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Un, deux, trois nous irons au… non, pas au bois ! à moins qu’il n’existe un bois des souvenirs comme il en existe de résineux ou de chênes !
Alors oui. Partons au bois des souvenirs ; dense et si plein de lacis, petits chemins dérobés, taillis et ronciers comme il en est dans la nature.

Trois têtes blondes, pieds et torses nus, culotte courte, mine réjouie et joues rosies, yeux pétillants, s’en vont par les chemins de terre, sentes et sentiers tout parfumés de fleurs et d’herbes sèches. J’en ai souvenance comme si ce fut hier. Souvenirs si lointains et pourtant si proches. Une image, un tableau, une voix, un simple mot et les voilà qui accourent à l’orée de votre mémoire.

Mûres… Ah ! la saveur des mûres sauvages ! leur goût âpre et sucré tout à la fois ! Un goût de fruit de maraude et qui se mérite, un goût de fruit « défendu » aussi. Pas question en effet de rentrer à la maison chemisettes maculées de grimaces colorées ! L’explication des petits torses nus exposés aux tendres et cajoleurs rayons du soleil !!

L’air est doux et sent déjà la fin de l’été. Mais fi de la rentrée toute proche ! Ils n’y pensent guère, « aiguillonnés » qu’ils sont par la mirifique cueillette qui les attend au bout de leur escapade de petits aventuriers. Or donc de galopades en caracolades, de champs en sentiers abrités, de vignobles en futaies, de bosquets en talus, de futaies en charmilles, parviennent-ils à la petite clairière de toutes leurs envies. Là, à foison, paradent les mûres tant convoitées, violettes et parfumées à souhait pour d’aucunes, rouges ou vertes encore pour les retardataires et petites paresseuses. Aussitôt leur subtil arôme de les envahir et de leur faire tendre les bras. Nul souci de la morsure des ronces et épines aux aguets ni des méchantes égratignures dont elles stigmatisent leurs jambes et leurs bras d’enfants.

Plaisir des yeux face à cette opulente profusion de cordons bariolés de rouge, de violine et de vert, pareils à des guirlandes de Noël tout allumées de soleil. Plaisir des mains qui très vite prennent les couleurs d’un camail d’évêque !! Plaisir surtout des papilles toutes éclaboussées de leur suc fleuri.

Des rires qui fusent en cascades et cascatelles et réchauffent un instant le silence des lieux. Rires à gorges « ensanglantées » devant leurs lèvres et joues barbouillées de pourpre. Un moment de pur bonheur coloré et goûteux. Et puis l’heure de s’en retourner « barbouilli, barbouilla », tout imprégnés de l’odeur et de la carnation des fruits. Gavés et repus mais point saturés pour autant. Prêts à revenir dès le lendemain pour une nouvelle moisson de ces savoureux fruits sauvages.

 

Illustration: 

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Commentaires

plume bernache
Hors ligne
Inscrit depuis : 09/10/2014
de galopades en caracolades

 

 Un mouvement incroyable dans cette phrase:"de galopades……à la  petite clairière de toutes leurs envies". C'est le film intégral de cette escapade de "petits aventuriers"!

 L'enfance dans toute sa splendeur. Vivacité audace et naïveté. Une enfance d'une autre époque.

 Et que de couleurs, que de vocabulaire !

 

yesyes

 

luluberlu
Portrait de luluberlu
Hors ligne
Inscrit depuis : 24/12/2010
Avis unanime : on dirait du

Avis unanime : on dirait du Marie Sabine Roger ! Poétique à souhait également.

 

J'ai relevé :

1) la richesse du vocabilaire (camail, lacias, etc.)

2) beaucoup de tendresse dans ce texte souvenir.

3) un simple mot et les voilà qui accourent à l’orée de votre mémoire.

4) Un goût de fruit de maraude (et défendu aussi !).

5) chemisettes maculées de grimaces colorées !

etc.

 

Je te vois très bien culotte courte, mine réjouie et joues rosies, yeux pétillants, etc.cheeky

 

Un texte mûre à point !

 

 

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