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Contrainte : d’après le film Inspiré de l’histoire vraie de William Kamkwamba et adapté de son roman.

Tout bébé, Alizé souriait à la caresse du vent sur ses joues rebondies.

Plus tard il réagissait au sifflement de la bise sur la colline les soirs d’automne et il adorait le chuintement mouillé de la brise dans le feuillage du tremble près de la fontaine. La plainte grave des peaux le fascinait quand le vent de la plaine venait les taquiner sur les cordes de l’étendoir. Il était un peu effrayé quand les bourrasques d’hiver secouaient le chaume de la toiture et glapissaient par le trou de fumée, refoulant celle-ci à l’intérieur.

Dès le réveil, à la simple écoute il savait d’où venait le vent. Sa musique n’était jamais la même. La nature se chargeait de diversifier toutes ses mélodies. Impromptues et éphémères, Alizé rêvait de les capturer pour pouvoir les écouter et les modifier à sa guise. Mais le vent ne se laisse pas piéger aussi facilement. Qu’à cela ne tienne, il jouerait avec lui. À sa manière.

Le garçon avait remarqué que le rusé aimait se glisser dans les cavités, s’immiscer dans les interstices, siffler par les orifices les plus exigus. C’est là qu’il allait le faire chanter ce diable insaisissable. Et on verrait bien qui serait le maître ! Dans un premier temps il en ferait son complice.

Il coupa une fleur de pissenlit. Bien grosse bien grasse, à longue et large tige. Il jeta la fleur, garda la tige, entailla légèrement l’une des extrémités, la porta à sa bouche. Faisant fi de l’amertume, il poussa le vent de ses poumons dans le conduit. Un bruit de trompette moqueuse en jaillit. Plusieurs fois il recommença, suscitant les rires de son entourage.

Fort de son expérience, il la transposa sur des matériaux moins fragiles. Roseaux, bambous, tuyaux divers dont il varia la taille et la longueur pour obtenir les tonalités qui lui plaisaient. Il perfectionna le système, ménagea des orifices qu’il pouvait ouvrir ou obturer avec ses doigts placés judicieusement, produisant ainsi toute une gamme de sonorités. Il ne lui restait plus qu’à les assembler à sa convenance. La grande famille des instruments à vent était née.

Alizé avait dompté le vent, il était devenu le maître des sons.

 

 

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Commentaires

olala
Hors ligne
Inscrit depuis : 01/02/2014
Un texte court, comme une

Un texte court, comme une petite mélodie : celle des roseaux, bambous et autres sympathiques instruments à vent sans doute.

luluberlu
Portrait de luluberlu
Hors ligne
Inscrit depuis : 24/12/2010
On est bien en Afrique...

On est bien en Afrique... Même les bourrasques glapissent.

Alizé, un Adolphe Sax africain. Le vent et la (sa) musique sont universels.

 

Claire Delune
Hors ligne
Inscrit depuis : 26/04/2015
J'ai eu beau chercher, j'ai pas trouvé...de critiques

Très sincèrement : j'adore.

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