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— Michelino, e l’ora.

C’est par ces mots de cette chère Manonna, officiellement sa gouvernante, que le jeune Michel Dunard est réveillé tous les matins. Cette gouvernante qui prend une place tellement plus intime dans cette maison... Cette maison n’est rien d’autre que celle de M. l’ambassadeur de France en Italie, logé au palais Farnèse, excusez du peu !...

Manonna est le surnom dont Michel bambino a gratifié Maria Severi, gouvernante diplômée, fille d’un ancien professeur de mathématiques au lycée d’État Torquato Tasso. Michel a toujours connu sa Manonna du plus loin qu’il s’en souvienne, même avant la venue en Italie. Son père Jean Dunard, originaire du sud-ouest de la France, au sortir de grandes écoles, a épousé une ravissante cantatrice de talent : Dorina, Paola, Rosina Majorana, d’origine sicilienne de Catane dont la famille a eu donné autrefois, ministres, députés, ingénieurs et physiciens de grand renom.

Dorina, ayant renoncé à sa brillante carrière, à la naissance de Michel, se consacre désormais à celle de son mari. Son quotidien évolue entre réceptions et voyages, et la venue de Maria Severi, personne de toute confiance et de si grand talent, est une bénédiction selon ses propres paroles.

Michel se retrouva donc pourvu d’une seconde mère, toujours présente celle-là, faisant souvent merveille auprès du bambino qui s’était révélé fort intelligent mais quelquefois caractériel. Il fut scolarisé en temps voulu mais ce fut un désastre. Il fut donc décidé que Michelino ferait sa scolarité à la maison au moyen de cours particuliers. Les résultats furent très encourageants. Le jeune garçon avait acquis plusieurs années d’avance sur ceux de son âge, mais traînait avec lui une solitude précoce, elle aussi. Curieusement, cette maturité intellectuelle s’accompagnait souvent d’une affectivité infantile qui générait des comportements inconséquents. Et c’est alors qu’intervenait le grand savoir-faire psychologique, indispensable de Manonna. Elle veillait à respecter un emploi du temps établi pour Michel, en douceur, mais ferme et rassurant. Il fallait, pour cet adolescent si particulier, une vie sécurisante à l’intérieur de celle tourbillonnante et enivrante de l’ambassade.

Michel n’avait pas d’amis de son âge. La fréquentation des adultes lui convenait parfaitement. Il avait des correspondants anglais, allemands et espagnols et cela lui suffisait. Il accédait régulièrement au deuxième étage, à la plus grande bibliothèque française à l’étranger. Il s’était toujours régalé aussi du monde romain antique, de la préhistoire en passant par l’Italie médiévale jusqu’à nos jours, de celle de l’Église et du Vatican, etc. Les six kilomètres de rayonnages qui s’élèvent jusqu’au plafond à 8 mètres de hauteur, contenant plus de 200 000 volumes lui avait toujours paru être l’antre de la magie. Chaque volume pouvait offrir un Nouveau Monde... Le reste du palais n’est que fastes et dorures. Depuis le cortile, cour intérieure entourée d’une arcade signée Michel-Ange, les fresques somptueuses des frères Carrache ou Le Titien, les innombrables tableaux et sculptures, le palais n’est qu’un véritable musée privé. C’est au XVII siècle que ce palais voulu par Alexandre Farnèse, futur pape Paul III, fut mis à la disposition des rois de France qui y établirent leur ambassade tout d’abord auprès du Saint-Siège, puis auprès de la toute jeune République italienne à partir de 1874.

Dans un tel environnement L’Histoire vous souffle en plein visage. Elle n’est plus qu’une scène d’une présence sans fin dans un théâtre immobile dont vous êtes aussi pleinement acteur. Le temps s’arrête... Vos frères les fantômes déambulent dans les galeries, salons aux couleurs variées, salles des fastes farnésiens et autres loggias... Vous êtes chez vous chez eux. Ils sont chez eux avec vous. Le beau sentiment que d’appartenir à la grande famille de l’humanité !...

Ainsi allait la vie du jeune Michel.

 

Qui s’y frotte s’y pique

Ce matin, il a carte blanche, c’est-à-dire pas de cours prévu et il a bien l’intention de terminer sa maquette d’avion : un « Dragon ».

Il faut dire qu’en dehors de la lecture Michel a deux autres passions : l’aviation et le parachutisme est l’une d’elles, l’activité de détective en est l’autre.

