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Le silence (les exos de l’atelier)

 Il a fui le vacarme de la ville, des foules... Il était saturé de pollution urbaine. Il a fui. Fui cette noyade, ce tsunami, ce vertige de mouvements, d’odeurs et surtout de bruits. Dans un réflexe de survie : il a fui.

      Maintenant, à l’orée des grands bois, il hésite. Il avance. C’est ce qu’il est venu chercher. Alors, il entre. Il entre dans cette cathédrale. La forêt l’enveloppe. Dans ce cocon sacré il fait bon s’y lover. La lumière tamisée caresse son visage. Un souffle de tendresse. Il est entré dans un monde nouveau, étrange, et c’est lui l’étranger. Il marche. Doucement il avance dans ce lieu de prière. Il faut s’apprivoiser. Alors il cherche avec les yeux, goulûment, à travers les grands fûts immobiles. Plus loin, les frondaisons partiellement éclairées lui font signe. Mais c’est là-bas. Il marche... Au loin, dans une coulée de soleil, le tapis de jacinthes sauvages a pris des teintes roses. Ici, dans la pénombre, elles sont bleu presque mauve et côtoient le vert tendre de la fougère naissante.

    Les odeurs sont là, suppliantes et tenaces. Les jacinthes bien sûr, mais l’humus, la menthe, le champignon... C’est la vie qui s’avance et lui fait les honneurs de son palais secret. Il marche...

    Il écrase imperceptiblement le violet d’une fleur. Un petit bruit feutré, douceâtre, un peu mouillé... Le frôlement d’une aile dérangée... Le minuscule zézaiement d’un insecte en partance... Là-bas, au loin, très loin, un oiseau chante son bonheur. Plus loin encore un autre lui répond...

    Il s’arrête. Alors c’était bien là, et n’attendait que lui...

 L’émotion le submerge. Il ne respire plus. Le sang qui bat aux tempes. La respiration qui reprend, profonde en une fois et s’apaise à la fin. Il repart lentement...

    Il se sent dilué, tout pénètre son corps. Au plus profond de soi, il n’est qu’un petit point. Tout au creux de son âme il n’est plus que lumière. La lumière de là-bas. Que ces troncs rassurants venus d’on ne sait où. Une petite graine, un rien, l’insignifiance même. Mais une verticalité qui en ferait nos frères, à voir leurs bras là-haut se tendre vers le ciel.   

    Il est le frémissement de la feuille. Il est la jacinthe odorante. Il est la jeune pousse de la fougère qui déroule sa crosse. Il est le murmure de l’eau sous la mousse-velours. Le temps s’est arrêté...

    Lui, il ne marche plus... et il sait qu’il existe.

 

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Commentaires

barzoï (manquant)
Le silence

Je suis partie dans les grands bois, je suis partie avec l'auteure, A.nonyme, j'adore ton écriture et je pèse chaque lettre du mot, tu es si libre et c'est si beau, merci.

luluberlu
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Inscrit depuis : 24/12/2010
« Le silence n’est pas

« Le silence n’est pas l’absence de sons, mais recueillement de l’air, attention extrême au minuscule chuchotement de la vie… » Jacques Brosse « L’ouïe », l’inventaire des sens, Le Seuil 1965

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