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Texte évolutif - métamorphose (Les exos de l’atelier)

Grand Central (3)

Le ciel est bleu, des nuages courent au-dessus de New York.
Grand Central s’anime peu à peu. Son hall théâtral accueille déjà les banlieusards pressés. Des hommes aux costumes impeccables, des femmes en tailleur, soigneusement maquillées, semblent sortir de chez le coiffeur. Tous avancent d’un pas dynamique, à un rythme soutenu. Ces femmes actives ont opté depuis longtemps pour des chaussures de sport. Leurs pieds sont douillettement préservés de chaussettes bouclées. Elles les roulent sur leurs baskets. Ce choix détone comiquement avec leur mise, tout comme la variété de leurs sacs gigantesques portés à l’épaule. Ils contiennent, entre autres, leurs escarpins qu’elles enfileront prestement au seuil de leurs bureaux, sans gène aucune, rétablissant ainsi la conformité de leurs tenues avec leurs fonctions. Quotidiennement, organisées à l’extrême, elles mènent de front vie professionnelle et devoirs familiaux.

Éva le nez en l’air suit les panneaux pour sortir du bon côté. Elle n’a pas encore l’habitude du trajet qui l’amène sur son lieu de travail. Pressée, avec le souci d’arriver un peu en avance, elle ne voit pas la vieille dame qui vient en sens inverse.
Déborah, tous les jours, arpente les couloirs de la gare. Elle inspecte méticuleusement chaque zone d’attente, indifférente aux regards. Elle recueille les journaux abandonnés. Elle traîne son cabas plus qu’elle ne le porte, les yeux rivés au sol. Sa survie dépend journellement de cette récolte, elle a renoncé définitivement à celle qu’elle était.
La collision détourne immédiatement de leur circuit deux jeunes hommes. Éva s’accroupit avec eux pour rassembler rapidement les journaux qui retournent dans le cabas, ou plus justement un sac de plage autrefois transparent. Bien que sales, les parois liquides et pailletées sont animées de petits coquillages, étoiles de mer, voiliers miniatures et autres. Elle remarque en le rendant à la vieille dame, une petite boussole dont l’aiguille reste immobile malgré ses mouvements aléatoires dans l’échantillon d’océan. Cette image semble illustrer étonnamment la situation de cette femme.

Une grosse berline jaune remonte Lexington Avenue. Au loin, Le Chrysler Building étincelle de toutes ses facettes métalliques.
Consuelo descend du taxi. Elle a le front plissé par les rides qui se dessinent toujours lorsque mentalement elle repasse en revue le contenu de son sac cargo 3 roulettes. Il l’accompagne dans tous ses déplacements entre New York et Jacksonville. Le chauffeur vient de le sortir du coffre. Il lui tend la poignée. Elle la saisit en le remerciant et discrètement lui glisse un dollar de pourboire. En se retournant elle remarque un groupe compact devant les soutes à bagages latérales du bus. De sa pochette elle extrait son billet d’avion. Alors qu’elle va monter dans la navette de l’aéroport, elle recule pour laisser passer le chauffeur qui les deux mains en avant lui interdit d’avancer. Les sirènes des pompiers, de la police, constituent le bruit de fond de New York. Mais là, le puissant Klaxon gagne de plus en plus en intensité et devient assourdissant. Impérieusement il a précédé les camions rouges qui se faufilent à toute vitesse. Le chauffeur, dégoulinant de sueur, vient de bousculer clients et bagages pour fermer les soutes précipitamment. Des voitures de police arrivent à contresens, toutes sirènes hurlantes, et contrôlent leurs dérapages pour barrer les rues perpendiculaires.

Éva accompagne Déborah vers un banc proche, le cœur serré de laisser cette femme livrée à un destin qu’elle estime injuste !
Elle est partagée, mais elle doit se préserver du risque d’être un jour à la place de cette femme. Elle se hâte vers son travail !

 

Consuelo s’est mise en retrait. Elle a encore son billet à la main.
Adossée à la façade du consulat de Croatie, elle observe la navette grimper sur le trottoir en urgence.
Il faut laisser la voie libre au camion-grue !
Il est énorme ! Démesuré ! Elle est ébahie par la longueur du massif véhicule, sans chauffeur !
Une chevelure longue, blonde s’échappe du casque rutilant. Là, tout en haut de la petite cabine articulée en queue, cette dompteuse inattendue surplombe le monstre rugissant qu’elle mène expertement à toute allure.
 