Pour la première, son oncle français, Claude, alimente largement ses rêves. Cet homme, détaché de l’enseignement, s’est mis dans la tête de monter un centre de parachutisme en Dordogne. Le centre vient de faire l’acquisition auprès du ministère de l’Intérieur d’un avion pour les sauts, un « Dragon », celui même dont le général de Gaulle s’était servi pour rejoindre l’Angleterre depuis Mérignac près de Bordeaux durant la dernière guerre : une manne pour l’imaginaire... Michel n’attend plus que d’avoir 18 ans et l’aval de son père... Son oncle lui a déjà fait faire quelques tours là-haut. Il lui est arrivé d’être présent au briefing, aux préparations de sauts, circuler dans la salle de pliage, assister au largage. Bref, il s’est senti pousser des ailes...

Pour sa seconde passion, il n’a que des lectures à sa disposition, et vu quelques films. Ah ! s’il pouvait vivre une véritable aventure policière !...

Pour l’instant, il est là dans sa chambre, son refuge, devant la maquette du Dragon et il lui manque juste un peu de colle, un rien. Ah ! c’est trop bête !...

— Saleté de maquette, je vais te foutre en l’air. Ils l’ont fait exprès de ne pas mettre assez de colle ces connards... je vais te réduire en miettes espèce de saloperie. Je...

Le geste va suivre le flot d’injures quand il se souvient soudain que Roberto, le jardinier en chef, avait de la colle à bois dans la cabane, au fond des jardins où l’on range tous les outils dont on a besoin. En courant il croise Manonna et lui dit qu’il va voir Roberto.

— Non, crie-t-elle. N’y va pas. Il est absent ce matin, lui et ses deux jardiniers. Ils sont....

Michel n’entend plus la suite. Il n’y a personne ? Qu’à cela ne tienne. Il sait où est cachée la clé pour entrer dans la cabane.

Après avoir dévalé le grand escalier, traversé le hall plus lentement en se rappelant qu’il est dans une ambassade, il reprend de plus belle son pas de course jusqu’au fond des jardins. Il n’a même pas besoin de chercher la clé car il s’aperçoit que la porte de la cabane est juste poussée, mais pas complètement fermée.

Tiens, la clé est même encore sur la porte ; çà, ce n’est pas dans les habitudes de l’équipe des jardiniers. Roberto toujours irréprochable et si méticuleux... Les deux aides, plus jeunes, Luciano et Vittorio qui n’est autre que le neveu de Roberto... Eux aussi sont à bonne école... Quelqu’un est peut-être à l’intérieur, mais qui ? Il n’y a que l’équipe des jardiniers qui vient ici et éventuellement Michel quand il leur fait un brin de conversation... Il frappe discrètement, par correction. Silence. Donc, c’est juste un oubli. À l’intérieur, les murs sont tapissés de placards et étagères que Michel connaît bien, car il aime beaucoup venir bricoler avec ces hommes ou leur emprunter un outil.

Mais là, soudain Michel se tétanise. Sa respiration se coupe quelques secondes. Une peur glacée l’emprisonne violemment : un corps humain à demi recroquevillé gît sur le plancher.

Quelques secondes pour se reprendre et Michel s’avance avec précaution. Il a l’impression de marcher sur du coton... Si c’est un rêve, il est de mauvais goût... Il avance encore un peu. Visiblement l’homme (car c’est un corps d’homme) ne respire plus. Michel se baisse, pousse du doigt un bras, une épaule : rien. Aucune réaction. Non, il est bien mort ce mort-là. Mais qui est-ce ? et que fait-il ici cet inconnu, dans une cabane de jardinier au fond des jardins du palais Farnèse ?

Soudain, Michel réalise qu’il nage en plein film policier. L’occasion est trop belle car le détective, c’est lui ! Avec un réflexe tout professionnel, il sort de sa poche glace, carnet et petit crayon qui ne le quittent jamais – détective oblige ! – Il place la petite glace près de la bouche de l’inconnu pour y repérer une éventuelle buée. Il note que cet homme n’est pas mort depuis trop longtemps : pas d’odeur caractéristique. Il a peut-être la cinquantaine, des cheveux grisonnants, bruns par endroit avec une grosse mèche barrant le front côté droit. Visage très allongé et très boursoufflé, curieusement auréolé de traces violettes. Serait-ce un clochard alcoolique ? Pourtant encore aucune odeur suspecte, et de plus la mise est correcte, sans recherche, mais correcte. Une cicatrice sur une main... Maintenant, il faut un peu fouiller. La veste n’est pas boutonnée. Michel l’entrouvre. Une marque écrite en espagnol. Dans les poches intérieures, aucun papier d’identité mais un papier à moitié froissé : des équations inconnues de Michel, gribouillées à la va-vite, puis un carnet dont il ne reste que la première page sur laquelle s’étalent quatre grosses majuscules d’imprimerie : E R E K. En dessous, une adresse à Rome, à moitié effacée : 89 ou 39 ou 31 /A de la via..... anis... a, illisible... Toutes les autres pages ont été arrachées sans précaution. Un mot est encore visible sur un petit morceau resté attaché : Secré. Un secret ? Mais en quelle langue ? Ce n’est pas italien : segreto. En français : secret, en espagnol : secreto, en allemand : Geheimnis (aucun rapport)... Peut-être avons-nous affaire à un illettré qui ne connaît pas bien l’orthographe. Oui mais alors, que feraient toutes ces équations dans la poche d’un illettré ? Il faut d’abord se renseigner pour les langues roumaines et portugaises. Nous verrons bien après... Un autre papier reste coincé sous une des jambes du malheureux. Michel tire doucement le coin qui dépasse, le déplie et lit en italien : « Le grand Inquisiteur se rendra à la cabane des jardiniers où il pourra s’entretenir avec le Pape ». Quelle perplexité ! De quel Inquisiteur et de quel Pape s’agit-il ? Il va falloir monter à la bibliothèque et faire des recherches concernant un éventuel pape ayant une relation avec une cabane de jardiniers. Et si la cabane de jardiniers symbolisait un lieu secret, sacré peut-être... Voyons, le E du mot » secré « ne serait-il pas un A mal fait ? Non aucun doute c’est bien un E. Pour ce qui est de l’histoire du Vatican, Michel est rassuré. Il a tout sous la main. Et si c’était le pape actuel ? Il va falloir, mine de rien, se renseigner auprès du padre Julio, le professeur d’histoire, peut-être même demander une audience au pape. Le padre Julio y a ses entrées...

