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Par un beau soir (bonsoir aussi à nos lecteurs & lectrices !) d’automne un essaim de petites Abeilles prend son envol, en formation serrée, sanglée et impeccable, pour le Golfe des Vigiers à Monestier (en Dordogne, bien sûr). Toujours futée, la Reine des Abeilles, qui conduit l’escadron, emprunte un itinéraire de contournement qui nous évite le centre du Gross Bergerac et les mauvaises rencontres. Avec son instinct et son flair infaillible, elle nous conduit droit au but, enfin, à destination. Nous l’accompagnons docilement, une autre Abeille et les deux Abeillons que nous sommes, zonzonnant des choses bizzzares telles que sintur, reuno, peujo, et autres machins… .

À l’orée d’un bois, nous atteignons la grande ruche de destination. Du gazon, du gazon et encore du gazon (qu’allons-nous pouvoir butiner, je vous le demande ?) sur lequel semblent paître, çà et là, en toute quiétude, de drôles de bipèdes à toison claire, dotés d’une canne (hum ?). Un petit lac, sympa certes, mais nous ne sommes pas des grenouilles. À gauche un très joli… pigeonnier (il faudra penser à vérifier) et le Château des Vigiers ! Bzzzzzzzz ! Quelle allure ! Impeccable ! etc…. !

Au débarcadère nous retrouvons un autre essaim, pas trop groupé celui-là. Et puis quelles tenues ! Sont-ce des abeilles ou des mouches ?!

Peu à peu d’autres Abeilles arrivent. Et, en essaim dégroupé, nous voletons vers une annexe de la ruche et pénétrons dans une ancienne grange superbement aménagée, accueillis par un agréable monsieur, l’organisateur, je présume. Poutres apparentes, tables rondes, préparées avec goût, pour un banquet (miam, y aura à butiner ici !), moquette partout, le vestiaire (no comment !). Nous prenons possession de notre environnement d’un soir. Les instruments s’accordent, la vielle couinant à la recherche du sol. Et puis les quatre Abeilles musiciennes, dont je suis, se refont les doigts sur quelques valeurs sûres (et aussi suries) du répertoire. Ça va assez bien. Allez savoir pourquoi, un Abeillon déserte le futur théâtre des opérations chorégraphiques. Nous attendons, oh ! pas longtemps, notre mystérieux auditoire, scrutant pour ma part, des inscriptions affichées en étranger. Ah, mais j’ai oublié de vous dire qu’entre temps la bande des quatre musiciens s’est installée sur de belles chaises dorées.

Aaah… ! L’auditoire fait son entrée. Ce sont des Américains. Rien que du beau monde et très distingué ! Des visages souriants, des attitudes sympathiques mettant en confiance. Action ! On y va. Jeantou, tube trad, et ses comparses s’enchaînent. La piste est excellente, l’acoustique meilleure encore. J’entends chaque instrument (rarissime !) et cela permet aux musiciens de jouer ensemble, enfin… la plupart du temps. La Reine, Marie-Thérèse, présente, à son habitude, les danses et chants (oui, oui, il y en aura) avec sourire (sans s final) et clarté à un public attentif et donc poli, ce qui devient rare… C’est l’agréable monsieur qui… traduit, enfin qui essaye…, en… anglais de cuisine. Ah la, la, traditore, traditori !

Ah, voilà le moment de chanter en occitan. Ne connaissant que peu les paroles (c’est pas bien !) je me mets discrètement derrière l’essaim et chante sur la, la, la avec en entrecoupe des mots ou des bouts de phrases mémorisés. Un chant… oh, mais je comprends tout !!... Tiens donc c’était du français, tu m’étonnes ! Non loin de moi, un Abeillon, dont je tairai le nom, bourdonne affreusement… Vers la fin du pestac un agréable fumet de civet à la sauce au vin flatte mes narines. Hélas, ce ne sera pas pour nous…