Sans voix, assourdie par les détonations qui s’enchaînent, Consuelo tient toujours fermement la poignée de son sac.
« Et merde ! lance-t-elle fourrageant nerveusement l’holster en travers de sa poitrine. »
Plaquée plus étroitement au mur elle lâche finalement son énorme bagage. Voilà enfin le petit carnet dont seulement les deux premières pages sont gribouillées de notes, de dessins tracés machinalement et où elle a inscrit le numéro du bureau des missions.
Une épaisse fumée blanche se propage depuis le bâtiment des Nations Unies tout en bas de la rue. Tout est devenu opaque, elle a la bouche pâteuse, les yeux desséchés ! Ses paupières battent instinctivement, mais douloureusement. Le portable vissé à l’oreille elle écoute le message enregistré en boucle :
« En raison d’un trop grand nombre d’appels votre communication ne peut aboutir. »
De toute évidence elle ne sera pas en mesure de rejoindre à temps son régiment pour répondre à son ordre de mission en Irak !

Soudain une explosion retentit et d’autres suivent.

Les larmes d’Éther coulent sur ses joues. Elle a du mal à distinguer quoi que ce soit ! Elle a peur ! Elle ne voit pas sa maman, elle ne voit plus la roulotte de rue, où, tous les matins maman achète un délicieux muffin pour son goûter. Elle pleure sans pouvoir s’arrêter. Elle crie « Maman ! Maman ! de toutes ses forces. Elle a du mal à respirer, la fumée la fait tousser. Maman ! Maman ! crie-t-elle, maman ? Viens maman ! Viens maman ! »
Elle entend des cris, des gens qui courent ! « Ah aaaa ! Maman ! Maman ! Maman !
— Éther ! Éther ! Éther ! Ma chérie maman est là, je suis là Éther ! J’arrive Éther ! Éther ! Attends ! Maman viens Éther ! ».

Consuelo résiste de son mieux au flot de personnes affolées qui remontent vers la gare. Aveuglée, elle est entraînée malgré elle.
Elle entend des sanglots ! Elle frôle l’enfant en pleurs ! Elle se baisse alors et l’entoure de ses bras pour la protéger.
« Ne pleure pas, ma chérie, on va retrouver ta maman. Ne lâche pas ma main ma puce ! Viens, j’entends ta maman qui t’appelle, on va la rejoindre ! »
Elle avance, la petite collée à sa jambe. « Madame ! Madame, j’ai votre petite fille ! Par ici !
Éther, ma chérie ! Maman ! La mère soulève la fillette et la couvre de baisers en la serrant dans ses bras.
Merci mon Dieu, merci ! Une nouvelle explosion retentit. Venez ne restons pas là, je ne sais pas ce qu’il se passe, mais il vaut mieux nous éloigner. »

Toutes trois entrent, ou plus exactement sont propulsées dans Grand Central au milieu de la cohue générée ces dernières minutes. Des mines incrédules fleurissent çà et là révélant la surprise autant que l’incompréhension. Le hall immense est bondé. Malgré ses grandes et hautes baies vitrées il fait sombre. Une fine poussière a tout saupoudré. L’atmosphère est inhabituelle. Pas d’annonces, aucun cliquetis sur les écrans d’affichage, devenus illisibles par le désordre des petits volets bleus et blancs stoppés dans leur courses d’informations !

« Maman j’ai soif ! J’ai soif maman ! Oui ma chérie ! »
Consuelo, Éther et sa maman se faufilent en direction des distributeurs de boissons, pris d’assaut.

« Mary, nous allons vous attendre là-bas près des bancs. D’accord ? Allez-y ! Éther, je vais te chercher un jus de pomme. Donne la main à Consuelo chérie, je reviens tout de suite ! »
Consuelo et Éther avancent vers les fauteuils qui forment un petit salon tandis que Mary se fait engloutir au milieu des centaines de personnes, prises au piège des évènements. Elles parviennent enfin à s’ancrer à l’accoudoir d’un banc surchargé. Consuelo soulève Éther et l’installe en hauteur, tout en s’excusant, et requérant en même temps l’autorisation de la vieille femme assise plus bas. Celle-ci saisit l’occasion pour engager la conversation.

« Vous savez je connais tout dans cette gare ! J’en ai vu des choses ici, mais ça ! jamais ! Ça c’est un sacré bordel pour sûr ! Tous ces pauvres gens qu’ont peur, qu’attendent là, angoissés ! Les policiers y sont tout stressés et suent sang et eau ! Vas'y par ici, vas'y par là ! Y z'ont pas une minute à eux ! Et ça, ça m’arrange bougrement ! Non ! aujourd’hui, y z'ont d’autres chats à fouetter, que d’me faire essuyer tous les sièges de la gare avec mon cul ! Alors qu’aujourd’hui y’ en aurait fichtrement besoin ! Quelques pétards, un peu d’poussière et c’est la panique ! Paraît qu’les nations unies ont morflées ! ».

