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Contraintes : le même jour à la même heure

Chapitre sept : Jeanne chez le psy (3)

Précédemment : Jeanne et Marie  sa  sœur jumelle sont très complices et facétieuses. Le soir de son premier rendez-vous à « La Lune Bleue » avec le maître-nageur de la piscine, Jeanne est prise de panique…

L’averse a cessé, Jeanne s’apprête à sortir quand elle pense tout à coup qu’elle n’a pas réglé sa consultation au médecin. Et il n’a pas osé réclamer son dû. Elle est honteuse. Que va-t-il penser ? C’est ce qu’on appelle un acte manqué. Que faire maintenant ? Frapper à la porte du cabinet ? Ce serait très incorrect vis-à-vis du praticien et du jeune patient. Attendre la prochaine séance ? Et si elle allait oublier une deuxième fois ? Non. Elle allait revenir dans la salle d’attente et dès que le docteur Dujoyeux sortirait elle s’avancerait de son air le plus naturel s’excuserait paierait ses dettes et s’en irait.

La mère du jeune homme en consultation se tient au plus près de la porte du cabinet, prêtant l’oreille, mais le capitonnage étouffe efficacement la conversation médicale. Jeanne s’installe juste en face d’elle. Lorsqu’enfin le garçon apparaît suivi du thérapeute, la femme se précipite aide son fils cramoisi à boutonner son blouson et commence à questionner le docteur. Celui-ci l’interrompt :

— Ne vous inquiétez pas, Madame Villablanca. J’ai prescrit à votre fils un traitement de choc…

— Ah mon Dieu, je le savais ! C’était donc grave… gémit la mère.

— Pas d’affolement madame ! J’ai prescrit des séances de sport deux fois par semaine au club de jeunes du quartier. Laissez-le choisir lui-même son activité : foot, rugby, basket, judo… vous verrez, le remède sera souverain !

Apercevant Jeanne, le « psy » a l’air surpris : « Encore là ? Vous souhaitez me parler de nouveau ? » Il incline la tête légèrement sur le côté et sourit :

— Je vous fais patienter un petit moment. Juste le temps de recevoir le capitaine Jonathan. Ce sera bref !

— Affirmatif ! acquiesce le militaire, emboîtant le pas au médecin.

Jeanne n’a ni le temps ni l’envie de protester. Après tout, elle a encore tellement de choses à confier au médecin ! Elle s’installe près de la fenêtre et sort un petit carnet de son sac. Comme convenu, elle doit noter les émotions ressenties dans ses moments de panique. Ce fameux samedi soir du rendez-vous manqué, qu’avait-elle éprouvé exactement ? La même chose que le jour où elle devait sauter du grand plongeoir pour valider son examen d’éducatrice. Là encore elle avait eu le réflexe de demander à sa sœur de prendre sa place.

 

Chapitre huit : Marie et Hugues chez le gynéco (3)

Précédemment : Dans la salle d’attente, Hugues a eu un malaise (il souffre des symptômes de grossesse que Marie, elle, n’éprouve pas). Elle le ranime avec un doux baiser…

Ah… le doux baiser de Marie, toujours aussi troublant… C’est bien ainsi qu’il s’était laissé ensorceler ce fameux samedi soir à « La Lune Bleue ». Alors qu’il pensait embrasser Jeanne. Jeanne la douce éducatrice de la piscine qu’il avait eu envie de connaître plus intimement. Comment avait-il pu se laisser leurrer aussi facilement ?

Quand après trois quarts d’heure d’attente dans le hall, il avait vu entrer cette créature radieuse, en courte robe rouge à froufrous, talons aiguille et boucles espiègles, il ne l’avait pas reconnue d’emblée et elle-même avait semblé hésiter. Mais après tout, ils ne s’étaient jamais vus qu’à la piscine, en maillot de bain, cheveux dégoulinants ou prisonniers d’un bonnet de caoutchouc peu seyant, yeux rougis par le chlore : ça vous change quelqu’un !