Bon, récapitulons : pour l’instant, monter à la bibliothèque et entamer les recherches. Surtout, ne rien dire à personne. Michel entrouvre un peu plus la veste pour une dernière vérification. Quelques frelons s’en échappent, très agacés, irrités d’avoir été coincés. Ils zigzaguent dangereusement d’un bout à l’autre de la pièce avec des bruits de bombardiers à l’attaque. Michel se lève précipitamment. Il se souvient que Luciano avait parlé d’un nid de frelons à détruire, niché sous le toit. Il ramasse rapidement tous les papiers et le carnet, tout en agitant les mains pour éviter la collision avec l’ennemi. Maintenant, ce sont des dizaines d’insectes qui font entendre leur vrombissement inquiétant. Ce qui devait arriver, arriva : une douloureuse piqure à la main fait hurler notre détective en déroute qui s’enfuit à toutes jambes sans demander son reste... Il a juste le temps de réintégrer sa chambre, mettre tout son butin à l’abri et se précipite à la recherche de Manonna pour un soin urgent.

— Ah ! Luciano aurait déjà dû le détruire ce nid ! Il devait le faire hier... se fâchait la brave femme.

Le vinaigre appliqué fit à peine de l’effet et ce fut un piteux apprenti détective qui acquit sa première leçon de prudence. Malgré tout, il ne dirait rien à Manonna. Dans une heure ou deux, quand la douleur se ferait moins lancinante, il reviendrait sur les “lieux du crime”. Peut-être n’avait-il pas tout observé. Cette fois il mettrait bottes, anorak et gants, et ferait beaucoup plus attention.

Un peu plus tard, donc, notre héros martyrisé, ayant emporté subrepticement de quoi se protéger s’approche de la porte de la cabane laissée entrouverte. Vide. La pièce est vide. Le mort a disparu ! Des cadavres oui, mais seulement des cadavres de frelons gisant un peu partout.

 

Les voix de Dieu sont impénétrables

Le lendemain de cette piquante aventure, Michel profite de quelques heures libres pour aller à la bibliothèque où il a ses entrées. Des heures plus tard, et la tête remplie de l’histoire du Vatican, il est au XV siècle, quand l’inquisition médiévale est remplacée par d’autres formes, dont l’inquisition romaine, le Saint-Office.

C’est le pape Paul III (tiens, tiens, revoilà notre Alexandre Farnèse... la piste se précise...) qui a fondé une Sacrée Congrégation de l’inquisition romaine et universelle par la Bulle Licet ab initio le 21 juillet 1542. Cette congrégation avait pour mission de lutter contre les hérésies et plus particulièrement de faire obstacle au progrès du protestantisme.

Le pape Pie X a réformé cette institution le 29 juin 1908 et l’a remplacé par la » Sacrée Congrégation du Saint-Office » pour veiller à la pureté de la doctrine et des mœurs.

Beaucoup de savants et philosophes en furent victimes, tel ce malheureux Giordano Bruno, frère dominicain et philosophe qui, sur la base des travaux de Nicolas Copernic et Nicolas de Cues, établit une théorie de l’héliocentrisme et va même jusqu’à penser des univers infinis peuplés de mondes identiques au notre. Quel génie tout de même et quelle modernité... Accusé d’athéisme et d’hérésie par l’Inquisiteur Suprême le cardinal de santa Severina, après 8 années de procès, il fut brûlé vif. Il a influencé par la suite Kepler, Galilée, Spinoza, etc. Depuis le XIX siècle, sa statue en bronze est sur les lieux de son supplice au Campo de » Fiori à Rome.