Consuelo surveille Mary du coin de l’œil pour ne pas la perdre de vue, sans répondre à la femme qu’elle identifie sans nul doute comme une sans-abri. Éther observe intensément tous les visages alentour en tournant la tête dans tous les sens. Consuelo, caresse doucement sa joue et de son index relève son menton. « Dis-moi ma puce, tu vas à l’école ? Oui ! dit-elle, et elle se met à pleurer ! « pourquoi pleures-tu Éther ? Pac'e que ! Ne pleure pas, ne pleure pas ! Viens là ! ». Elle l’attire affectueusement contre elle, et l’enlace pour calmer son chagrin. Elle perçoit dans sa chaire les sanglots d’Éther se former, tels de grosses bulles qui montent et éclatent en pleurs incontrôlables. Peu à peu les tressautements de sa poitrine s’atténuent et cessent. « Tiens ta maman revient ! Éther pivote. Elle scrute la foule pour repérer sa maman. Ses petits yeux s’illuminent instantanément de soulagement ! Ce lien : mère-enfant, indéfectible, rassurant, touche Consuelo, laissant remonter de sa mémoire d’autres situations bouleversantes. Mary détache nerveusement la paille, de la brique, en perce l’opercule et la présente à Éther.
«  Tu as pleuré ? Pourquoi mon cœur ? demande-t-elle en essuyant les quelques perles encore accrochées à ses cils.
— Pa'ce que z'eve aller à l’école !
— Aujourd’hui je crois que ce ne sera pas possible ma chérie.
— Et po'quoi ?
— Et bien l’école est fermée. Invente Mary.
— Et po'quoi ?
— Parce qu’il y a un grand incendie tout près de l’école.
— C’est ça ! répond Éther convaincue ! Oui, mais moi z'eve aller à l’école ! — — Mais, Éther, on ne peut pas !
— Si ! Si ! Z'eve aller à l’école ! Mary contrôlant mal son agacement durcit sa voix.
— Écoute Éther c’est pas le moment de faire un caprice ! C’est assez compliqué comme ça ! Maintenant tu arrêtes !
— C’est ça ! Mais y faut qu’ze fais l’dessin du « sil » aujo'd’hui !
— Tu le feras demain c’est tout !
— Oui c’est ça !
— Oui ! Exactement ! C’est comme ça ! puis s’adressant à Consuelo.
— Son institutrice est passionnée d’archéologie. Elle leur a rapporté de ses dernières fouilles, un fossile avec en creux l’empreinte d’un reptile. Je dois dire qu’elle a provoqué l’émerveillement général ! »
Mary l’espace d’une seconde a refoulé le cauchemar du présent.

*Grand Central (2)

Le ciel est bleu, des nuages courent au-dessus de New York.

Grand Central s’anime peu à peu. Son hall théâtral accueille déjà les banlieusards pressés. Des hommes aux costumes impeccables, des femmes en tailleur, soigneusement maquillées, semblent sortir de chez le coiffeur. Tous avancent d’un pas dynamique, à un rythme soutenu. Ces femmes actives ont opté depuis longtemps pour des chaussures de sport. Leurs pieds sont douillettement préservés de chaussettes bouclées. Elles les roulent sur leurs baskets. Ce choix détone comiquement, avec leur mise, tout comme la variété de leurs sacs gigantesques portés à l’épaule. Ils contiennent, entre autres, leurs escarpins qu’elles enfileront prestement au seuil de leurs bureaux, sans gène aucune, rétablissant ainsi la conformité de leurs tenues avec leurs fonctions. Quotidiennement, organisées à l’extrême, elles mènent de front vie professionnelle et devoirs familiaux.

Éva le nez en l’air suit les panneaux pour sortir du bon côté. Elle n’a pas encore l’habitude du trajet qui l’amène sur son lieu de travail. Pressée, avec le souci d’arriver, un peu en avance, elle ne voit pas la vieille dame qui vient en sens inverse.

Déborah, tous les jours, arpente les couloirs de la gare. Elle inspecte méticuleusement chaque zone d’attente, indifférente aux regards. Elle recueille les journaux abandonnés. Elle traîne son cabas plus qu’elle ne le porte, les yeux rivés au sol. Sa survie dépend journellement de cette récolte.

