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« Le Moulin de la galette » d’Auguste Renoir

Bourvil - C’était bien ( Au petit bal perdu )

 

— Grand-mère, c’est vrai que monsieur Gustave t’a dessinée sur ce tableau accroché au-dessus du piano ?

— Bien sûr, tu ne me reconnais pas ?

— Euh  pas vraiment… Montre-moi. Tu es où dans le tableau ?

— Devant à gauche ! La petite fille blonde.

— Ah, c’est toi Grand Mère ? Tu as un peu changé tu sais. Où cela se passait-il ?

— Ça mon petit je ne me souviens plus… Il y a si longtemps. Ah j’avais de beaux cheveux n’est-ce pas ?

— Oui, on dirait que le peintre a vidé son tube de jaune sur ta tête.

— On disait même qu’il ajoutait de la poudre d’or dans sa peinture pour donner plus de lumière, mais ça je n’en suis pas sûre. Si tu savais combien il aimait venir dans cette guinguette avec ses amis ! Saisir l’insouciance et arrêter le temps. Si seulement…

— Mais le nom de cette guinguette tu ne te le rappelles plus ?

— Il me semble qu’il y avait un moulin à côté… mais le nom ne me revient pas. En revanche je me rappelle  le ruban bleu qu’Estelle  m’avait attaché dans les cheveux. J’étais fière tu sais. J’aimais bien accompagner mes deux grandes sœurs Jeanne et Estelle. Presque tous les dimanches on venait  à ce bal qui s’appelait… qui s’appelait ? Comment s’appelait-il ? Je ne sais pas je ne sais plus.

 

Mais je sais qu’on me donnait un grand verre de grenadine et que j’aimais ça. Mmmm, c’était sucré. Fallait faire bien attention aux guêpes qui tourniquaient autour. Ah… il n’y avait pas que les guêpes qui tournaient, je me souviens de Margot qui valsait à s’en étourdir. Tellement qu’elle avait le « vire-vire », elle devait s’agripper à son cavalier pour ne pas tomber. Don Pedro Vidal de Solares y Cardenas il s’appelait. Ce nom, tu vois je ne l’ai jamais oublié. Mais du nom du bal perdu, non je ne me souviens plus !

Pendant que les grands dansaient, je me faufilais près des tables et je vidais le fond des verres. Et là ce n’était plus de la grenadine. Plutôt du vin des coteaux de Montmartre. Après, pardi, je sautais partout  je disais des bêtises et je riais beaucoup.

— Mais tu étais pompette Grand-mère !

— Ben oui, je crois bien. Mais il y a prescription. Ah c’était le bon temps !

 

Mais j’y pense, on y servait aussi  des petites galettes fabriquées sur place. Et on en trouve toujours chez le boulanger de la rue Lepic.  D’ailleurs tiens petite, d’en parler ça me donne faim. Attrape donc la boîte en fer qui est dans le placard sur l’étagère du haut. Sur le couvercle, tu liras « Les galettes du moulin ». Goûte ! Miamm, toujours aussi bonnes ces galettes du mou… Ça y est ! J’ai retrouvé le nom de ce petit bal : « Le Moulin de la Galette ».

 

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Commentaires

plume bernache
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Inscrit depuis : 09/10/2014
insouciance

Ce tableau se prête particulièrement à l’exercice.

Comment ne pas avoir envie de côtoyer ces personnages ? On aurait tellement envie d’en faire partie : groupe d’amis, moment de détente, d’insouciance, danse, musique…pas de « gestes barrière » ni de « distanciation sociale » ! Alors, on peut au moins imaginer…Écrire est un peu une manière d’approcher, de leur faire un petit « coucou » en passant.

 

Télescopage : Le lendemain de l’atelier, j’ai regardé par hasard  « Une histoire simple » de Claude Sautet où pas mal de scènes  rappellent,dans une autre époque, l’atmosphère du  « Moulin de la Galette ». Pour une fois j’ai laissé dérouler le générique. Savez-vous qui était l’opérateur cadreur de ce film ? Jacques Renoir (né en 42), l’arrière petit fils de Gustave !

olala
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Inscrit depuis : 01/02/2014
Le nom du bal perdu

Toujours aussi inventive et imaginative... joliment imaginative surtout, et tellement " diversifiée " et " éclectique " dans ton écriture.

Agréablement surprise comme toujours. Merci pour ce bon moment.

Plaisant le " vire vire ". Je ne connaissais pas cette expression !

luluberlu
Portrait de luluberlu
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Inscrit depuis : 24/12/2010
Recherche, imagination, mise

Recherche, imagination, mise en situation, tout y est. yes !

luluberlu
Portrait de luluberlu
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Inscrit depuis : 24/12/2010
Traduction partielle de :

Traduction partielle de : https://wikimili.com/en/Bal_du_moulin_de_la_Galette

 

 

Renoir conçoit son projet « la danse au Moulin de la Galette » en mai 1876 ; son exécution est décrite par son ami Georges Rivière dans ses mémoires « Renoir et ses amis ». Renoir avait besoin d'un studio près du moulin. C'est un chalet abandonné de la rue Cortot avec un jardin décrit par Rivière comme un « beau parc abandonné » qui est trouvé. Plusieurs des œuvres majeures de Renoir ont été peintes dans ce jardin, y compris « La balançoire ». Les jardins et ses bâtiments ont été conservés sous le nom de Musée de Montmartre.

Rivière a identifié plusieurs des personnalités du tableau. Malgré l'habitude qu'avait Renoir de distribuer un chapeau à la mode de l'époque à ses modèles ( le bonnet de paille avec un large ruban rouge en haut à droite est un exemple de ce chapeau appelé timbale ), il n'a pu convaincre l'ancienne mannequin Jeanne Samary, qui apparaît dans « La balançoire », d'être le sujet principal du tableau ( elle avait alors une liaison avec un garçon du coin ). C'est sa sœur Estelle qui est vêtue d'une robe rayée bleue et rose. Les deux filles venaient au Moulin tous les dimanches en famille; accompagnées de deux sœurs cadettes à peine plus grandes que les tables, leur mère et leur père  ( l'entrée était gratuite pour les filles et toutes n'étaient pas des modèles de vertu ). À côté d'elle, un groupe composé de Pierre-Franc Lamy et Norbert Goeneutte.

 

 

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