Pauvre Michel, la tête commence à lui tourner... Tout ça est bien intéressant mais il ne sait toujours pas de quel pape il s’agit ni de quel grand Inquisiteur, dans notre histoire. Tout ce temps perdu... Finalement, il commence à avoir faim et décide de faire une pause. Au retour dans sa chambre, il allume sa petite radio. Une information de dernière minute le sidère : on vient de trouver sur la place Farnèse le corps d’un inconnu vraisemblablement couvert de piqures d’insectes...

 

Lasagnes à la sauce piquante

— Michelino, nous allons passer à table.

— J’arrive Manonna. Quel est le menu aujourd’hui ?

— Des lasagnes à la sauce piquante.

Quel humour, pense Michel...

— Tu as entendu Manonna, on a trouvé un inconnu mort d’une multitude de piqures d’insectes, trouvé cette nuit sur les bancs de la façade de l’ambassade, place Farnèse ?...

— C’est Luciano qui a fait cette découverte et a appelé la police. Mon petit cousin est très fier de cette petite célébrité...

— Comment ? Luciano est un cousin à toi ? Je n’en savais rien.

— Oui, c’est un Severi lui aussi. Il préfère qu’on n’en parle pas trop. Je l’ai un peu aidé à avoir la place de second jardinier... Il le mérite, c’est un brave garçon.

— Mais tout le monde est parents ici ! Roberto et son neveu, toi et ton cousin... Moi, je me demande quelquefois si j’ai vraiment des parents...

— Allons, ne dis pas de bêtises. Tes parents ont des obligations mais ils font tout ce qu’ils peuvent pour ton bien.

— Oui... oui... et... ce mort, alors, on ne sait pas qui c’est ?...

— Ah ! cette sauce est vraiment un peu forte. J’en parlerai à Mario le cuisinier...

— À propos, moi aussi je me suis fait piquer hier. Quelle coïncidence ! Comment savais-tu qu’il y avait des frelons dans la cabane ? Luciano t’en avait parlé ?

— Non, je ne crois pas, je ne sais plus...

Elle ment ma chère Manonna. Elle regarde ailleurs... Elle a l’air même un peu gênée... Hier, elle savait, et son petit cousin aussi.

— Mais hier, tu as dit que Luciano aurait dû déjà détruire ce nid !

— Oh Michel arrête avec tes questions. Je ne sais plus, moi. Ne traîne pas trop avec le dessert. Le padre Julio est toujours en avance pour ton cours d’histoire. Il a dit qu’il allait ensuite féliciter le professeur Segré qui vient d’avoir le prix Nobel de physique, pour la découverte de l’antiproton.

— Il y a un type qui s’appelle Secret ? C’est un nom pour un espion, ça !

— Mais non, pas Secret, Segré. Il faisait partie de l’équipe du professeur Fermi à une époque. Tu sais, Enrico Fermi qui est mort il n’y a pas très longtemps, spécialiste en physique nucléaire et a créé la toute première pile atomique en 1942. Ses derniers travaux portaient sur une machine qui s’appelait le « Maniac », acronyme anglais de « calculateur, analyseur mathématique et intégrateur numérique », une puissante machine à calculer qui devrait révolutionner l’avenir... À l’époque dont je te parle Fermi s’était entouré d’un brillant groupe de jeunes chercheurs qui se nommaient « les Ragazzi de Panisperna ». Segré en faisait partie et bien d’autres aussi géniaux...

— Tu sais vraiment beaucoup de choses Manonna ! Quelle culture ! Comment fais-tu ?

— N’oublie pas que je suis fille de professeur de mathématiques... Les sciences m’ont toujours passionnée, contrairement à mon petit cousin Luciano qui milite contre à cause de leur dangerosité... Tu ne finis pas ton dessert ?

— Non, merci Manonna, je me dépêche. Tu as piqué dans le mille !...

Qu’est-ce que ce garçon a encore dans la tête ? On est toujours sur ses gardes avec lui et on ne manque pas de surprises, pense la gouvernante. Mais, c’est mon Michelino...

 

Michel bouillait d’impatience. Il venait d’entrevoir la lueur d’une piste.

Segré, bien sûr c’était le nom sur le bout de papier et non secret !... C’était le nom de ce physicien au prix Nobel... Les équations... tout correspondait. Il fallait vérifier d’urgence.

