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Tableau peint par : Philippe Hayot (UTL)

 

IMPORTANT : Pour participer, réservez votre place en fin de texte en spécifiant votre pseudonyme. Cela évitera que vous écriviez une suite et, qu’entre-temps, un des participants ait publié une.

 

Luluberlu

Je fredonnai tout en me dirigeant d'un pas alerte vers le Café Pouchkine :

 

« La place Rouge était vide, devant moi marchait Nathalie »…

 

plume bernache

Mais… reprenons l’histoire au début.
Lorsque la directrice de l’Opéra avait demandé des volontaires pour accompagner le ballet, je n’avais pas hésité une seconde. Depuis des mois  je veillais sur la forme physique de mes danseuses, je n’allais pas les lâcher au moment crucial. Danser au Bolchoï ce n’est pas rien. Pas le moment de se claquer un adducteur ou déplacer le ménisque. On leur demandait la perfection. Je me devais d’assurer un fonctionnement parfait de leur outil de travail, leur Corps. Et personne ne le connaissait mieux que moi.

Et puis Moscou quand même. Dont je ne connaissais que  des photos ou des films. Une ville tellement lointaine, chargée d’histoire et si mystérieuse. Le Kremlin dont les bulbes colorés m’avaient toujours  fait penser à des pâtisseries de sucre candi était là, posé juste en face de moi.

 

Un froid glacial figeait mes joues, peut-être était-il la cause de ce sentiment d’irréalité qui nimbait les lieux et les êtres. Féérie envoûtante et fantasmagorique dont j’eus soudain envie de me dégager. J’accélérai et bientôt le rythme de mes pas enclencha dans ma tête la chanson de Bécaud, et je vis Nathalie marcher devant moi, belle, blonde comme les blés des plaines d’Ukraine. Elle se retourna, m’offrit un sourire lumineux creusant deux fossettes au cœur de ses joues enfantines et je ne saurais dire si le bleu de ses yeux est d’azur ou de porcelaine.

— Êtes-vous Basile ? Me demanda-t-elle en inclinant légèrement la tête vers son épaule. Je suis Nathalie, hôtesse au Bolchoï et chargée de vous guider. Mais vous avez l’air frigorifié ajouta-t-elle en roulant les « r » comme des glaçons agités dans un verre de Vodka, et aussi un peu dans la lune s’esclaffa-t-elle en me prenant le bras. Venez avec moi, allons au Café Pouchkine boire un chocolat.

 

Olala

Nathalie... Son corps tout près du mien, l’effleurement de ses doigts sur ma main, le velours de son regard, la chaleur de son sourire, nos pas accordés... oublié le froid glacial de cette matinée, oubliée la fatigue du voyage, oubliés la France, mes danseuses, ma mission. À son côté, j’avançai la tête dans les étoiles, les pieds sur un doux nuage ! Tandis que nous avancions, elle babillait, babillait, me racontait sa ville, la Place, le café Pouchkine, riait, hochait la tête et moi je l’écoutais ravi, mais ne l’entendais pas !!

« Basile, reprends-toi », me gourmandais-je, mais... la Place Rouge soudain était vide ! Nous étions deux, nous étions seuls. Trop occupé à « boire » le ciel ( et son ange !! ) je ne vis pas tout de suite et assez vite... ?

 

Luluberlu

La ville n’était plus qu’un murmure assourdi. Il avait neigé les deux dernières nuits, rien que la nuit. Après la neige le froid était venu. Un froid pur. Tout était figé. Au loin, les rares passants veillaient aux endroits où ils posaient les pieds. À peine visible un instant plus tôt, près de la porte de la Résurrection, elle émergea de la blancheur ; on aurait dit qu’elle planait dans le brouillard. Au même instant, la cathédrale Basile-le-Bienheureux touchée par une éclaboussure de soleil se remplissait de feu : « Pojar un jour, « Pojar » toujours. Des oiseaux dessinaient un nuage noir au-dessus du bâtiment coiffé de bulbes.

 

Plume bernache

Juste derrière nous, marchait à grands pas saccadés un homme encapuchonné de noir, sa longue houppelande flottant dans le vent glacé. Lorsqu’il nous dépassa, Nathalie frissonna se serra plus fort contre moi et dans un souffle balbutia : « Mais c’était Po… Pojar… Pojarski le Prince… » Elle se retourna et les yeux égarés poussa un cri aigu, le visage plus blanc que neige. Sa petite main tremblante  pointait le monument des deux libérateurs de la ville que nous venions de contempler quelques minutes plus tôt.

