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Une musique, un texte : ICI

Elle attend sur le quai de la gare. Il fait nuit. En frissonnant, elle rajuste sa cape de zibeline sur ses épaules. Les nuits sont fraîches à cette époque de l’année. Pour seul bagage, son sac à main contenant l’argent dérobé à son père, ses bijoux et une photo de sa mère qu’elle ne reverra plus. C’est bien peu, mais elle n’a besoin de rien d’autre, une nouvelle vie l’attend. Elle part par le premier train, peu importe la destination du moment qu’elle est avec lui.

L’heure tourne, les aiguilles de l’horloge exécutant leur valse rythmée, et il ne vient pas. Elle l’attendra jusqu’au bout de la nuit s’il le faut. Il a promis d’être là.

Pour chasser l’angoisse de l’attente, elle s’évade au gré de ses souvenirs ponctués par le tic tac de l’horloge. Elle revoit leur première rencontre dans ce bar, « Le Jazzy ». Elle n’y allait jamais d’ordinaire, on le disait un des repères de la mafia. Ce jour-là cependant, cédant aux suppliques d’Annette sa meilleure amie, elle s’y était rendue pour assister au concert de Roberto FONSECA, célèbre pianiste et jazzman. Annette voulant se rapprocher de la scène, elle s’était retrouvée seule assise au bar. Ils avaient bu un verre, restant là à discuter pendant des heures. Par la suite, ils s’étaient revus à plusieurs reprises apprenant à se connaître jusqu’à tomber amoureux. Elle avait appris bien plus tard qu’il était un des hommes de main de Patricio VARA, célèbre baron du crime...

Trop tard. À présent, plus de retour possible  : ils s’aimaient. Ils avaient donc projeté de s’enfuir ensemble, n’importe où. Mais d’abord, il devait quitter le milieu sans se faire tuer. On ne démissionne pas dans la mafia, on meurt.

Il lui avait demandé de l’attendre ici même, sans bagages. Ensuite, ils s’enfuiraient et recommenceraient une nouvelle vie ailleurs.

Elle s’était préparée, s’était faite belle pour lui, pour cette soirée spéciale  : ses cheveux, coiffés en boucles serrées, rehaussés par un rang de perles, nacre sur ébène, du rouge à lèvres d’un rouge soutenu pour contraster avec la pâleur naturelle de son teint, sa plus belle robe de soie ivoire et enfin la cape et les boucles d’oreilles qu’il lui a offertes.

Une demi-heure est passée. Va-t-il arriver  ? Va-t-il y arriver  ? Peut-être a-t-il été piégé  ? Oui, ils l’ont sûrement attrapé  ! Son amour doit être mort à l’heure qu’il est  ! Que va-t-elle faire maintenant  ? Retourner chez son père, tout lui avouer  ? S’enfuir tout de même et réaliser leurs rêves  ? Elle ne sait que faire, toujours en plein dilemme, lorsqu’un train entre en gare. Elle se décide. Elle prendra ce train, peu importe ce qu’il lui en coûte et où cela la mènera. Elle vivra pour lui cette vie dont ils avaient rêvé ensemble.

Alors qu’elle s’en approche et tend la main vers la porte d’accès au wagon, elle le voit s’engager sur le quai  : à bout de souffle, blessé, mais souriant et bien là.

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Commentaires

luluberlu
Portrait de luluberlu
Hors ligne
Inscrit depuis : 24/12/2010
« Elle l’attendra jusqu’au

« Elle l’attendra jusqu’au bout de la nuit » : et un cliché, un.

« Pour chasser l’angoisse de l’attente » : « de l’attente » est en trop. Le lecteur que je suis, attentif et bienveillant8) , a bien compris que l’héroïne attend.

« On ne démissionne pas dans la mafia, on meurt. » : là j’aurai préféré qu’on ne précise pas « on meurt ». Laisse le lecteur se faire son cinéma.:)

« ils s’enfuiraient et recommenceraient une nouvelle vie ailleurs. » il y a effectivement une quasi-certitude pour que ce soit ailleurs.pardon

 

À part ces qques broutilles, j'ai bien aimé.good

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