Arrivé dans sa chambre, il prend d’abord sa loupe, et notre Sherlock Holmes italien se penche sur les lettres mal faites. Mais oui, bien sûr, ce qu’il a pris pour un C est un G mal fini... Et l’adresse au trois quarts effacée est bien celle indiquée par Manonna : via Panisperna ! Ah ! c’est trop beau, tout correspond ! Il n’en peut plus. Il voudrait sauter de joie comme un enfant qui reçoit le cadeau espéré, au matin de Noël...

Bon, récapitulons : la piste tourne autour du professeur Segrè. Il faut que je lui parle ! L’inconnu devait le connaître. Apparemment, il ne s’agit pas d’un crime. Les seuls meurtriers seraient les frelons. Mais pourquoi a-t-on déplacé le corps ? Est-il bien mort des piqures d’insectes ? Par contre, qu’est-ce que le pape et le grand inquisiteur ont à faire là-dedans ? Qui a donné rendez-vous à ce M° Erek ? Est-ce bien son nom ? En tous cas, c’est celui qui était sur la première page du carnet...

Je sais : je vais demander au padre Julio l’honneur d’aller moi aussi féliciter le professeur Segrè. Il ne peut me le refuser, c’est excellent pour mes études et ma culture. Je sens que je vais être charmant aujourd’hui. Je vais le faire parler sur ce savant et me renseigner sur ses travaux. Il faut que j’aie l’air passionné. Ah ! c’est l’heure. » Michelino e l’ora... «

 

Concerto pour piccolo

Quand Michel Dunard veut quelque chose, il sait y faire ! Quelques heures plus tard, il est assis à l’arrière de la voiture du padre Julio qui est fier d’emmener son jeune élève rencontrer l’éminent professeur Segrè. L’institut où ils se rendent est situé sur la colline de Viminal pas très loin du forum impérial, dans le quartier de Monti. L’endroit est calme. Maisons fleuries. Peu de voitures. Une imposante maison à trois étages avec des volets à jalousie. Tout autour, un splendide jardin aux allées bordées de palmiers et de bosquets de bambous. La douce chanson de l’eau dans une fontaine... Un bassin animé de poissons rouges...

Le professeur Emilio Gino Segrè, charmant, visage ouvert, accueillant, regard pénétrant, est heureux de retrouver son ami le padre Julio. Il émane de cet homme une grande intelligence rassurante. Michel se sent tout de suite en confiance.

— Je te présente Michel, un de mes brillants élèves, qui tenait beaucoup à te rencontrer. Il est le fils de M° Dunard, ambassadeur de France, et de Dorina Majorana, excellente cantatrice il y a quelques années.

Fort de toute cette reluisante parenté, Michel se sent revêtu d’une armure imparable, peut-être un peu trop grande pour lui. Ce n’est pas toujours rassurant d’être investi de quelque chose pour lequel il faut être à la hauteur !...

— Enchanté, mais Majorana, vous êtes parent au physicien Ettore Majorana disparu inexplicablement le 31 mars 1938 ?

— Heu... En effet, j’ai vaguement entendu parler de ça dans ma famille...

— C’est un ami très cher, très spécial aussi. Si tu veux, je te parlerai de lui. Je te parlerai de mes travaux aussi puisque ça t’intéresse. Je te propose de laisser repartir le padre Julio tout à l’heure et je te ramènerai personnellement à l’ambassade. Ainsi, nous aurons le temps de mieux faire connaissance. En attendant, pourquoi n’irais-tu pas faire un tour dans le jardin ?

 

Michel déambule dans ce havre de paix... C’est le printemps, sublime comme sait en offrir l’Italie... Depuis ces derniers événements, il l’avait oublié. Un mélange subtil de fragrances délicatement vivifiantes... ça vous fond dans la bouche, ça vous inonde la gorge, ça vous envahit tout le corps jusqu’au bout des doigts... C’est une douce déferlante, un chant d’amour, une réconciliation des origines perdues... C’est le lilas au détour d’une allée, qui vous accueille de son regard bleu-mauve. Plus loin, la glycine moins timide vous fait signe, soudain violente ; et chez les roses vous êtes anéanti, désarmé, perdu dans votre hésitation... Ici l’odeur d’anis ? Non, là celle de la pêche... Et ces velours à portée de caresses... Ces chatoiements de roses, orangés, pourpres... Oh ! cette blancheur délicatement rosée par endroits, c’est une peau de nouveau-né ; et ce rouge qui vous accroche l’œil et ne vous lâche plus !... Nous devenons jardin dans un ailleurs tout proche.

— Michel ? Tu es là. Je vois que tu t’es laissé ensorcelé par le jardin. C’est là que je viens me ressourcer quand je rentre des États-Unis. Le padre Julio est parti. Viens, je vais te montrer des photos de ton oncle Ettore Majorana.

— C’est amusant que vous me parliez d’un oncle disparu, inconnu, comme cet inconnu retrouvé sur les bancs devant l’ambassade ?