Seul, subsistait le citoyen Minine. Le prince Pojarski  n’était plus sur le socle ! À sa place, trois oiseaux noirs ébouriffés tenaient conseil.

 

Luluberlu

Minime ne l’avait pas suivi. Plusieurs dizaines d’années figé dans la même posture ne devaient pas prédisposer à la mobilité.

Le Prince, jointures percluses et muscles douloureux, marchait en lançant une jambe raide devant lui avec un déhanchement souple et superbe... noblesse oblige ! fuyait-il le courroux de Minime ?

— Le 4 novembre, nous sommes le 4 ! je l’avais oublié.
— ?
La fête de l’unité !
— L’unité ?
— Chez nous...
— Chez vous ?
— La fête de l’unité... L’unité du peuple... Le 4 novembre 1612 ; l’alliance du boucher Kouzma et du Prince Pojarski pour lever une troupe de volontaires et chasser les Polonais... De Moscou.

Immobile, elle regardait le Prince se diriger vers la porte de la Résurection, se fondre dans le brouillard et embrasser la silhouette surgie de la blancheur.

 

Olala

— Porte de la Résurrection... congruente à souhait dirais-je ! Notre Prince devrait en ressortir jeune, rose, frais et fringant !! plaisantai-je dans l’espoir de détendre un peu l’atmosphère, dans l’espoir surtout de voir refleurir un sourire sur le visage de Nathalie et un éclat rieur au fond de ses yeux.

Peine perdue ! Mon joli guide, maintenant à la limite de l’hystérie, ses beaux yeux exorbités de terreur, me saisit brusquement le bras et, pointant son index derrière moi :

— Là Basile... parvint-elle à crier.

Je me retournai. Dmitri avait regagné sa place aux côtés de Minine.

— Rien d’étonnant, il avait seulement besoin de prendre l’air et de soigner un peu ses rhumatismes !! la taquinai-je ; vos congénères « rrrrousses » me paraissent particulièrement inventifs Nathalie, risquai-je encore sur un ton badin. Regard sévère de sa part qui me fit taire à l’instant ! Je n’en demeurais pas moins convaincu d’une vaste mascarade, d’un énorme canular parfaitement orchestré. Pour quelle raison ? Là était la question. Pour l’heure me revenait surtout le devoir ( pas si déplaisant ma foi !!! ) de rassurer et réconforter mon gentil guide. Doucement donc mais fermement je l’entraînai vers le café Pouchkine. Plus question en tout cas d’un chocolat chaud si bon fut-il. Une bonne rasade de Vodka ferait davantage notre affaire !!

 

Plume bernache

Je n’avais eu aucun mal à la convaincre. Dans le célèbre bistrot, le brouillard était aussi dense qu’à l’extérieur. Nous nous frayâmes un chemin jusqu’à la seule table libre tout au fond de la salle. Une odeur âcre et puissante de cigarette russe me saisit à la gorge et je fus pris d’une quinte de toux, déchaînant les quolibets de quelques énergumènes que ma blonde guide fusilla du regard. Je fus surpris de son autorité car ils stoppèrent immédiatement et s’intéressèrent à nouveau à leur verre qu’ils s’empressèrent soit de remplir, soit de vider cul sec. Nathalie se pencha vers moi et me dit qu’il s’agissait de collègues du Bolchoï venus se détendre après la répétition générale du ballet. Je m’étonnai :

— Ils vont pouvoir danser après ça ? L’alcool…

— Ah non, ils ne dansent pas, eux. Ils travaillent sur le plateau technique, les décors, accessoires, éclairages… Trrrès forts, on dirait magiciens !

Elle resta rêveuse un instant puis brusquement me secoua :

— Allez camarrrade bois donc ton verrrre, sinon ils vont te prendre pour une « mouviette »

— Une  quoi ? Tu veux dire « mauviette » ?

— « Môviet », da ! Sôviet môviet ! proclama-t-elle   illico me plaqua un baiser sur la bouche.

— Da da… camarade Nathalie, j’adore ton « sôviet kiss »  déclarai-je en me noyant dans son regard étincelant de mille étoiles d’or..

Le niveau sonore s’amplifiait de minute en minute. La nuit venait de tomber. Nous vidâmes nos verres.

Cette année encore, la fête de l’Unité avait été généreusement   célébrée par la jeunesse moscovite. De vrais patriotes quoi !

 

Luluberlu

Effets de la vodka ? Fascination pour Nathalie ? De l’heure matutinale, nous étions brutalement passés à l’heure crépusculaire, celle où le soleil disparu n’éclaire plus la terre par les reflets du ciel. Minime se dessinait sur le rideau de feu du ciel ; dans un brouillard de clarté rouge voltigeait une poussière dorée. La légion des étoiles semait sur le ciel noir une poudre d’or. Mais où donc était passée Nathalie ? 

