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Contraintes : le même jour à la même heure

Résumé du 4e épisode :

Tout en attendant leur rendez-vous en salle d’attente, Jean-Claude et Arlette échangent texto et communication téléphonique.

 

Sitôt téléphoné Jean-Claude s’était replongé dans Le Piège diabolique et suivait fébrilement les aventures de Blake et Mortimer tout en tripotant machinalement la pointe droite de sa moustache poivre et sel. Il n’y avait rien qui agaçait autant Arlette que cette manie et en quatre années de mariage elle n’avait pas obtenu que son mari coupât cet ornement identitaire.

 

Samba, couché à ses pieds, cherchait vainement le regard de son maître caché par un étrange carton coloré et plié en deux volets. Des petits points d’interrogation se pressaient en sa petite tête : que fais-je en ce curieux endroit ? Mais pourquoi boude-t-il, que lui ai-je fait ? Je m’ennuie, je m’ennuie… Bon puisque tu ne veux pas me regarder, moi non plus !… Et vlan, Samba se tourna de l’autre côté, celui d’une vitrine un peu poussiéreuse. Mais les objets hétéroclites et ternis qui depuis bien longtemps (le Docteur Freudonet ayant repris le cabinet d’un confrère âgé) se disputaient sans succès le regard des patients n’eurent pas plus de succès avec Samba qui, outre une culture des plus rudimentaire, n’a pas le regard bien aiguisé, un regard de chien… quoi !

 

Une tabatière dont l’émail avait pris de nombreux coups, glorieux ou pas, profita d’un rayon de soleil pour lui envoyer des signaux, en morse semble-t-il. Mais Samba était retombé dans sa rêverie canine. C’est alors que l’ébranlement causé par le passage d’un bus lui fit dresser les oreilles et grogner, ce qui lui valu un « Couché, Samba ! » de Jean-Claude qui pour autant ne quitta pas des yeux sa BD. Mais pendant ce court laps de temps la tabatière profitant de l’ébranlement s’était pour la nième fois adressée dans la langue à clic à une pipe xhosa qui n’avait aucune envie d’interrompre une sieste commencée il y a trente ans à l’étage du dessus. « Peuh, toujours aussi fière ! » hoqueta la tabatière. « J’ai du bon tabac, mais puisque c’est ainsi tu n’en auras pas ! »

 

Ce fut tout. Les poupées russes qui veillaient sur la pipe continuèrent à monter la garde et les volumes reliés à tranche dorée de l’étage inférieur restèrent bien alignés et serrés. Dieu sait s’ils ne se racontaient pas silencieusement de bonnes histoires, voire devisaient de philosophie ou d’astronomie… ?

 

Retrouvons Georges qui entrait dans la salle d’attente du cancérologue le Docteur Jhimagine. Il salua un homme à peine plus jeune que lui et qui répondit par un m’jour peu convaincant. Presque aussitôt la porte du cabinet s’ouvrit et une petite femme rondelette au regard énigmatique appela : « Monsieur Lalie, s’i' vous plaît ! »

 

Georges n’avait pas envie de prendre un des magazines empilés sur un guéridon Louis-Philippe. Aussi son regard se mit-il à vagabonder. Le faux tapis persan accusait des taches (de quoi donc ?) et des zones d’usure aux passages des patients, surtout devant les sièges. Une latte métallique cintrée avait été vissée à même le plancher pour éviter aux entrants de se prendre les pieds dans le vénérable revêtement. Le tapis aurait bien aimé faire des confidences à Georges, mais celui-ci était-il disposé à lui prêter oreille ?… Non, car son regard décolla soudain et atteignit un plafond défraîchi dont deux plaques semblaient enclines à prendre leur indépendance. Depuis qu’en 1957 on les avait collées avec leurs semblables sur un plâtre rugueux elles avaient vu défiler nombre tignasses en tous genres, des brunes, des blondes et même quelques rousses, certaines opulentes, d’autres plus ou moins pelées, voire entièrement déboisées. Les premières années, les plaques y avaient pris quelque intérêt, l’une d’elles ayant même voulu consigner ses observations, mais de quoi prendre des notes, bernique !… Décidément Georges manquait cruellement d’attention quand son regard fut attiré par une grosse et belle araignée qui effectuait une descente en rappel juste au-dessus du guéridon. Elle descendait, descendait avec précaution, mais professionnalisme évident. Un instant elle s’arrêta, histoire sans doute de jeter un œil suspicieux, puis reprit sa descente. Elle atterrit sur un papier d’un jaune pisseux qui sembla à Georges être un tract. « Fric, frac… » fit l’araignée et aussitôt elle reprit son ascension, manifestement dégoûtée de ce qu’elle avait trouvé… « Tiens donc ! » se dit Georges soudain intéressé à lire le tract jaune. Aussi se leva-t-il aussi prestement qu’il put.

 

Grand meeting de soutien
Dimanche 16 avril à Paimbœuf
10 h 30 place du Marché
avec Jean-François Marc-Fichon
le seul candidat qui défend vos intérêts

          
                                              
Ne pas jeter sur la voie publique

 

Georges hocha la tête et se rassit songeur. « C’est vrai que les élections sont proches et je ne sais toujours pas pour qui je voterai. Mais au moins je sais à présent que je ne voterai pas pour ce JFMF. Merci, petite araignée ! »

 

 

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Commentaires

plume bernache
Hors ligne
Inscrit depuis : 09/10/2014
animisme joyeux

 

  Non content d'imaginer le questionnement de Samba le chien ( je me demande souvent ce qui se passe dans la tête de nos chers animaux de compagnie) , quelle bonne idée de faire dialoguer une tabatière avec une pipe xhosa (au fait, qu'est-ce?), évoquer les souvenirs du tapis ou des plaques du plafond…Quant au clin d'œil à l'actualité "électorale" en suivant le fil de l'araignée, c'est l'apothéose ! J'aime beaucoup cette vision des objets animés. je me suis bien amusée.

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