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Elle relit pour la énième fois la lettre des services d’action sociale de la Mairie : dispositif... application de la loi de 2004... personnes âgées... période estivale... plan grand froid, etc...

Elle se souvient : 1957 6 ans elle avait 6 ans, sa petite sœur 4 ans entre elles deux la seconde 5 ans. Avec leurs parents elles habitaient Zinder au Niger aux confins du plus beau désert de sable du monde : le Sahara à 430 km d’Agadès proche du tropique du cancer.

Elle se souvient : après le repas du soir il faisait déjà nuit sur la terrasse, elles buvaient la tisane de citronnelle avec les glaçons qu’elles s’amusaient à faire danser dans les grands verres. Mais les glaçons des verres de leurs parents flottaient dans un autre breuvage de même couleur en plus ils avaient de l’eau de Seltz qu’elles appelaient « l’eau qui pique » ; elles n’y avaient pas droit à cause du soufre...

Elle se souvient : au bout de la terrasse autour de la lampe tempête les insectes farandolaient, au sol les crapauds-buffles tiraient une longue langue fine pour les attraper, très rapides, très habiles... et quelquefois le mégot d’un cigare lancé, leur père se retrouvait dans le crapaud buffle qui partait en fumant mourir plus loin... Cela les faisait beaucoup rire. Sur le Teppaz grésillait la chanson « Hello le soleil brille brille brille » du film Le pont de la rivière Kwaï ou celle de « Marjolaine » de Francis Lemarque ; ils chantaient tous en chœur. Il y avait beaucoup de disques, elle en a gardé quelques-uns, mais pas le Teppaz.

Elle se souvient : « c’est l’heure, au lit ». La chambre était immense, deux marches pour descendre et au milieu un immense lit avec de hauts pieds et un baldaquin en bois recouvert d’une gigantesque moustiquaire : un lit de princesse au milieu du désert... Un vrai rituel : la plus jeune entre ses aînées, de grosses interminables bises aux parents et après leur sortie le bal des seaux d’eau que les boys versaient dans la chambre à mi-hauteur des pieds du lit et noyaient les deux marches. C’était la fête, chacune comptait le nombre de seaux ; invariablement à la fin les chiffres n’étaient pas les mêmes bien sûr à cause des fous rires, heureuses sur notre île nocturne... et au réveil magie... de la magie... Plus une goutte d’eau !! Toute évaporée par la chaleur de la nuit 42° comme la taille des samaras de son père !!

Elle se souvient : en 1957 on ne disait pas « canicule », simplement c’est la saison sèche ; 62 ans après quand ce phénomène s’installe en France c’est la canicule. Mais, dans la journée, comme à Zinder, va-t-elle mettre le casque colonial et des habits en éponge ? Mais comment faire la nuit ?? Le mieux c’est relire les consignes du plan canicule comme téléphoner aux amis ; mais oui, à ses sœurs, pour en parler et leur demander si elles se souviennent laquelle a gardé le Teppaz ? laquelle a des disques ?

 

 

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Commentaires

luluberlu
Portrait de luluberlu
Hors ligne
Inscrit depuis : 24/12/2010
La chaleur monte, comme les

La chaleur monte, comme les souvenirs... d’autant plus vite que la canicule est importante. Ceci étant, je n’inonderai pas ma chambre pour avoir de la fraîcheur ( expression populaire : teppaz cap ! ). En passant ( parce que j’ai cherché ), les samaras sont des tongs africains.

Merci pour le voyage en enfance.

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