les aider.

À ce moment-là ils virent arriver une silhouette qu’ils connaissaient bien. Blandine, une amoureuse de la nature qui apportait des pommes pour les biches.

« Bonjour Blandine, tu aimes bien les animaux on dirait » lança Lucien.

« L’hiver c’est difficile pour les animaux de se nourrir, alors je les aide » lui répondit  la fillette.

« Figure-toi que nous avons avec nous des animaux qui eux aussi ont faim »  intervint Gus et, joignant le geste à la parole, il écarta les pans de la couverture et découvrit quatre petites boules de poils pelotonnées les unes contre les autres.

Blandine s’exclama indignée « mais qu’est-ce que tu fais ? Ces animaux devraient être avec leur mère ! »

« Justement leur mère ne s’en occupe plus, et mon père veut les tuer » rétorqua Gus.

Sensible à la destinée de ces petits êtres sans défense et déjà si attachants Blandine n’hésita pas longtemps et proposa : « je peux les garder le temps que vous trouviez une solution. Mes parents ont déjà eu du mal à accepter que j’aie une chienne » (celle-ci d’ailleurs ne quittait pas sa maîtresse d’une semelle, un vrai toutou)  «  alors des chats en plus… »

Les deux garçons accompagnèrent leur amie chez elle. Ses parents étaient absents. Blandine installa les chatons dans la chaufferie, dans la vieille panière de Vanille sa chienne caniche. Celle-ci semblait s’intéresser aux nouveaux venus. Si bien que lorsque la fillette ouvrit la porte pour raccompagner Gus et Lucien la chienne ne les suivit pas. Elle se coucha à côté des chatons en les couvant des yeux.

 

Épisode 4

Gus s’inquiétait de la cohabitation du caniche et des chats. Vanille n’allait-elle pas défendre son territoire et attaquer les chatons ? Malgré les doutes il fallait avoir confiance. Blandine ne semblait pas inquiète et pour le moment il n’y avait pas d’autres alternatives. Remerciant leur amie ils quittèrent les lieux.

Le reste de la journée fut employée à trouver une solution. Gus posa des affichettes chez les commerçants du village. Lucien contacta l’animalerie, le cabinet de vétérinaire et la S-P-A les plus proches.

Le lendemain Gus passa prendre son copain. Blandine avait téléphoné. Elle les attendait. Une chose dont elle ignorait l’existence s’était produite.

Devant sa maison la fillette avait du mal à contenir une certaine excitation.

« Jamais vous ne pourrez croire ce que vous allez voir de l’autre côté. J’ignorais que cela puisse exister » dit-elle sous le coup d’une forte émotion.

« Mais de quoi tu parles ? » questionna Gus qui s’inquiétait de la voir ainsi fébrile.

Ce qu’il craignait était-il arrivé ? La chienne avait-elle mangé les chatons ?

« Suivez-moi et ne faites pas de gestes brusques ni de bruits » intima Blandine.

Ils entrèrent dans l’habitation à la queue leu leu et collèrent leurs pas à ceux de leur amie. Elle les amena jusqu’à la chaufferie.

Vanille dressa la tête en les voyant arriver puis reprit sa position initiale. Les garçons n’arrivaient pas à croire ce qu’ils voyaient. La chienne allongée dans la panière… allaitait les chatons.

« Voilà une affaire rondement menée » s’exclama Lucien.

« Moi qui croyais que les chiens ne faisaient pas des chats » lança Gus.

« Je n’ai jamais vu ça » rajouta Blandine

« Il y a tellement de choses qui nous sont cachées » répliqua le père de la fillette qui observait la scène à leur insu. C’est alors qu’il cita une phrase qui marqua les jeunes esprits. « Peut être savait-il que la terre est ronde, mais moi je l’ignorais, pour que nous ne puissions pas voir de l’autre côté ».

Les enfants adoptèrent un silence respectueux vis-à-vis de l’adulte. Le message contenu dans la citation dépassait leur compréhension.

C’est alors que Blandine, moqueuse, détendit l’atmosphère en lançant à son père « c’est la phrase du film d’hier soir ! Je m’en souviens, c’est maman qui t’a expliqué ce que ça voulait dire ! » 

 

Épisode 5

Un ange passe…

 

Fin.

 

Illustration: 

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Commentaires

plume bernache
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Inscrit depuis : 09/10/2014
malicieuse

  Triplement moqueuse en effet, cette petite Blandine qui n'hésite pas à dénoncer le "plagiat" de son père , son ignorance du sens de la phrase, et par dessus le marché la nécessaire intervention de Maman qui elle – normal c'est une femme – a tout compris !!! Tout cela devant les enfants… Pauvre papa !

 Cristemarine est aussi malicieuse que Blandine. devil Confirmation apportée par l'ange qui passe !angel

 

 

Une petite remarque sur le mot "alternative" qui là, me semble - t - il, doit être au singulier : " il n'y avait pas d'autre alternative" (une alternative est une option entre deux éléments)

plume bernache
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Inscrit depuis : 09/10/2014
-----L ?

 

 -----L ???

 

 Un toulousain digne de ce nom ne devrait-il pas plutôt ponctuer sa phrase par "-----N"? Ou même "-----N--N?"

 Tu vois bien, luluberlu, que le message passe : Je corrige même tes commentaires coolangel

 

luluberlu
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« Puisqu'il le faut,....L » :

« Puisqu'il le faut,....L » : non ! parce qu'on le doit ! ManifestemEnt le message ne passe pas.

plume bernache
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douceur et fraîcheur

 

 D'abord ma première impression: beaucoup de douceur et de fraîcheur dans cette histoire. On voit bien la scène.

 On s'y niche comme dans un conte de noël, c'est de saison et ça fait du bien. Merci Cristemarine !

 

Puisqu'il le faut, je me permettrai juste de proposer d'agencer différemment la phrase:

 

"Lorsque Lucien qui après l'avoir aperçu, le rejoignit Gus lui expliqua la situation"

 

Peut-être:(ou pas…)

"Lorsqu' après l'avoir aperçu Lucien le rejoignit, Gus lui expliqua la situation "

plume bernache
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Inscrit depuis : 09/10/2014
   La silhouette

 

 La silhouette encapuchonnée, la voûte de cristal, l'étrange comportement de Gustave( ou Gaspard?)…

Atmosphère étrange…surnaturelle. Presque inquiétante ?

On a hâte de savoir la suite.

La photo est magnifique.

cfer
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Inscrit depuis : 19/11/2014
Épisode 1

Les principaux traits de caractère du personnage ainsi que son environnement sont posés...Dur!Dur!

la Terre mère pourra-t-elle l'aider?

J'ai faim de lire la suite.

luluberlu
Portrait de luluberlu
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Inscrit depuis : 24/12/2010
Pelleter la neige ou pelleter

Pelleter la neige ou pelleter à table du beurre de cacahuète, il n’y a que la taille de la pelle qui change.

Bienvenue ! J’espère que tu ne patines pas trop pour la suite (sinon, faire « à pelle » à Lucien !).devillaugh

plume bernache
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Inscrit depuis : 09/10/2014
bon appétit!

 

 Il faut toujours avoir un objectif dans la vie ! Et ce Lucien est bien parti pour l'atteindre…drinks

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