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Vous souvenez-vous de votre école ?

Non, pas le lycée des grands, mais cette petite école où, laborieusement vous dessiniez des lettres, la langue coincée entres les lèvres ?                                                                                                                          

Le a avec un ventre bien rond, le f avec sa belle boucle au milieu…

Vous souvenez-vous de cette patiente maîtresse qui guidait votre main ?

Ces lettres qui, regroupées, donnaient un son puis, oh miracle, un mot !

Quel plaisir de pouvoir ânonner puis déchiffrer une enseigne de magasin, une publicité, une réclame disait-on il n’y a pas si longtemps…

Vous souvenez-vous de ces petits pupitres à deux places avec en haut à droite un encrier en porcelaine blanche dans lequel la maîtresse versait un peu d’encre violette ?

Nous y trempions nos plumes Sergent-Major pour composer nos phrases scrupuleusement écrites en pleins et déliés sur les interlignes de notre cahier.

Je serrais tellement mon porte-plume entre mes doigts qu’ils en portent encore des marques.

 

Vous rappelez-vous la rentrée des classes, en octobre je crois ?

Les vendanges battaient leur plein.

Le village bouillonnait d’activités.

La fraîcheur matinale piquait nos mollets.

La fumée du poêle à charbon de la salle de classe nous chatouillait les narines.

 

– Bonjour. Vite, vite, on va être en retard !

Le bonheur de retrouver les amies…

 

Cette année-là une nouveauté captait toutes les attentions : un duplicateur, vous savez, l’ancêtre du photocopieur.

Nous glissions une feuille blanche entre deux rouleaux, tournions la manivelle et le texte modèle s’imprimait sur la feuille imbibée d’alcool…

 

Mais le temps passe vite et déjà les grandes vacances s’annoncent.

On ne part pas comme ça voyez-vous.

Tous les bureaux transportés dans la cour de l’école étaient brossés, récurés à l’eau javellisée puis, une fois secs, cirés pour l’année suivante.

 

Aujourd’hui, dans mon village, l’école est devenue salle des fêtes.

Pas assez d’enfants parait-il pour qu’une classe perdure !

J’entends encore les rires des enfants, nos rires, dans la cour de récréation.

 

La maîtresse, ma maîtresse devenue une amie, n’est plus.

Mais, chaque année, en novembre quand la nature se fige, je dépose une fleur sur sa tombe.

 

Nostalgie, quand tu nous tiens…

 

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Commentaires

olala
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Inscrit depuis : 01/02/2014
Magnifiée ? Un peu sans

Magnifiée ? Un peu sans doute, comme beaucoup de souvenirs, mais l'émotion est là qui perdure.

En tout cas un très bel hommage à nos si lointaines et si " tendres " années.

Souvenirs souvenirs...

Couleurs, odeurs, jeux et rires ( ou pas ! ) dans la cour de récréation, apprentissages merveilleux et souvent douloureux ( !! ) tant et tant de choses évocatrices et qui ont marqué notre enfance...

Une douce et tendre pause le temps d'une lecture.

Une douce et tendre pause, toute emplie d'émotions retrouvées et partagées. Merci Garance.

luluberlu
Portrait de luluberlu
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Inscrit depuis : 24/12/2010
D’autant plus touché que je

D’autant plus touché que je n’ai pas ce genre de souvenirs, sinon sur une très courte période à Rabastens, en région toulousaine, dans une petite école libre gérée par des sœurs. De cette période il reste les pommes terre cuites sous la braise dans la cheminée et que l’on coupait en 2 et creusait pour les garnir de confiture. Pour le reste rien ( l’enfance par le vide ou le vide de l’enfance, comme on veut… ou pas ). Merci pour ce très beau texte. Une strate de temps, magnifiée sans doute.

Manuella
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Inscrit depuis : 09/08/2015
nostalgie

Nostalgie quand tu nous tiens tu nous ouvres au bonheur avec la paix que l’on ressent après, bien après. Avec le temps la bienveillance de notre regard s’est éduquée aux souvenirs. Et ils en sont magnifiés tellement ils se sont condensés.

Dans ce texte on va à la découverte de souvenirs vrais d’objets, de sensations, d’atmosphères d’écoles qui nous sont particuliers autant que communs. Ils nous rappellent le temps où nous étions un groupe uni par notre jeune âge.

Bravo ! On sent la cire ( orange en berlingot qu’on trouvait chez le quincaillier du village ), on s’assoit sur ces bureaux doubles à partager de bon, ou mauvais gré ( pas toujours évident ) !

Les bouteilles d’encre violette avec leur bec verseur qui gouttait trop souvent à côté. Les plumes mal contrôlées, qui égratignaient le papier parfois j’usqu 'au trou ( irréparable, et honte garantie ) l’odeur agréablement entêtante de l’alcool ( déjà contaminée ! ) des polycopiés à coller dans nos cahiers.  Ils en devenaient tout gaufrés, comme des mille-feuilles bien garnis ( modernité alliant un gain de temps appréciable pour la maîtresse, ou enclenchement d’une course à la productivité, même ici à l’école ? ). On était chanceux de posséder une telle innovation que les classes se disputaient.

Bref un texte très évocateur où chacun se retrouve. Une douceur ! ( dans ce monde de brutes ! ) Merci.

 

Un monde simple, enfin plus simple qu’aujourd’hui, mais tu n’évoques que le positif. C’est bien, c’est ton choix, mais voici une suggestion ; si tu parlais des côtés moins enviables aussi ( ou peut-être tu n’en as pas connu et c’est tant mieux ! )..... ton texte y gagnerait un plus… peut-être ? Juste une idée en passant.

Mais je l’aime comme il est, t’inquiète !smileywink

enlightened

plume bernache
Hors ligne
Inscrit depuis : 09/10/2014
touché!

 

 Sujet mainte fois traité, mais là on ressent la sincérité et l'émotion.

Les sensations très  justement évoquées, le porteplume et la petite bosse entre les doigts, le froid piquant sur les jambes nues (pas de collants ni de pantalons, juste des chaussettes tricotées maison), l'odeur du poêle (pour moi, il était au bois : corvée de bûches tous les matins accomplie par "les grands du certificat" . Plus tard quand je suis passée de l'autre côté de la barrière, moins pittoresque le poêle au mazout qui s'étouffait régulièrement lâchant d'horribles remugles et qui chauffait très mal…) Et l'odeur de cire sur les bureaux créait une ambiance chaleureuse, une incitation à l'étude peut-être? Aromathérapie avant l'heure?

 

Merci Jacqueline pour cette évocation qui  touche doublement la petite écolière des années cinquante devenue maîtresse des années soixante…et plus ! Émotion maximum

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