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Déconfinement-1 : À quelle sauce (Les exos de l'atelier)

 

« De la sauce, que diantre ! Fi donc, nulle sauce en ce jourd 'hui ! * »

On a beau dire, celle que je préfère c’est la sauce Bibiche. Chaque fois que je pense à elle, ça me fout la tête en vrac. Huit ans, quand on s’est connu nous avions huit ans. J’ai tout de suite su. Pourtant, depuis je me suis souvent demandé : « Que sait-on à huit ans ? ». Aujourd’hui, après toutes ces années, je l’entends encore déclamer : « De la sauce, que diantre ! Fi donc, nulle sauce en ce jourd ' hui ! ». Pourtant, on en a cuisiné de la sauce. Toutes. Et oui, même encore, d’y penser ça me fout la tête en vrac.

C’est con une tête, ça ramasse, ressasse, on égrène, ça gangrène. Remarque, le vrac, c’est la mode ; tu fous le sac dessous et tu appuies sur la manette, et ça coule, ça coule… Oui, ça coule, depuis dix ans déjà.

Quelques années plus tôt…

—  Qu’est-ce que tu fais ?

— J’écris le journal de mon avenir.

— J’y suis ?

— Quelle question !

Sur le cahier, des esquisses de lettres, des lettres qui ne vont pas au bout d’elles-mêmes. Un avenir incertain, à n’en pas douter… Mais, un avenir. Et puis, j’y suis.

Auprès d’elle il se sent profondément, tranquillement lui-même. Un chardonneret élégant s’interpose, puis file dans le ciel. La main du vent vient froisser son passage.

— Tendez l’oreille à la douce mélancolie du chardonneret pour vous souvenir de l’époque où vous étiez libre.

— Regrets ?

— Non.

— Et ?

— Juste un petit passereau au plumage noir, brun et jaune masqué de rouge ; un oiseau d’apparat.

— Un chardonneret apporte le bonheur dans une maison.

Aujourd'hui…

La plaque avec nos deux noms sur la boîte aux lettres a disparu, engloutie par la végétation. Le portail rouillé, ouvert sur des solitudes, des murmures de vie, reste battant. Qui viendra le fermer aujourd’hui ? J’y reviens, pèlerin de ma peine. Il est noir le chemin qui mène à ton cœur. Ce soir, la forêt est prise sous les reproches d’un orage. Opiniâtre, il poursuit ses invectives… mais celle-ci, à peine ébouriffée, n’en a cure.

J’écoute le chant de l’eau qui pianote sur les feuilles. Il se glisse parfois à son insu de petits diamants dans ce fatras, des airs de sonatine qui frôlent ton visage, des silences qui me rendent hagard et me laissent à penser que la seule limite qui vaille d’être franchie, c’est celle qui me sépare du grand silence.

J’entre dans la forêt. J’arrive devant le petit étang. Veux-tu que je te dise ? Le sommet de la vie c’est t’écrire une lettre d’amour, passionnément… Attends-moi.  

 

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Commentaires

luluberlu
Portrait de luluberlu
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Inscrit depuis : 24/12/2010
«  Bien sombre cet

«  Bien sombre cet épisode…Poétique, romantique, mais sombre. Beau. »

 

Inspiré par l'adagio d'Haydn : ICI et mes états d'âme du jour.

plume bernache
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Inscrit depuis : 09/10/2014
sombre

 

 Bien sombre cet épisode…Poétique, romantique, mais sombre. Beau.

 Bien vu la forêt prise sous les "reproches de l'orage" opiniâtre, "poursuivant ses invectives" Je vivrai mieux le prochain orage en repensant à cette phrase ! Quant au chant de l'eau et aux airs de sonatine, on retrouve presque la chanson de Barbara.

 

 

plume bernache
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Inscrit depuis : 09/10/2014
la main du vent

 

 " La main du vent vient froisser son passage…"Une bien belle image ! Tout l'épisode est poétique et "doucement mélancolique".

 

 Les "renvois" vers plus d'infos sont passionnants. Ces chardonnerets sont magnifiques et fascinants. La passion des algériens pour cet oiseau est importante. Un grand raffinement.

 

 Cette douce mélancolie du chardonneret est évoquée notamment dans un passage du livre de Maylis de Kérangal "'réparer les vivants" où elle dit:

"La manière dont il chante donne sa provenance géographique…"il chantait le paysage dans lequel il avait grandi, ce qui correspondait un peu à l'accent d'une région"

 

 

 

plume bernache
Hors ligne
Inscrit depuis : 09/10/2014
La recette STP !

 

    Anne Sylvestre chantait:

 

"À un an on tombe tout le temps

Un petit peu moins à deux ans

À trois ans la marche est haute

Mais à quatre ans on la saute

À cinq ans on cabriole

À six ans la grande école

Mais à sept ans on perd ses dents

On les met sous son oreiller

Une souris vient les chercher

Et on vous donne à la place

Un jouet que l'on casse"

 

Et donc voilà la suite:

 

À huit ans, sans les dents

Têtes en vrac

Et chiches en frac

Pour les riches les pas riches

Les sportiches et les fortiches.

Reste quoi à part la quiche?

La sauce Bibiche !

 

 

olala
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Inscrit depuis : 01/02/2014
Sauce Bibiche

Sauce Bibiche... Trop mignon bibiche : doux comme un câlin, délicat comme une friandise ! Une variante de la sauce gribiche mais pour les enfants ? J'en ai déjà l'eau à la bouche.

Un sujet prometteur, semblerait-il. Encore que... les souvenirs liés à l'enfance ne sont pas toujours joyeux. Mais celui-ci, s'il s'agit bien d'une réminiscence enfantine, ne peut être que plaisant vu son nom : sauce bibiche !

Vite, la suite.

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