La collision détourne immédiatement de leur circuit deux jeunes hommes. Éva s’accroupit avec eux pour rassembler rapidement les journaux qui retournent dans le cabas, ou plus justement un sac de plage autrefois transparent. Bien que sales, les parois liquides et pailletées sont animées de petits coquillages, étoiles de mer, voiliers miniatures et autres. Elle remarque, en le rendant à la vieille dame, une petite boussole dont l’aiguille reste immobile malgré ses mouvements aléatoires dans l’échantillon d’océan. Cette image semble illustrer étonnamment, la situation de cette femme.

Une grosse berline jaune remonte Lexington Avenue. Au loin, Le Chrysler Building étincelle de toutes ses facettes métalliques.

Consuelo descend du taxi. Elle a le front plissé par les rides qui se dessinent toujours lorsque mentalement elle repasse en revue le contenu de son sac cargo 3 roulettes. Il l’accompagne dans tous ses déplacements entre New York et Jacksonville. Le chauffeur vient de le sortir du coffre. Il lui tend la poignée. Elle la saisit en le remerciant et discrètement lui glisse un dollar de pourboire. En se retournant elle remarque un groupe compact devant les soutes à bagages latérales du bus. De sa pochette elle extrait son billet d’avion. Alors qu’elle va monter dans la navette de l’aéroport, elle recule pour laisser passer le chauffeur, qui, les deux mains en avant lui interdit d’avancer. Les sirènes des pompiers, de la police, constituent le bruit de fond de New York. Mais là, le puissant Klaxon gagne de plus en plus en intensité et devient assourdissant. Impérieusement il a précédé les camions rouges qui se faufilent à toute vitesse. Le chauffeur, dégoulinant de sueur, vient de bousculer clients et bagages pour fermer les soutes précipitamment. Des voitures de police arrivent à contresens, toutes sirènes hurlantes, et contrôlent leurs dérapages pour barrer les rues perpendiculaires.

Consuelo s’est mise en retrait. Elle a encore son billet à la main.

Adossée à la façade du consulat de Croatie, elle observe la navette grimper sur le trottoir en urgence.

Il faut laisser la voie libre au camion-grue !

Il est énorme ! Démesuré ! Elle est ébahie par la longueur du massif véhicule, sans chauffeur !

Une chevelure longue, blonde s’échappe du casque rutilant. Là, tout en haut de la petite cabine articulée en queue, cette dompteuse inattendue surplombe le monstre rugissant qu’elle mène expertement à toute allure.

Sans voix, assourdie par les détonations qui s’enchaînent, Consuelo tient toujours fermement la poignée de son sac.

« Et merde ! lance-t-elle fourrageant nerveusement l’holster en travers de sa poitrine. »

Plaquée plus étroitement au mur elle lâche finalement son énorme bagage. Voilà enfin le petit carnet dont seulement les deux premières pages sont gribouillées de notes, de dessins tracés machinalement et où elle a inscrit le numéro du bureau des missions.

Une épaisse fumée blanche se propage depuis le bâtiment des Nations Unies tout en bas de la rue. Tout est devenu opaque, elle a la bouche pâteuse, les yeux desséchés ! Ses paupières battent instinctivement mais douloureusement. Le portable vissé à l’oreille elle écoute le message enregistré en boucle :

« En raison d’un trop grand nombre d’appels votre communication ne peut aboutir. »

De toute évidence elle ne sera pas en mesure de rejoindre à temps, son régiment pour répondre à son ordre de mission en Irak !

 

Grand Central (1) /vieille dame+cabas/boussole bloquée

Le ciel est bleu, des nuages courent au-dessus de New York.

Grand Central s’anime peu à peu. Son hall théâtral accueille déjà les banlieusards pressés. Des hommes aux costumes impeccables, des femmes en tailleur, soigneusement maquillées, semblent sortir de chez le coiffeur. Tous avancent d’un pas dynamique, à un rythme soutenu. Ces femmes actives ont opté depuis longtemps pour des chaussures de sport. Leurs pieds sont douillettement préservés de chaussettes bouclées. Elles les roulent sur leurs baskets. Ce choix détone comiquement avec leur mise, tout comme la variété de leurs sacs gigantesques portés à l’épaule. Ils contiennent, entre autres, leurs escarpins qu’elles enfileront prestement au seuil de leurs bureaux, sans gène aucune, rétablissant ainsi la conformité de leurs tenues avec leurs fonctions. Quotidiennement, organisées à l’extrême, elles mènent de front vie professionnelle et devoirs familiaux.

Éva le nez en l’air suit les panneaux pour sortir du bon côté. Elle n’a pas encore l’habitude du trajet qui l’amène sur son lieu de travail. Pressée, avec le souci d’arriver un peu en avance, elle ne voit pas la vieille dame qui vient en sens inverse.