— Ah oui, j’en ai entendu parler. Mais aucun rapport !

— Vous croyez qu’on peut mourir de plusieurs piqures d’insectes ?

— Sans doute, si l’on est allergique à ça.

— Ah ! oui, murmure Michel, cela expliquerait les traces violettes sur le visage...

— Tu l’as donc vu ?

Michel s’était trahi. Mais il se sentait totalement en confiance avec cet homme... Il décida donc de tout lui raconter.

— Voilà, j’ai même récupéré tous les morceaux de papier que j’ai pu avoir et... le carnet de M° Erek

Emilio s’empare du carnet.

— M° Erek ?

— Oui, c’est le nom écrit sur la première page.

Le physicien part d’un grand rire en hochant la tête. Michel s’impatiente intérieurement. Qu’est-ce que j’ai dit de drôle ?

— Mon petit Michel, asseyons-nous sur ce banc. Vois-tu ces quatre lettres ne sont pas le nom de ce monsieur. C’était la petite blague, une habitude entre nous les ragazzi.

— Les ragazzi ?

— Oui. À une époque que tu n’as pas connue, le physicien Enrico Fermi avait recruté un groupe de jeunes chercheurs prometteurs pour faire avancer la physique quantique. Ton oncle Ettore Majorana et moi-même en étions. Cela se passait ici dans cette villa. Beaucoup d’entre nous ont été obligés d’émigrer aux USA pendant la guerre, et nous nous sommes retrouvés à travailler à Los Alamos pour le projet que tu dois connaître hélas ! Nous avions des surnoms. Fermi était le pape, Franco Rosetti était le vicaire cardinal, et ton oncle le grand inquisiteur car il ne laissait passer aucune erreur. Quand nous réussissions nous avions l’habitude de signer EREK : Eurêka tu vois ? Les papiers que tu as récupérés appartenaient vraisemblablement à l’un du groupe et l’adresse correspond... C’est étrange...

— Qu’est devenu mon oncle ?

— Ton oncle était un pur génie. Vraiment. Par contre il n’était pas à l’aise dans notre société. Plutôt timide. Je crois qu’il avait un peu de mépris pour ses semblables. C’est quelquefois l’impression qu’il donnait. Et pourtant il était capable d’amitié. Mais il avait une juste notion de son intelligence supérieure.

Sais-tu qu’un jour il a ridiculisé un de ses professeurs de mathématiques, un certain Francesco Severi qui n’avait pas pu terminer une démonstration. Ettore est allé au tableau, a tout effacé et a rédigé la bonne démonstration. Tu peux imaginer l’humiliation de Severi ?...

— Severi ? Mais ma gouvernante s’appelle ainsi. Elle est la fille d’un professeur de mathématiques...

— Avec Ettore nous nous sommes connus à l’Université la Sapienza où nous avions commencé des études d’ingénieurs. Il a très souvent refusé de publier ses découvertes. Il avait pour ça, je crois, une sorte de répugnance. On aurait dit qu’il s’était trompé de planète...

Un jour, il a envoyé une lettre à son ami Carelli. C’était le 25 mars 1938 ; ça ressemblait à une lettre d’adieu à ce monde, mais le lendemain 26 mars, Carelli a reçu un télégramme désavouant la lettre. Ce fut pour notre monde la dernière trace écrite de Majorana. Le 28 il s’est embarqué sur un navire postal reliant Naples à Palerme. À 22 h 30 le bateau a levé l’ancre. Il a accosté à Palerme à 5 h 30. Pour le monde Ettore Majorana n’a plus existé.

— Mais vous n’avez pas l’air d’y croire vraiment ?...

— Je vais te faire une confidence que tu dois garder tout à fait secrète, pour respecter la volonté de ton oncle :

Beaucoup ont pensé au suicide ou à l’accident sur le bateau, mais on n’a jamais retrouvé son corps.

En fait, Ettore a décidé de quitter non la vie mais le monde. Il a été hébergé quelque temps dans un monastère de Palerme, et s’est embarqué ensuite, secrètement pour l’Argentine. Seuls, quelques amis détiennent la vérité.

— Pardon, vous n’auriez pas une photo de lui ?

— Si, bien sûr. J’ai toujours sur moi les photos dei garazzi di la via Panisterna. C’est sacré !...

Le chercheur extirpe quelques photos jaunies de son portefeuille.

Michel est atterré.

— M° Segrè... je crois bien que l’inconnu trouvé mort dans la cabane des jardiniers est... mon oncle...

— Oh ! non ! Demain, à la première heure, j’irai à la morgue. Mais qui a pu donner ce rendez-vous stupide à cet endroit ? Et... ces pages arrachées... cet eurêka... je parie qu’il avait enfin trouvé la fameuse compatibilité entre la relativité générale d’Einstein, théorie de la gravitation, et la physique quantique... ça serait extraordinaire... mais quelqu’un l’a subtilisée... ça expliquerait un meurtre...

