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Derrière les barreaux

Ma vie en lambeaux.

Une cellule, quelques misérables mètres carrés, des murs nus et froids désespérément nus et froids, une lucarne « barrée » et son fragment écaillé de lumière à peine assez grand pour entrevoir l’humeur du temps !

... Loin, au delà de ces murs gris, un chez moi, un tout petit chez moi, presque rien, un simple cabanon en bois mais un cabanon joyeux aux couleurs vives et chaudes. La végétation luxuriante, les orchidées, les bougainvillées, le ciel bleu et l’océan à l’infini. Les yeux de Liliana. Sous son regard et les caresses du soleil, on respire la vie et le bien-être.

Regret d’une vie explosée. Tant de morceaux d’existence perdus...

 

Derrière les barreaux

Ma vie en lambeaux.

La saleté, les relents de moisissure, de transpiration, d’urine, de mauvaise bouffe !

... Loin, au-delà de ces murs gris, une rhapsodie de parfums, ceux de la liberté. L’odeur du sable chaud et des embruns, de l’herbe humide après la pluie, celle musquée des rosiers, celle épicée de la peau de Liliana.

Regret d’une vie explosée. Tant de morceaux d’existence perdus...

 

Derrière les barreaux

Ma vie en lambeaux.

Le bruit des pas dans les couloirs, celui des clefs et des verrous, des portes qui s’ouvrent et se ferment brutalement, les cris, les injures, les ordres aboyés !

... Loin, au-delà de ces murs gris, le ramage des oiseaux, le babillage intense et continu des flamants roses, le bruissement du vent dans les flamboyants, le clapotis des vagues, le crissement du sable doré sous les pieds, le joyeux tapage des enfants, leurs rires en cascade, celui argentin de Liliana en écho, sa voix suave et douce.

Regret d’une vie explosée. Tant de morceaux d’existence perdus...

 

Derrière les barreaux

Ma vie en lambeaux.

Solitude, servitude, lassitude. Les coups, les brimades, les sévices, les humiliations, la discrimination, les restrictions : le douloureux et dégradant quotidien de la prison. Double peine, j’ai la peau noire !

... Loin, au-delà de ces murs gris, la chaleur du foyer, celle des amitiés, la douceur de la peau de Liliana, celle de ses baisers et de ses étreintes, la soie de son sourire.

Regret d’une vie explosée. Tant de morceaux d’existence perdus...

 

Derrière les barreaux

Ma vie en lambeaux.

Le temps emmuré où tout meurt, lumière et mouvement. Le confinement, l’engourdissement des membres et de l’esprit qui se « cogne » au plafond. Les minutes, les heures, les jours qui s’étirent et s’égrènent goutte à goutte, l’encrier des nuits d’insomnies, les horaires impitoyablement immuables, les monologues assassins avec moi-même !

... Loin, au-delà de ces murs gris, le travail et la fatigue parfois, les soirées entre amis, la musique, les chants, les danses, les échanges, le partage et toujours la présence attentive, lumineuse et souriante de Liliana, son habileté à dissiper les malaises et les malentendus.

Regret d’une vie explosée. Tant de morceaux d’existence perdus...

Derrière les barreaux

Ma vie en lambeaux.

Entre ces murs gris, je me sens un arbre mort. Je m’étiole, me « désagrège », je perds mon âme.

... Loin, au-delà... Quel au-delà ? Tous ces jours encore qui me paraissent de longues années ! Dis-moi mon amour. Est-il encore temps de rêver, d’accrocher des étoiles dans mon morne horizon ? Temps de semer des lueurs sur ma détresse ?

Non ne pleure pas. Tes larmes m’arrachent le cœur. Vois, pour toi mon tendre amour, je souris à nouveau, et veux rester debout.

 

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Commentaires

luluberlu
Portrait de luluberlu
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Inscrit depuis : 24/12/2010
Dors pendant les ateliers et

Dors pendant les ateliers et écris quand elle a des insomnies.

 

heureusement, c'est vraiment excellent !

cfer
Hors ligne
Inscrit depuis : 19/11/2014
Nostalgie

Comme un petit air de :

" Le ciel est par-dessus le toit..."

Une authentique ballade contemporaine dont les 6 paragraphes ponctués par le même refrain donnent à voir la mélancolie, le spleen du monde perdu.

Belle mise en lumière du problème de l'enfermement concentrationnaire évoqué avec justesse :

"une lucarne barrée", "les ordres aboyés", "l'encrier des nuits"...

Enfermement qui permet au détenu de percevoir la beauté du monde extèrieur:

" le rire argentin de Liliana", "le bruissement du vent dans les flamboyants"...

C'est aussi le temps de l'amour vécu sur le mode de l'absence.

Mais l'espoir est toujours là:

" il est encore temps d'accrocher des étoiles...temps de semer des lueurs..."

Inutile d'épiloguer plus longtemps, un des derniers sujets du bac philo m'interpelle: " A quoi bon expliquer une oeuvre d'art?"

Merci pour ce beau moment de lecture.

olala
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Inscrit depuis : 01/02/2014
Nostalgie de la liberté perdue

Et que... tu aurais très bien pu écrire toi même, j'en suis convaincue. Autrement, avec d'autres mots sans doute mais qu'importe ?

Merci.

olala
Hors ligne
Inscrit depuis : 01/02/2014
Nostalgie de la liberté perdue

Merci à toi Plume Bernache pour ce "trop d'éloges", un peu outranciers peut-être, mais que j'accepte volontiers néanmoins et avec beaucoup de plaisir, voire d'émotion car je te sais sincère.

Peut-être devrais-je aussi dire merci à cette nuit d'insomnie qui m'a permis de trouver comment construire et donner forme à ce texte que je ne parvenais pas à terminer et que j'avais renoncé d'ailleurs à terminer !!!!!

Claire Delune
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Inscrit depuis : 26/04/2015
Derrière les barreaux

"Derrière les barreaux, ma vie en lambeaux...". C'est beau, tout simplement. Le genre de choses que l'on aurait aimé écrire soi-même.

Chapeau bas !!!

plume bernache
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Inscrit depuis : 09/10/2014
ombre et lumière

 

 

Quelle force dans ce texte ! Subtilement équilibré.

Sur le même mode que le tableau : côté sombre opposé au côté lumineux.

Le contraste est parfaitement rendu par la répétition  des formules : « Derrière les barreaux » puis « Loin, au-delà de ces murs gris »… » rythmant  le récit. Et la sentence tombant à la fin de chaque paragraphe : « Regret d’une vie explosée »….

 

Côté sensations, les parfums, les sons les couleurs superbement détaillés, aussi dans leur contraste.

une rhapsodie de parfums, ceux de la liberté)

 

Quant aux émotions, tellement  opposées, elles sont omniprésentes.

 

Et puis le temps emmuré

 

Mais Liliana de plus en plus présente au fil des paragraphes ! Serait-elle la clé de voûte qui soutient l’ensemble ?

 

Olala, tout cela est du grand art. Celui qui frappe le fond du cœur.

 

 

 

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