 

Garance

Nathalie, mue par un irrésistible appel, était sortie discrètement du café Pouchkine.

Trop de bruit, trop de fumée, trop de trop.

Maintenant, elle marchait ou plutôt, elle volait vers ce mystérieux aimant.

Elle courait le long de la rue Verskaya, traversa la rue Mokhovaya, passa devant le musée archéologique et, par des lacis de ruelles, arriva à l’angle du musée historique d’État.

La place Rouge, « la belle place » transformée en patinoire resplendissait.

Tout au fond, la cathédrale de Basile le Bienheureux, sublimée dans un halo de lumière, était là, posée comme un incroyable cadeau.

Émue par tant de beauté, au bord des larmes, elle longea la place, passa devant le mausolée de Lénine et arriva près du monument des deux libérateurs du joug polonais.

— Enfin tu es là Nathalie, je n’en pouvais plus de t’attendre !

Pojarski descendit de son socle bientôt suivi par Minine.

Tous trois chaussèrent leurs patins et, tels des papillons éphémères,s'élancèrent et virevoltèrent sur la glace, légers comme dans un rève...

 

Luluberlu

Et la nuit vint, brutale, impitoyable, et le vent avec elle ; s’abattit alors sur la place, à la façon d’un vaste voile de deuil flottant au vent, une légion de corbeaux accourue de tous les voisinages. Quelquefois ils se posaient, poussant des clameurs frénétiques et sinistres, criblant de taches noires l’étendue glacée, puis repartaient en un immense cri rauque et discordant, long feston d’un sombre présage. Et la nuit grandissante mêlait, comme dans un cauchemar, leurs noirs au noir de l’espace.

 

 

 

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Commentaires

plume bernache
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Inscrit depuis : 09/10/2014
suspense

 

 Ah, je savais bien que Pojarski allait redescendre de son piédestal ! Comment résister au charme de Nathalie, ou à l'appel de la vodka peut-être ? Mais tout cela est-il bien réel? Suspense!surprise

olala
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Inscrit depuis : 01/02/2014
De la magie avec Garance mais

De la magie avec Garance mais pas le temps d'en profiter avec monsieur Luluberlu. Bouh !! angry La vodka triste peut-être ? wink!!!

plume bernache
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Inscrit depuis : 09/10/2014
quelques autres

 

En effet, quelques renforts pour retrouver Nathalie seraient bienvenus...Écrituriens et écrituriennes, haut les plumes!

olala
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Inscrit depuis : 01/02/2014
Place Rouge

Da Da, très fort. Beaucoup bons choses rrrrousses : "soviet vodka", "soviet kiss"...!!!wink

Mais au fait, où est donc passé Nathalie ?crying

A qui la parole ? Claire Delune, Cfer, Anonyme, Bournelhe, Yep-yep, mom'lapom ?, les autres ? Allez, régalez-nous les uns ou les autres... C"est un travail de groupe, toutes plumes confondues !

luluberlu
Portrait de luluberlu
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Inscrit depuis : 24/12/2010
ben voilà, ça démarre fort !

ben voilà, ça démarre fort ! bravo à toutes ! On continue !

plume bernache
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Inscrit depuis : 09/10/2014
osons osons

 

 Et oui, olala, osons osons ose !

Profitons de cet espace où tout est permis ( ou angeldevilpresque ?)

olala
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Inscrit depuis : 01/02/2014
Osez osez... elle a osé

Osez osez... elle a osé !!!!!

Ouah ! dans quel labyrinte nous emmènes-tu Plume Bernache ? A partir de là tout est permis ou presque ! J'adore et j'en connais un qui risque de se lâcher !!winklaugh

luluberlu
Portrait de luluberlu
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Inscrit depuis : 24/12/2010
Il faut cliquer sur Corriger,

Il faut cliquer sur Corriger, aller à la fin du texte et ajouter le pseudo. le tour est ainsi réservé ; il n'y aura plus qu'à ajouter le texte quand il sera prêt.

plume bernache
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Inscrit depuis : 09/10/2014
   Si personne ne se

 

 Si personne ne se manifeste…je veux bien continuer, mais je ne sais pas comment écrire mon pseudo à la fin du texte déjà publié.

luluberlu
Portrait de luluberlu
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Inscrit depuis : 24/12/2010
C'est bien

C'est bien parti.

 

SUGGESTION : vous voulez écrire la suite, réservez votre place en mettant votre pseudo dans le texte.

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