Pauvre professeur, il en tremblait de tous ses membres...

 

Dame de cœur, valet de pique...

Le lendemain, le professeur Segrè a effectivement reconnu son ami Ettore Majorana à la morgue, mais fidèle à sa promesse a déclaré ne pas savoir qui c’était...

Le lendemain fut aussi un jour que Michel n’oublierait jamais. Le hasard, qui soi-disant fait bien les choses, lui donna l’opportunité d’écouter une conversation qu’il n’aurait jamais dû entendre. Il lisait dans le grand salon, enfoncé confortablement dans un fauteuil et tourné vers la lumière d’une porte-fenêtre. Depuis la porte de communication il était invisible. Manonna le croyait à la bibliothèque. Elle entra suivie par son petit cousin.

— Cette histoire est lamentable Luciano. Si tu n’étais pas mon cousin, je te dénoncerais à la police. Comment as-tu pu te laisser entraîner dans cette sordide affaire ?

— Tu oublies qu’après l’humiliation que ton père a subie, sa vie a basculé. Il a fini par être malade et a dû démissionner de son poste ?

— Mais un homme est mort Luciano. C’est toi qui va démissionner j’espère. Je ne te souhaite plus dans cette maison. Qu’as-tu fait des papiers ? C’était surement très important.

— Je les ai brûlés. Cet homme était un danger pour l’humanité !

— Mais il est mort Luciano. Même si c’était un accident, il est mort !... C’était bien un accident ?

— Nous savions qu’il était allergique aux piqures de frelons. Tu le sais maintenant.

— Oh ! va-t’en de cette maison. Je ne veux plus te voir. Tu viens de jeter la honte sur les Severi !

 

 

Toute la nuit, Michel a été malade.... Il est fiévreux et on attend le médecin.

Ce matin, il vient de se rendormir. Il rêve. Il rêve qu’il est dans les caves du palais Farnèse, celles qui possèdent de belles fresques. Il cherche de la colle. Il entend le zon-zon d’une guêpe... non, d’un énorme frelon... non, de dizaines de frelons... Il court à en perdre haleine vers la sortie... mais la sortie s’éloigne de plus en plus... le médecin court aussi derrière lui... dépêche-toi voyons, plus vite, mais plus vite...

— M° Dunard ? Michel Dunard ?...

— Oh ! Quel cauchemar.............

 

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Commentaires

barzoï (manquant)
Petit rajout, Mes

Petit rajout,

Mes commentaires ne sont le fruit que d’un travail de relecture, c’est pourquoi à mon humble avis ce texte mérite la note maximale car vraiment il y a si peu de chose à fluidifier. Une écriture talentueuse, riche, l’auteur tient son lecteur dans sa poigne. C’est du pur talent.

barzoï (manquant)
pique, pique

 Je ne suis pas arrivée à lire les contraintes mais en lisant le commentaire de Luluberlu je comprends qu’il fallait 5000 caractères

J’ai beaucoup aimé ton texte. Je ne me suis pas ennuyée pour un sou. Je me suis permis de relever pas mal de choses et j’espère que mon commentaire t’intéressera.

La gouvernante qui prend une place tellement plus intime, soit tellement est de trop, soit la gouvernante tient une place tellement plus intime.

Situ veux répéter' cette maison' je pense qu’il faudrait ajouter 'Et' devant le deuxième cette maison afin que la forme d’insistance n’ai pas un air de lourdeur.

' Excusez-moi du peu' c’est génial, bravo pour la vivacité.

'Jean Dunard originaire du sud-ouest' originaire est trop brutal, peut-être 'issu du sud-ouest. Suit' Rosina d’origine sicilienne', ce coup là originaire va divinement bien ( ça 'rocaille' avec la sicile ).

J’ai adoré entre autres le paragraphe de la bibliothèque.

En courant il croise Manonna :- Je vais voir Robert.

'L’habitude de l’équipe de jardiniers', il faudrait enlever' l’équipe" d’autant plus que 'l’équipe de jardiniers est répétée à peine plus loin.

' Mais là soudain Michel se tétanise',' mais là soudain 'IL' se tétanise (beaucoup de Michel dans le paragraphe.

' Avec un réflexe professionnel',' avec' est un peu lourd, que penses -tu de 'dans un réflexe' ou 'd" un réflexe'

'des équations inconnues de Michel', ce n’est pas la peine d’ajouter "de Michel'

'Quelle perplexité' me semble de trop.

' Des heures plus tard" avec une répetion d’heures :' plus tard' suffisait.

J’ai adoré entre autres l’histoire de Giordano Bruno et les renseignements sous l’inquisition.

