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Jeudi dernier nous sommes allés, mon ami Alain et moi, voir un luthier à Savignac-de-Nontron. Cet ami lui apportait sa vielle à roue pour des réglages. Sur le trajet nous reçûmes les hommages des tournesols qui se courbaient poliment à notre passage. En revanche les maïs nous ignorèrent de toute leur superbe. On verra par là qu’une bonne éducation n’a pas été donnée à tous.

 

Malgré un temps un peu frisquet nous allâmes pique-niquer sur une hauteur avec vue imprenable sur les courbes des prés et des champs. Un dessinateur se serait régalé à en faire un croquis. Notre régal fut plus prosaïque ainsi que la croque des sandwiches de la boulangerie locale qui fleuraient bon le terroir. Pendant que nous dévorions avec plaisir, qui au saumon, qui au jambon, nous aperçûmes assez loin en contrebas un troupeau de vaches limousines qui paissaient. Il y avait du monde : vingt ou trente têtes, cornues ou pas.

 

Les agapes achevées, « Aurai-je un bon auditoire ? » me dis-je en portant à mes lèvres l’ocarina qui pendait à mon cou. Un prélude enlevé fit lever deux ou trois têtes cornues surmontées de points d’interrogation virtuels. Alain me dit qu’il fallait nous approcher. Je tirai du sac ma fidèle flûte à bec et, en route sur une glèbe ponctuée de touffe d’herbes se refaisant une santé après un passage du bétail.

 

Nous restâmes à cinquante mètres pour embrasser des yeux mon public. Et je jouai ce qui me passait par la tête. Les vaches s’approchèrent avec leurs veaux. Quel public attentif ! Pourtant il y en eut une, une vraie boulimique, qui n’arrêtait pas de paître en allongeant le cou sous la clôture électrique. Ventre affamé n’a point d’oreilles… à moins que ce fût le ver solitaire. Je leur jouai ainsi l’air du toréador mais voyant que cela avait tendance à les exciter je passai à Dodo, l’enfant do. Et puis d’ailleurs il y avait des enfants et je devais tenir compte de ces petites cervelles en pleine formation. Il ne fallait pas leur jouer n’importe quoi. Oh, pardon, Bizet !

 

Mais je ne vous ai pas dit qu’au milieu du troupeau un œil noir nous regardait, n’en perdant pas une : le taureau, de bonne composition, ma foi, tant que nous ne nous approchions pas plus.

 

Ce ne fut pas la première fois que je jouai devant un public bovin mais celui-ci fut particulièrement attentif, ce qui est vraiment gratifiant pour un musicien. Et comme tout a une fin nous repartîmes et c’est alors que des meuglements cuivrés retentirent. Ces braves bêtes manifestaient leur contentement et me réclamaient sans doute un bis. Mais mon inspiration était tarie.

 

5.04
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Commentaires

plume
Hors ligne
Inscrit depuis : 09/10/2014
Olé ! Au lait !

 

 J'imagine la scène. La musique aux champs ! Il faudrait savoir si la production laitière ce soir-là a été plus abondante .

 Certains éleveurs effectuent la traite en musique, prétendant (et pourquoi pas) que certains airs favoriseraient la lactation…

J'aime bien ta délicatesse pour les enfants-veaux !

Merci pour ce partage champêtre!

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