Déborah, tous les jours, arpente les couloirs de la gare. Elle inspecte méticuleusement chaque zone d’attente, indifférente aux regards. Elle recueille les journaux abandonnés. Elle traîne son cabas plus qu’elle ne le porte, les yeux rivés au sol avec abnégation. Sa survie dépend journellement de cette récolte.

La collision détourne immédiatement de leur circuit deux jeunes hommes. Éva s’accroupit avec eux pour rassembler rapidement les journaux qui retournent dans le cabas, ou plus justement un sac de plage autrefois transparent. Bien que sales, les parois liquides et pailletées sont animées de petits coquillages, étoiles de mer, voiliers miniatures et autres. Elle remarque en le rendant à la vieille dame une petite boussole dont l’aiguille reste immobile malgré ses mouvements aléatoires dans l’échantillon d’océan. Cette image semble illustrer étonnamment la situation de cette femme.

Une grosse berline jaune remonte Lexington Avenue. Au loin, Le Chrysler Building étincelle de toutes ses facettes métalliques.

Consuelo descend du taxi. Elle a le front plissé par les rides qui se dessinent toujours lorsque mentalement elle repasse en revue le contenu de son sac cargo 3 roulettes. Il l’accompagne dans tous ses déplacements entre New York et Jacksonville. Le chauffeur vient de le sortir du coffre. Il lui tend la poignée. Elle la saisit en le remerciant et discrètement lui glisse un dollar de pourboire. En se retournant elle remarque un groupe compact devant les soutes à bagages latérales du bus. De sa pochette elle extrait son billet d’avion. Alors qu’elle va monter dans la navette de l’aéroport, elle recule pour laisser passer le chauffeur, qui, les deux mains en avant lui interdit d’avancer. Les sirènes des pompiers, de la police, constituent le bruit de fond de New York. Mais là, le puissant Klaxon gagne de plus en plus en intensité et devient assourdissant. Impérieusement il a précédé les camions rouges qui se faufilent à toute vitesse. Le chauffeur, dégoulinant de sueur, vient de bousculer clients et bagages pour fermer les soutes précipitamment. Des voitures de police arrivent à contresens, toutes sirènes hurlantes, et contrôlent leurs dérapages pour barrer les rues perpendiculaires.

Consuelo s’est mise en retrait. Elle a encore son billet à la main.

Adossée à la façade du consulat de Croatie, elle observe la navette grimper sur le trottoir en urgence.

Il faut laisser la voie libre au camion-grue !

Il est énorme ! Démesuré ! Elle est ébahie par la longueur du massif véhicule, sans chauffeur !

Une chevelure longue, blonde s’échappe du casque rutilant. Là, tout en haut de la petite cabine articulée en queue, cette dompteuse inattendue surplombe le monstre rugissant qu’elle mène expertement à toute allure.

Sans voix, assourdie par les détonations qui s’enchaînent, elle tient toujours fermement la poignée de son sac.

« Et merde ! lance-t-elle en fourrageant nerveusement dans l’Holster en travers de sa poitrine. »

Plaquée plus étroitement au mur elle lâche finalement son énorme bagage. Voilà enfin le petit carnet dont seulement les deux premières pages sont gribouillées de notes, de dessins tracés machinalement et où elle a inscrit le numéro du bureau des missions.

Une épaisse fumée blanche se propage depuis le bâtiment des Nations Unies tout en bas de la rue. Tout est devenu opaque, elle a la bouche pâteuse, les yeux desséchés ! Ses paupières battent instinctivement mais douloureusement. Le portable vissé à l’oreille elle écoute le message enregistré en boucle :

« En raison d’un trop grand nombre d’appels votre communication ne peut aboutir. »

De toute évidence elle ne sera pas en mesure de rejoindre à temps son régiment pour répondre à son ordre de mission en Irak !

 

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Commentaires

plume bernache
Hors ligne
Inscrit depuis : 09/10/2014
haletant

 

 Évocation réaliste de la frénésie New Yorkaise. Un grand classique : Les escarpins transportés dans le sac. J'ai vu cela récemment dans une pièce de théâtre ("Open space")

Le personnage de la vieille Déborah  est touchant. Tout le paragraphe la concernant est superbe ; ce sac de plage – sa description et son contenu– a quelque chose de surréaliste et poétique.

 

Avec la "dompteuse du camion-grue", on rencontre un autre personnage (féminin encore !) haut en couleur. Pour clore la galerie de ces femmes qui n'ont pas froid aux yeux : Consuelo, en partance (avec sans doute un peu de retard…) pour une mission en Irak.

 Bravo pour ce texte passionnant (et qui respecte les consignes !!!)clapping

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