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Contrainte (les exos de l'atelier): un texte, forme indifférente, sur une musique de : Melanie De Biasio - Your Freedom Is The End Of Me

 

Elle marchait le long de la plage... Ses pieds nus écrasaient le sable qui crissait doucement, un pied après l’autre... un pied après l’autre... le flux et le reflux... À l’image de sa vie. Elle marchait le long de la plage...

L’aube avait mis du rose sur un fond violiné. Les vaguelettes brodaient sur son passage et laissaient un peu de dentelle blanche sur le bout de ses pieds... Cette fraîcheur... Cette dernière racine pour l’ancrer dans la vie, en cet instant, ce moment hors du temps...
Le reste de son corps était absent. Sa tête n’était que bulle, si légère, si fragile, transparente, avec juste un léger écho tenace de la musique de Mélanie De Biaso.

          Elle marchait le long de la plage...

Dans un ultime réflexe, elle avait fui. Une survie en partance, au gré du vent, au gré du temps...

Partir pour se donner rendez-vous dans un ailleurs tout proche et tellement lointain...

            Elle marchait le long de la plage...

Un infime germe de vie lui restait là, collé au creux de son intime, pour lui montrer l’ampleur des rendez-vous manqués. Ami ? Ou ennemi ?...

Le temps n’était plus aux questions. Plus aux prières de l’incroyant. Le temps était à l’abandon, la soumission. Un combat inégal d’existence perdue, d’espérance pendue. L’heure du chant d’une vague et de ce vague à l’âme. Ce rythme lancinant pour caresser le vide, flatter cette douleur qui n’en était plus une, cette peine livide. Attendre qu’elle se meure avec chaque reflux.

             Elle marchait le long de la plage...

Plus aucune présence, aucune main tendue, pas un souffle du temps. Seul, le sable qui lui mordait les pieds, l’accrochant tendrement, et le mouillé, ce baume consolant.
 

Une coulée de ciel essuya un embrun, effleura son épaule. Une odeur plus salée se coula dans sa gorge. L’épaule a frissonné. Un oiseau a crié. Elle s’éveillait enfin !
 

Dans un frémissement, tout au creux de son ventre, la vie avait bougé, cette douce violence. Un oiseau s’envolait. Le froid sous la plante des pieds... La vie enlaçait ses chevilles et doucement montait...

C’était comme une traîne qu’elle laissait derrière elle et qui disparaissait. Le passé s’en allait. Le passé se lavait. Elle avançait et cette longue écharpe d’écume s’effilochait au gré du flux et du reflux que les vagues léchaient infatigablement.

              Elle marchait le long de la plage...

À gauche, le ciel lourd de ses gris, de ses bleus outremer. La nuit qui s’éloignait...
À droite, le Levant. La magie des petits matins, la splendeur des origines retrouvées...

 

Passagère du temps, elle marchait juste entre les deux. Un pas après l’autre... Un pas après l’autre sans jamais s’affranchir. C’était sa vie. En équilibre sur le fil tendu, funambule insomniaque. Sans jamais regarder en bas, tout au fond, le fleuve de la vie, limoneux et gluant, ce facile appelant... Sans jamais trébucher entre le Couchant et l’Orient, gardienne de la gravité. Ne jamais s’arrêter... C’était sa vie.

               Elle marchait................ le long de la plage...

 

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Commentaires

luluberlu
Portrait de luluberlu
Hors ligne
Inscrit depuis : 24/12/2010
Un texte lancinant («

Un texte lancinant (« mélaniesque ») avec ce « Elle marchait le long de la plage » qui revient par vague, accompagnat le flux et le reflux.  « splash (la vague)— schuitt (le sable) ».

 

« Sens-tu le parfum de la vague qui mouille le sable, comme les flots sont longs et forts, comme ils roulent, comme ils s'étendent? Vois donc cette bande d'écume qui festonne le rivage avec des coquilles et des herbes; regarde comme cela est loin et large, quelle beauté ! »Flaubert, Smarh,1839, p. 44.

plume bernache
Hors ligne
Inscrit depuis : 09/10/2014
un régal

 

  Un tableau d'artiste peintre pour cadre, évolutif au fil des heures,

  le rythme de la marche en harmonie avec le flux et le reflux, régulier, lancinant.

  Des sonorités très évocatrices "C'était comme une traîne............infatigablement": On entend le bruit des vagues qui bruissent sur le sable.

  Métaphore de la robe blanche, la traîne d'écume, la vie en germe, hésitante, un cheminement funambule entre le passé  le présent le futur.

 Tout cela finement tricoté de poésie.

 Un régal !

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