Elle s’était vaguement excusée de son retard, prétextant une panne d’ascenseur dans son immeuble. La musique assourdissante ne facilitant pas la conversation, ils s’étaient tout de suite dirigés vers la zone de danse. Passant devant le bar, ils avaient dégusté le cocktail de bienvenue, un breuvage bleu au goût fruité tellement délicieux qu’ils en avaient immédiatement bu un second. Sur la piste, la petite sirène du lundi matin s’était métamorphosée en troublante Aphrodite. Quand les effets stroboscopiques et sonores avaient dérivé en mode langoureux, les corps s’étaient rapprochés, Hugues s’était senti chavirer et il avait eu l’impression que le désir était partagé. Cela s’était confirmé quand il avait senti des lèvres gourmandes et sucrées épouser les siennes sans façon. Surpris, il n’avait cependant pas résisté.

Au petit matin, réveillé par les trilles du rossignol et un parfum de chèvrefeuille, il n’avait pas compris tout de suite comment il se retrouvait étendu sur la mousse du bosquet de charmes jouxtant la discothèque de « La Lune Bleue », avec les mèches folles de Jeanne lui chatouillant la poitrine. Ne subsistait que cette délicieuse impression de feu d’artifice cosmique dont les atomes de lumière se seraient diffusés définitivement en son être profond…

Soudain la brume se dissipe. Une vague odeur de désinfectant agresse ses narines. Marie lui tapote les joues avec une douce vigueur.

— Hello chéri, ça va mieux ? Bouh… tu as eu du mal à revenir cette fois-ci.

De son être profond il sent éclore un sourire, quand…

— Mademoiselle Regalito et monsieur Lakkouch, c’est à vous… Vous venez ou quoi ? 

Cintrée dans sa blouse blanche, Madame Edwige Langelot la gynéco impulse radicalement le retour au présent.

 

Chapitre neuf : Henriette et Pedro chez le cancérologue (3)

Précédemment : Pendant que Pedro, nerveux, est parti faire une course à la librairie, Henriette compatit avec une jeune patiente qui lui rappelle sa propre situation ici même il y a vingt ans. Elle essaie de lui redonner confiance…

Les bras chargés de deux poches prêtes à craquer sur lesquelles s’épanouit le logo du « Jardin des lettres », Pedro pousse la porte de la salle d’attente d’un coup de hanche. Il laisse glisser son fardeau au pied de Henriette.

— Tiens, là, tu en as au moins jusqu’à Noël !

— Bof, à peine jusqu’à Pâques, et encore… galège-t-elle. Tu es un amour.

— Devine qui j’ai rencontré à la librairie ?

— Ben, la reine d’Angleterre ?

— Presque : Madame Michu… elle m’a dit qu’elle venait de rencontrer Jeanne chez le psy.

— Ah oui et je parie qu’elle a encore mis en pratique le théorème de La Voisine !

Tout près d’Henriette, un vieux cruciverbiste, comme piqué par une guêpe fronce son sourcil blanc, lâche grille, crayon et s’adresse à Henriette avec courtoisie :

— Pardonnez, madame, vous voulez dire le théorème de Lavoisier : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. »

— Non non, celui de La Voisine : « Rien ne se perd, rien de secret, tout se transforme ! »

Deux éventails de ridules allument de malice le regard bleu du vieux monsieur.

— Le 12… le 12… le 12 ? Appelle la secrétaire pour la troisième fois. Il n’est pas là ?

L’espace d’un instant, le vieil homme a oublié son tour, ses mots croisés et son cancer.

 

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Commentaires

plume bernache
Hors ligne
Inscrit depuis : 09/10/2014
diabétologie

 

 À moins que le plus facétieux des quatre…ne soit le lecteur, spécialiste en diabétologie !

luluberlu
Portrait de luluberlu
Hors ligne
Inscrit depuis : 24/12/2010
Je ne sais, des trois,

Je ne sais, des trois, qu’elle est la plus facétieuse (MarieouJeanne ou G...) ? Et si quelqu’une connaît un homme qui résiste aux lèvres gourmandes (et sucrées) d’une troublante aphrodite, qu’elle me fasse signe... Pas étonnant que la plupart aient du diabète.

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