Accueil

Après nous avoir jeté en pâture le sujet suivant « Décrivez ce que vous voudrez ! » Il se dirige vers notre table, à regret.
Certes, il a bien mangé mais il n’a pas pu terminer la conversation entamée au comptoir avec Anne-Marie.
Tous deux parlaient maîtrise d’énergie. Vaste sujet s’il en est !

Maintenant le voilà qui traverse la pièce en maugréant, pousse la porte grise argentée. La lumière s’allume puis s’éteint toute seule. Côté économie, pour la propriétaire des lieux c’est gagné. La porte des toilettes sur lui vient de se refermer. Dans la seconde qui suit, la salle du restaurant retrouve calme et sérénité. On entendrait une mouche naine voler. Vite, autour de la table nous mettons à profit ce temps béni pour nous plonger dans nos écrits. Mais l’accalmie est de courte durée. Une poignée de minutes plus tard le voilà qui réapparaît et il a de la suite dans les idées ! Accoudé au comptoir il reprend à haute voix, comme si de rien n’était, le cours de sa conversation avec Anne-Marie :

« Oui, je disais donc que côté production d’énergie, la houle est une source inépuisable... C’est pas un problème, ça se fait déjà en Espagne, au Portugal, en Écosse... les hydroliennes marines pour moi c’est l’avenir. »

J’essaie de me concentrer sur mon texte, sans succès. Maintenant il monte d’un ton et claironne :

« Pour produire des centaines de tonnes de ciment il faut du sable... Là c’est un scandale, des centaines de bâtiments sont construits avec du sable... de plage ! oui, le sable va devenir une ressource rare... »

Là, j’ai une pensée pour Coluche, il avait raison, un jour ils vont piller le Sahara !
Toujours accoudé au comptoir, en grand prédicateur, l’index pointé vers le plafond, il menace :

« Je vous le dis, bientôt sur la lune ou à côté, ils vont aller saloper une autre planète... »

La sentence tombe :

« Il y a trop de monde sur la terre. D’ailleurs, l’autre soir à la télé... »

Je me surprends à méditer. À côté de moi Évelyne explose :

« Chut ! est-ce qu’on peut travailler ici ? »

Sans lui répondre, en suivant son idée, il assène :

« Oui, on est trop nombreux. »

De l’autre côté du comptoir une douce voix fait la part des choses :

« C’est nous les plus culottés, c’est nous qui consommons le plus et pour ce qui est de saloper, on s’y connaît ! »

Retour à la case départ. La question cruciale revient en boucle :

« Comment allons-nous faire pour nourrir neuf milliards d’individus d’ici quelques années ? »

Ça tombe bien, c’est ce que je me demandais. Ouf ! Il a la solution. Il évoque avec brio la permaculture, la biodiversité, la vie des espèces... J’essaie désespérément d’écrire mais le sujet qui suit m’intéresse aussi. Avec gravité soudain il s’inquiète :

« Ah ! mais c’est le ramadan... et elle travaille toute la journée ?...Et elle ne mange rien ?...Rien du tout ? »

Anne-Marie confirme :

« Non, rien du tout ! »

Pour ma part, j’en tire une leçon :

« Quand on veut on peut ! »

Pour aujourd’hui ça me suffit.

Merci l’ami, c’est fou ce que tes brèves de comptoir en si peu de temps m’ont appris !

 

6
Votre vote : Aucun(e) Moyenne : 6 (2 votes)

Commentaires

plume bernache
Hors ligne
Inscrit depuis : 09/10/2014
un reportage parfait

 

 Il fallait que cela fût dit.

Cela le fut, avec talent !

Merci cfer.angeldevil

luluberlu
Portrait de luluberlu
Hors ligne
Inscrit depuis : 24/12/2010
Pipelette !

Pipelette !cheekylaughyes

Vous devez vous connecter pour poster des commentaires