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Le printemps arrive. Le printemps est là. Déjà, la multitude des petits bourgeons a pointé le bout de leur nez. Certains prennent un peu plus d’ampleur. L’épanouissement d’un ventre un peu plus rond. D’autres s’annoncent, se colorant à travers leur petit corset vert qui ne demande qu’à craquer... On entend la Nature respirer...

Mais ce matin, à l’aube, à l’heure où le ciel a des airs de jeune fiancée, une fleur nous est née. Un fragile bouton de rose embué de rosée. Un enfant au fond de son berceau. Le fruit d’une humanité dans toute son espérance, en toute transparence. Un fruit tout en rondeur, tout en rondeur moelleuse au reflet de satin, pelotonné dans la plume et l’organdi de ses coussins.

Un enfant nous est né : le miracle accompli encore une fois depuis la nuit des temps.
Une lumière salvatrice, un phare sur le chemin rocailleux de la vie. Elle est là, petite boule de chair tiède et palpitante à l’odeur de miel et de lait. Petit souffle d’oiseau au fond du nid douillet.
Avez-vous déjà vu une tendre fleur de pommier ? Des pétales blancs rosés fragilement gaufrés ?
Entendu le bruit léger d’une source cachée dans le silence d’un été ?
Vous enivrer de l’odeur du lilas et rester là sans voix ?
C’est une page blanche sur un cahier d’écolier... tant de choses à écrire...
C’est du sable vierge lavé de toute écume avant l’assaut des vagues.
C’est la grandeur d’une beauté qui s’ignore, la nudité d’un trésor fabuleux...

Mais pourquoi tant d’espoir dans ce je-ne-sais-quoi si fragile et si tendre ?...
 
Petite graine jetée dans la vie au hasard du printemps, graine parmi les graines, semblable à celle d’où sortira le chêne, charpente des cathédrales... Toi aussi petit d’homme, ton destin est grandiose dans ce réseau unique dont tu n’es qu’une maille où la Nature te pose !

Ce petit rien à la peau de nacre satinée, ce trésor minuscule, possède au creux de soi tous les possibles du monde. Les meilleurs et les pires... Étrange fascination devant ce paradoxe entre force et fragilité !...

 

C’est la rencontre émouvante de l’humain avec ses origines. Tout se passe en silence dans cet espace. Entre. La relation est là : vibration d’ondes mystérieuses d’une alchimie secrète. L’ultime rempart de la question existentielle :

                D’où viens-tu ? Ô la belle question...

Elle, garde les yeux fermés. Fermés sur son secret. Tout son corps replié jusqu’à ses petits poings serrés.
Par un fil invisible elle reste attachée au paradis qu’elle a quitté. Elle est comme en prière dans cette communion sacrée.
 
Elle ne sait rien de son présent et rien de son futur. Elle est, tout simplement. Elle est, ça lui suffit, le bonheur est entier.
Se souvient-elle encore du temps d’avant le temps ? Du temps d’avant le monde ? Du temps d’avant cette prison d’un petit corps gracile ? Du temps d’avant ses ailes de papillon ?

Et si tu t’en souviens, derrière tes paupières closes, garde bien ton secret. Tu vas le perdre en route...
Mais déjà l’ange de l’oubli est passé, a laissé l’empreinte de son doigt sur ta bouche à peine dessinée.
 
Pour l’heure tu nous remplis le cœur d’un bonheur indicible. C’est celui de la Vie toujours renouvelée. Cette légèreté mêlée de gravité...
Alors, nous rangeons nos « pourquoi », nos colliers de « pourquoi » qui n’ont pas de réponses.

 

Et toi, dans ta sagesse, tu donnes la réponse : c’est qu’il n’y en a pas. Il faut « être », c’est tout.
 

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Commentaires

olala
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Inscrit depuis : 01/02/2014
Naissance

Naître ou... ne pas être. Une vraie question mais une interrogation qui demeure un mystère.

Cela dit de superbes images et descriptions.

Un peu gênée moi aussi par le " vous enivrer "

luluberlu
Portrait de luluberlu
Hors ligne
Inscrit depuis : 24/12/2010
  D’abord, j’adore quand les

 

D’abord, j’adore quand les corsets craquent... certainement à cause d’une amplitude de respiration trop grande ; mais quoi de plus normal au printemps ?

 

« la nuit des temps »... voilà qui me laisse rêveur. J’ai toujours été étonné de l’usage que l’on fait de cette expression ( comme « c’est ancestral » ).

Juste un bémol : « Avez-vous déjà vu... » puis, ex abrupto : « Vous enivrer de... ».

 

Belle allégorie... je ne me suis pas perdu.

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