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Contraintes : le même jour à la même heure

Chapitre dix : Les destins se précisent.

Précédemment : Jeanne s’attarde chez le psy dont elle apprécie l’écoute.
Chez le gynéco, Hugues le futur papa pris de malaise se remémore la soirée où il a succombé aux charmes de Marie la prenant pour Jeanne (sa jumelle). Chez le cancérologue, Pedro et Henriette essaient de cacher leur inquiétude… et madame Michu colporte des nouvelles.

Cloung !

 

— Tiens, j’ai un message, constate Henriette. De Marie… bizarre, je la croyais chez le gynéco avec Hugues. Il ne va pas très bien en ce moment. Ce garçon n’a pas pour deux sous de santé. Pour un maître nageur, c’est étonnant…

Pedro l’interrompt :

— Ou peut-être a-t-il pour cent sous d’empathie avec ta fille. Bon, lis-moi le message…

— Papa Maman, vous allez être doublement grands-parents… Nous attendons des jumelles ! Pour la mi-août.

Soudain on entend une voix tonitruer « Le 13 ? Le 13 ! Enfin qu’est-ce qu’ils ont tous aujourd’hui ? C’est le printemps ? Le 13 !!! »
Pedro empoigne le bras de son épouse :

— Henriette, mais c’est à nous ! tu liras la suite après.

Le portable disparaît au fond d’une poche. Un sourire rayonnant coiffé de l’opulente moustache blanche, le docteur Iollas accueille le vieux couple dans le cabinet. Henriette n’a même pas le temps de déployer son habituel caparaçon à encaisser les mauvais coups.

— Pas de soucis madame Regalito ! Vos analyses sont excellentes. L’opacité qui nous inquiétait ne révèle qu’un angiomyolipome hépatique dépourvu de toute malignité…

« Dépourvu de toute malignité… » C’est tout ce qu’elle a compris et cela suffit.

— Oh merci Docteur, merci beaucoup… Pour un peu elle l’embrasserait.

— Pas de quoi madame, si vous saviez combien c’est facile d’annoncer une bonne nouvelle à un patient !
Le médecin n’a guère le temps de prolonger la conversation car la secrétaire lui passe une communication urgente et une rapide poignée de main signe la fin de la consultation. En sortant, Pedro entoure les épaules d’Henriette. L’air leur semble si léger maintenant :

— Alors ce message ? Donc tu disais deux bébés à la mi-août. Henriette récupère son appareil et poursuit : du coup j’ai demandé Hugues en mariage. Il a dit OUI !!! On file illico à la Mairie publier les bans. On sera un peu en retard au dîner ce soir. Papa Maman je vous aime. Vous êtes les premiers informés. Bisous.

Madre mia ! elle a du caractère notre petite Marie ! Remarque elle en aura besoin avec ses jumelles… Rappelle-toi !
Un air de sardane avale sa réponse. Bis bis et encore bis. Fébrilement, Pedro explore le fond de sa sacoche, libère son téléphone et lui donne enfin la parole :

— Allô Papa ? Cest Jeanne.

— Bonjour ma fille, il y a longtemps qu’on ne t’a pas entendue. Tu n’es pas malade au moins ?

— Mais non t’inquiètes-pas. J’appelais pour vous dire que je ne viendrai pas dîner avec vous. Je dois partir ce soir.

— Partir ? Mais où ça ?

— Sur la côte Basque.

— La côte Basque ? Tu fricotes avec les indépendantistes maintenant ?

— Mais non Papa que tu es… oh pardon Papa

Henriette bondit :

— Jeanne, les indépendantistes ? Ce n’est pas bien ton genre !

— Arrêtez Papa Maman, laissez-moi parler enfin. Voilà : le docteur Dujoyeux, c’est un psy, me propose un poste d’éducatrice en piscine au nouveau centre de thalassothérapie qui s’ouvre à Saint-Jean-de-Luz. Lui, il supervisera le pôle psychologie pédiatrique.

— Mais es-tu obligée de partir ce soir, d’abord y a-t-il seulement un train ?

— Non maman, Simon Dujoyeux m’emmène dans sa voiture. Juste pour visiter. On y restera ce week-end. Et je donnerai ma réponse au retour. Mais j’ai très envie d’accepter. Il est grand temps pour moi de changer d’air. Bon je n’ai plus de batterie ça va cou… tu tu tu tuuuuu...

ÉPILOGUE

Les petites jumelles attendues par Marie et Hugues arrivèrent comme prévu le treize août, mais s’étaient transformées en deux vigoureux petits gars. Ce fut la première de leurs facéties. Par commodité, on les nomma Jean et Pierre.
À leur contact, Pedro et Henriette retrouvèrent leur jeunesse et goûtèrent les bienfaits de la thalassothérapie à Saint-Jean-de-Luz.

Illustrant le fameux théorème de La Voisine, Madame Michu fut la première (et la seule) à annoncer à tout le quartier le mariage de Marie avec le docteur Simon Dujoyeux et celui de Jeanne avec Hugues Lakkouch le maître–nageur de la piscine.

 

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