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Béret sur la tête pour « mucher » une alopécie galopante, charentaises aux pieds, Sam Patrakes s’impatiente sur sa chaise. Cinq fois déjà qu’il consulte sa montre ! Diable de docteur, il se fait attendre.

Front plissé, sourcils froncés, rictus, tremblements et tics nerveux, Sam est dans un état de stress XXL. L’impatience et un agacement grandissant le taraudent et le font se tortiller et tressauter sur son siège. Il lui faut voir le médecin de toute urgence, enrayer cette énième maladie qui s’annonce, gravissime c’est sûr.

Pas l’hydarthrose des femmes de chambre Dieu merci. De cela au moins il est certain, et pour cause : il n’est pas une femme et de plus il travaille dans la marée chaussée !! Pas la typhoïde non plus ni la danse de Saint Guy, le choléra ou même la goutte. De toutes ces affections et beaucoup d’autres il a déjà fait les frais. Il en connaît le moindre des symptômes, les signes les plus insidieux. Alors ? L’angoisse le tenaille. Il s’observe, se dissèque passe en revue le long cortège des maladies : cancer, maladie de Parkinson, de Creutzfeldt, de la vache folle...

La porte du cabinet s’ouvre enfin. Sam se précipite, s’empresse de rentrer et, sans même prendre le temps de s’asseoir :

– Docteur, je viens vous voir... Voilà... Comment vous dire... Euh... Ah, aucun mot ne me vient.

– Détendez-vous ; je vous écoute.

– Détendez-vous détendez-vous, vous en avez de bonnes, ce n’est pas vous qui êtes malade, s’énerve-t-il. Je ne sais seulement pas par où commencer ; tout va de travers. « J’ai la rate qui se dilate, le gosier anémié, l’épigastre qui s’encastre, l’estomac bien trop bas... »

– Bien bien je vois. Abrégez un peu voulez-vous.

– En fait pour faire bref, disons que ça va mal, très mal. Il y a aussi ces migraines qui sont pas saines, ces palpitations qui ne présagent rien de bon et mes articulations qui n’articulent plus et sont en plomb. Je gratte depuis longue date, je crache des glaires à ne savoir qu’en faire, je tousse à me ficher la frousse, je transpire, transpire et tout cela me fait craindre le pire. Et puis surtout...

– Oui dites-moi, en quelques mots si possible ?

– Eh bien, en plus d’avoir des lévriers dans le crâne et la charpente qui grince, il m’arrive une chose bizarre, une chose inouïe docteur

– Oui ?

– Il... Il... Hum, c’est à dire... c’est un peu délicat à dire. Il... Il... me pousse des seins.

– Curieux sans doute, mais... Dites-moi : Quel âge avez-vous ?

– 58 ans

– J’entends. Sans doute un signe avant-coureur d’une andropause éventuelle.

– L’ando quoi ? Ah je le savais docteur, je le savais, je suis malade. C’est grave cette maladie ? L’andomachin, l’andorprose ?

– Grave n’est peut-être pas le mot tout juste. Inconfortable plutôt. Nous allons voir cela. Enlevez votre chemise je vous prie.

Mais Sam n’entend pas, trop occupé à se tâter la poitrine et à se prendre le pouls.

– Monsieur ! Monsieur ! Enlevez votre chemise et asseyez vous là que je vous ausculte et vous prenne la tension.

Au bout de cinq minutes qui paraissent une éternité à notre ami et redoublent son anxiété :

– Vous pouvez vous rhabiller.

Et quelques secondes plus tard

– Voici votre ordonnance. Si toutefois vos malaises venaient à persister, rappelez-moi dans un mois ou deux. Je vous orienterai vers mon confrère le docteur Malpartout.

Sam s’est éclipsé sans même consulter sa feuille de prescription dont il redoute tant le contenu. Il l’enfouit dans sa poche avant de se précipiter dare-dare chez le pharmacien le plus proche.

Étonnement évident de celui-ci à la lecture du dit papier. Ses yeux vont de l’ordonnance à Sam, de Sam à l’ordonnance pour enfin :

– Désolé monsieur, mais votre prescription ne relève pas de nos soins. Voyez plutôt :

Et Sam étonné sinon éberlué à son tour, de lire:

                                  – Un peu de marche et de sport tous les jours hors le saut à l’élastique et les sports violents.

                                  – Un verre de tilleul le matin à jeun et un autre le soir au coucher.

                                  – Une cuillerée d’avoine au repas de midi.

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Commentaires

plume bernache
Hors ligne
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andorprose

 

 "andorprose" ? Je parie que c'est le synonyme de poésie.

 

 C'est bien la langue que parle ton monsieur Patraques pour décrire ses maux.

Encore mieux que Ouvrard en d'autres temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître…wink

luluberlu
Portrait de luluberlu
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Damned ! je suis démasqué !

Damned ! je suis démasqué ! Quel pataquès ! Depuis j'ai mal aux zygomatiques... Est-ce un effet de l'andropause ? C'est grave docteur ?

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