Acte V : il est temps d’aller butiner l’en-cas préparé pour nous… ailleurs, sans doute des sandwiches en quelque salle froide, et il faut nous arracher à ce séjour divin, acoustiquement, olfactivement et… pédiquement. À peine allions-nous reformer l’essaim que, bzzz ! bzzz ! Un Abeillon, courroucé prend son envol entraînant son Abeille ! Dieu merci nous les reverrons bientôt dehors. Un simple malentendu… Un vol de contournement, sous des lampadaires parcimonieusement lumineux (ambiance !), nous conduit au pseudo-vestiaire où nous récupérons hardes et valises. Un guide discret nous achemine, non pas vers quelque annexe, mais vers le corps principal, le château soi-même. Nous dépassons de curieux véhicules stationnés (à quoi peuvent-ils bien servir ?) dans la pénombre. Le Château ! Chauffé, éclairé de mille façons, des couleurs partout et jamais criardes, d’ailleurs l’atmosphère est des plus feutrée. Comment pourrait-on y crier ? Quelle richesse en ce monde à part ! l’argent doit y couler à flots. C’est comme ça. On nous installe dans un salon rouge des plus confortable : moquette (on ne s’est pas moqué de nous), canapés, vastes poufs tétrapodes (comment ça s’appelle, hein ?), éclairage discret partout (bonjour, la facture d’électricité en ces lieux !). Nous sommes accueillis par une armada de canapés (hé, pas les mêmes !), rangés en rade, merveilleusement gréés et équipés. Il y a là des galions miniatures chargés de fromages sur pont généreusement beurré et commandés par un amiral cornichon, des frégates aux voiles jambonnières, des galiotes au veau ou au poisson (?),… ça me tracasse. Non loin, sur deux promontoires, attendent des pichets aux couleurs pastel et deux bouteilles de Vigier rouge (du 12 ° 5 dira José), au garde-à-vous, en guise de phares et jetant à certains Abeillons des œillades aguichantes. La dégustation des uns et des autres ne nous décevra pas. En principe, deux, non trois canapés par personne. Des Abeilles délicates (ou faisant ramadan, non ce n’est plus l’heure) n’en butineront qu’un, mais j’en connais qui en enfourneront quatre ou cinq. Morfales, va !...

Propos détendus comme il sied en ce séjour feutré.

Épilogue : un glapissement, de je ne dirai pas qui, nous arrache à notre rêve éveillé et nous voilà quittant le château enchanté (et enchantés). Nous croisons un de ces drôles de véhicules d’un autre monde, en marche (? non ça ne ressemblait pas à un ovni) puis revoyons le présumé pigeonnier qui, aux dires de Colette, est un grenier (cf. les entablements surmontant les piliers pour arrêter les rats). Reformant notre essaimot nous reprenons notre envol, dans la nuit noire cette fois, avec un seul œil, enfin phare, ce que nous signalera un gendarme d’abord surpris par l’accoutrement suspect des Abeilles en devanture du véhicule (extra-terrestres, travestis ?...) mais vite dans le coup. Toujours entre congénères nous rebezzzonons sur les événements de la soirée cette fois. Un Abeillon de la derrière-ture bassonne d’expérience (quand on fait… On ne… pas !) tandis que son voisin de banquette (pas de banc quête, ni de blanquette) ponctue en flûtinant.

Point final !

 

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Commentaires

luluberlu
Portrait de luluberlu
Hors ligne
Inscrit depuis : 24/12/2010
Un peu de virgulite, comme

Un peu de virgulite, comme ici : « La Reine, Marie-Thérèse, présente, à son habitude, les danses et chants... »

Une cure de lecture à voix haute s’impose.

Sinon, pas trop suri le récit. J’ai bien butiné et la moisson de sourires a été abondante. Rien à dire sur l’écriture... Sauf, parfois, un peu trop de digressions (comme en atelier d’informatique d’ailleurspleasantry). Finalement, « on ne s’est pas moqué de nous ». Amiral cornichon et voiles jambonnières ont fait mes délices.

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