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janvier dix-huit

les jours assombris n’en finissent pas malgré l’hiver qui les a écourtés

 

janvier le huit

la nuit s’étire, plus vaste encore

 

vingt-deux mille coups de foudre sont tombés en quelques heures sur le département

 

l’insomnie se pavane autour de ma tête,

vaurienne rôdeuse longue et drapée

bibelotière de toutes sortes de contradictions

 

chacune pourrait faire poème au moulin,

avec son trop-plein d’évidences

mais tamisée ainsi que l’écrivent si clairement les poètes, surtout femmes - et ceux qui s’aiment -

 

gentes personnes toutes là

qui savent transcrire

avec presque

presque rien

ce que disent les yeux

les gestes et la finesse des secondes

le perceptible en sa délicatesse

 

aveugle au masculin  

je ne sais où ni qui rêver désormais

indésirable sans peau de soie

ni contours attendris

 

mâle et triste, donc emporté

 

par violents à-coups dans les plaines

brisant les berges

crispant les charpentes

le vent roule sur lui-même

avec la sauvagerie folle d’un possédé de foi

 

aucun arbre ne l’accuse de briser des branches

ni de s’amonceler dans des fondrières, nouvelles, aux pieds des restanques

 

cela fait partie du désordre

 

on ne peut qu’ajouter quelques astérisques

dans les files d’étoiles éclatantes d’échecs

 

demain sur la terre humide

les corbeaux chercheront des vers

 

leurs avanies lorsque qu’ils se chamaillent cingleront moins ma fatigue que la morosité enroulée dans ce bout de papier

 

navrure

 

***

 

la tristesse que j’entends dehors

trouve sa source en moi

 

 

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Commentaires

RB
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Inscrit depuis : 23/09/2014
Je pense...

 

... que vous avez pleinement raison. Merci de votre commentaire Plume Bernache !

 

Écrire, c'est se tenir à côté de ce qui se tait
Jean-Louis Giovannoni - extraits de Pas japonais

RB
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Inscrit depuis : 23/09/2014
heureux de te retrouver jf !

 

Merci (encore et toujours) de cette précision dans tes recensions si personnelles.

 

Une redécouverte de texte à chaque fois ! Merci !

Écrire, c'est se tenir à côté de ce qui se tait
Jean-Louis Giovannoni - extraits de Pas japonais

jfmoods
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Inscrit depuis : 29/09/2014
Vrac, page 166

Comme le manifestent clairement les deux derniers vers du poème ("la tristesse que j’entends dehors / trouve sa source en moi"), le poète dresse devant le lecteur un paysage état d'âme.

Le temps intérieur, auquel fait écho la violence du quotidien ("vingt-deux mille coups de foudre sont tombés en quelques heures sur le département"), traverse la régression d'un hiver métaphorique ("janvier dix-huit", "janvier le huit").

L'écriture est impuissante (jeu antithétique : "chacune pourrait faire poème au moulin" / "si clairement les poètes... / gentes personnes toutes là qui savent transcrire") à entrer dans les méandres du coeur (énumération : "les yeux les gestes et la finesse des secondes", nominalisation : "le perceptible en sa délicatesse"), à balayer le champ de la douloureuse obsession qui ronge l'âme du poète (personnification : l’insomnie se pavane autour de ma tête, / vaurienne rôdeuse longue et drapée / bibelotière de toutes sortes de contradictions").

La perception de soi ("aveugle au masculin", "mâle et triste") appelle  immanquablement cette moitié, cette part féminine indispensable, précieuse, perdue, qui nous faisait entier face au monde (constat : "je ne sais où ni qui rêver désormais").

L'abyssale solitude lève chez le locuteur une colère de mistral ("emporté / par violents à-coups dans les plaines / brisant les berges / crispant les charpentes / le vent roule sur lui-même / avec la sauvagerie folle d’un possédé de foi") qui l'use chaque jour un peu plus (litote : "leurs avanies.. / cingleront moins ma fatigue que la morosité enroulée dans ce bout de papier").

Merci pour ce partage !

plume bernache
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insomnie

 

 Je retiens cette définition de l'insomnie cette "vaurienne"…: "bibelotière de toutes sortes de contradictions".

Cette insomnie-là a déroulé un texte fort et  sauvage s'apaisant en tristesse. 

Laisse moi juste te dire:

 

Laisse donc filer" les étoiles éclatantes d'échecs".

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