' Finalement il commence à avoir' finalement' me semble de trop.'Il voudrait sauter de joie... matin de Noël'' Il en sauterait de joie' m’aurait suffi.

'La voiture du Padre Julio qui est fier d’emmener', 'qui est fier" le « qui est » est de trop.

« L’institut où ils se rendent » me semble lourd, que penses-tu de « Ils se rendent à l’institut situé sur la colline ».

La description du jardin italien est merveilleuse et merveilleusement réaliste.

En dehors des recherches si tu écris d’un jet tu es un génie sans bouillir et il ne faut rien changer à ta façon de créer. En tous les cas je te remercie pour la lecture j’ai passé un très bon moment.

luluberlu
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Voilà une nouvelle qu’il faut

Voilà une nouvelle qu’il faut remettre sur l’établi... Hormis ce paragraphe :
« Michel déambule dans ce havre de paix... Nous devenons jardin dans un ailleurs tout proche. »

Il faut élaguer. Que la mère de Michel ait été une grande cantatrice, en tant que lecteur, je n’en ai rien à faire. La mini biographie de Fermi me laisse de marbre. Que tout ce petit monde soit brillant, également. On sent bien qu’il y a eu des recherches faites sur internet, mais c’est laborieux. Il m’arrive aussi parfois de me laisser aller de la même manière. Quand je donne à relire mon texte, là, les tuiles me tombent sur la tête. Tu n’es donc pas la seule à verser dans un tel travers.

Tout cela pour dire que cette histoire (parce qu’il y en a une) est souvent ennuyeuse, qu’elle, contient pas mal de lourdeurs et maladresses, et aurait pu être, sans nuire au récit, resserrée. J’ai parfois eu l’impression de lire un guide touristique, en moins bien.
Tu as voulu adopter un style qui ne te correspond pas... et satisfaire à cette contrainte idiote des 5000 mots (mea culpa). Il fallait t’en affranchir et me raconter une histoire, avec ta « plume », celle que tu sais si bien manier, qui est si poétique... parce que je suis persuadé que l’on peut écrite une nouvelle de cette façon, même un mini-polar. Je le sais par expérience.

Pour conclure : je n’ai pas eu l’impression de te lire... Comme le dit si bien Marie Hélène Lafon (je cite brièvement de mémoire) :

« Écrire, c’est une question de corps, de rumination, de laisser venir, de souffle, d’endurance... Il y a des temps pour inspirer, des temps pour expirer, la phrase peut parfois être courte et dense, histoire de fouetter au corps le lecteur ou bien elle peut se déplier, et entre ces deux temps, il y a une infinité de figures. C’est très chorégraphique. »

Et, sincèrement, la chorégraphie dont tu nous fais cadeau habituellement est absente dans ce récit. Il aurait fallu travailler le texte à l’oral, respirer ton texte avant de le lâcher. Entendre le texte pour savoir s’il se tient. Ça permet d’ajuster le texte, la ponctuation et bien d’autres choses encore.

Mais je salue le travail accompli (ce n’était pas facile).

 

la poussière
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Inscrit depuis : 25/01/2013
correction

j'ai trouvé le début un peu laborieux avec des maladresses de style: la famille "a eu donné" je ne sais pas si ce n'est pas une particularité de parler local,

affectivité infantile: plutôt puérilité

Il fallait pour cette adol. une vie.... peu en rapport avec celle....

Il s'était toujours régalé... je mettrais des histoires et placerais la préhistoire en premier

Dans la phrase – depuis le cortile, je mettrais –jusqu'à– pour faire lien

Au lieu de deux passions : J'en mettrais Trois : l'aviation, le parachutisme et une activité de détective

J'enleverais le – si – devant méticuleux

 IL y a encore quelques  erreurs mais la suite du récit m'a complètement passionnée, je l'ai lu d'une traite et ça se lit bien, c'est agréable, j'ai retrouvé la poétesse ans le jardin.

Je ne connaissais pas cette histoire

plume bernache
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Inscrit depuis : 09/10/2014
piqué !

   

  

  

   Ainsi le mystère "Majorana" serait enfin résolu ?yes
   Grâce à ce jeune Michelino?

  

   Dès le début on est piqué par cette histoire. Vite le vinaigre, Manonna !

 

   Ce détournement du fait historique (très documenté) au profit de la fiction "dunardesque"…Bravissimo !

   Et cela avec une couche d'humour ( à commencer par les titres)  
   une bonne dose de poésie ("vos frères les fantômes …vous êtes chez vous chez eux ils sont chez eux avec vous…"  

   et tout le passage "c'est le printemps……nous devenons jardin dans un ailleurs tout proche…" ) : Magnifique !give_rose

 

  De plus, avec tous les méandres de l'enquête, c'est un vrai polar. Chapeau !clapping

 

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