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Hors saison : Francis Cabrel

C’est le silence

Qui se remarque le plus

Les volets roulants tous descendus

De l’herbe ancienne

Dans les bacs à fleurs

Sur les balcons

On doit être hors-saison

Le village, hier si bruyant et si gai, n’a plus que ses pêcheurs marchant lourdement avec leurs grandes bottes marines. Parfois un groupe de femmes le traverse et leurs voix troublent le silence pesant des rues mornes.

La mer quand même

Dans ses rouleaux continue

Son même thème

Sa chanson vide et têtue

Pour quelques ombres perdues

Sous des capuchons

On doit être hors-saison

Ne restent que les épaves de l’été. Et on se promène les yeux vagues. Les nuages viennent du nord et courent lourdement dans un ciel sombre, affolés. De vastes filets bruns sont étendus sur le sable, couverts de débris rejetés par la vague. La mer grise et froide, festonnée d’écume, monte et descend sur cette grève déserte. Et longtemps, je tourne autour des barques échouées.

Le vent transperce

Ces trop longues avenues

Quelqu’un cherche une adresse inconnue

Et le courrier déborde

Au seuil des pavillons

On doit être hors-saison

Tout à coup, le vent se lève, violent. Je demeure là, immobile, malmené par ses rafales, giflé par des paquets de bave blanche, ne percevant que l’écume des particules.

J’allais rentrer quand j’aperçus un homme ; il était seul, enveloppé d’un manteau sombre, et parcourait la vaste solitude de la grève d’où émergeaient par place de gros galets noirs. Il y a des gens qui restent quand tout le monde est parti, ne pouvant se décider à quitter la plage où vivent leurs rêves ; ils sont aussi des débris de l’été ; chaque plage a les siens.

Une ville se fane

Dans les brouillards salés

La colère océane est trop près

Les tourments la condamnent

Aux écrans de fumée

Personne ne s’éloigne du quai

Et j’ai eu un serrement de cœur en songeant à ces épaves de la vie, à ces tristes êtres perdus. Plus tard, ils disparaitront dans l’ombre de l’hiver tandis qu’une légion de corbeaux, accourue de tous les voisinages, se déroulera à travers l’espace à la façon d’un immense voile de deuil flottant au vent, et mêlera ses croassements aux cris chagrins des mouettes. La lune pâlira à mesure qu’elle montera dans le ciel et jettera sur la crête de vagues lueurs blêmes.

On pourrait tout prendre

Les murs, les jardins, les rues

On pourrait mettre

Aux boîtes aux lettres nos prénoms dessus

Ou bien peut-être un jour

Les gens reviendront

On doit être hors-saison

Quand la mer se retirera, elle ne laissera que des regrets, des algues odorantes – fragments fuligineux –, des gris de cendre et des galets humides. De la buée aussi, une épaisse vapeur qui envahira toutes les surfaces lisses ; alors, le bruit monotone des flots engourdira mes pensées et une tristesse infinie me viendra.

La mer quand même

Dans ses rouleaux continue

Son même thème

Sa chanson vide « où es-tu ? »

Tout mon courrier déborde

Au seuil de ton pavillon

On doit être hors-saison...

Alors, je pousserai un soupir si vaste qu’il remplira une église. Où seras-tu ?

Une ville se fane

Dans les brouillards salés

La colère océane est trop près

Les tourments la condamnent

Aux écrans de fumée

Personne ne s’éloigne du quai

 

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Commentaires

barzoï (manquant)
Variations.

Je l'ai ressenti comme ça : l'auteur écoute "hors saison" et écrit tout ce qui sort de lui.

J'ai particulièrement aimé :" ils sont aussi des débris de l'été", " Et j'ai eu un serrement de coeur....de vagues lueurs blemes".

Un texte magnifique, extrement sensible, comment ne pas adorer ?

 

gaston ligny
Hors ligne
Inscrit depuis : 29/03/2016
le poète décrit un dédors et

le poète décrit un dédors et ensuite il joue son rôle dans une saison finissante

On doit être hors saisons en plusieurs tableaux De belles images s énchainent

elles sont fortes et belles Les temps 1 présent 2 imparfait et passé et en fin le futur

Quand la mer se retire Je perçois un joli tableau qui me plait Merci  à Vous Salut cordial

Lenil

plume bernache
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Inscrit depuis : 09/10/2014
Force huit

 

 

 

 Je trouve une grande puissance dans ce texte.

 

 Une montée progressive de la marée, de la force du vent, des sensations et de l'émotion.

Au début le village est décrit comme un décor. Un peu lointain. Des silhouettes le traversent.
Dès la deuxième strophe, tout devient plus sombre plus gris et plus proche. Le narrateur devient acteur, il erre autour des barques échouées. Mélancolie.
Puis il est assailli par les éléments ( giflé, malmené )

 

Et voilà cet homme dans son manteau noir ( on dirait un plan cinématographique ) annonçant le paragraphe suivant ( superbe prose poétique )  sombre réflexion sur les épaves de la vie. L'atmosphère devient funèbre et angoissante.

Et puis avec la marée descendante, s'amorce le deuil (de l'été, d'un amour ? ) la tristesse et ce fameux soupir

"si vaste qu'il emplira une église" .

 

luluberlu
Portrait de luluberlu
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Inscrit depuis : 24/12/2010
@Brume : J’allais rentrer

@Brume : J’allais rentrer quand j’aperçus un homme ;

Le premier verbe est au passé simple et le second à l’imparfait.

L’imparfait est utilisé pour une action passée, qui a duré et qui est terminée.

Le passé simple est utilisé comme temps de narration pour une action ponctuelle qui s’est déroulée dans le passé.

Je me souviens avoir considéré qu’il était rentré et il m’a semblé approprié de l’exprimer de cette façon. Ceci étant, j’ai aussi des problèmes avec la concordance des temps. En l’occurrence, c’est ici discutable et il se peut que je me sois planté.

 

Finalement, l’important pour moi est de susciter des sensations. La majorité de mes textes va dans ce sens : éveiller la sensibilité du lecteur. Objectif atteint.  :)

brume
Portrait de brume
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Inscrit depuis : 12/10/2014
Bonjour Luluberlu,

C'est très beau, de belles sensations, et bien dans l'esprit de la chanson: triste et... triste.

J'ai relu pour vérifier si quelque chose m'aurait échappé comme un chagrin d'amour par exemple, mais je ne vois pas.

Par contre l'emploi du temps est différent, la partie Cabrel est au présent alors que votre partie est soit futur, présent, imparfait.

"J’allais rentrer quand j’aperçus un homme ; il était seul, enveloppé d’un manteau sombre"

Pourquoi utiliser le temps à l'imparfait alors que la phrase précédente est au présent?

ne serait-ce pas mieux:

"J’allais rentrer quand j’aperçois un homme ; il est seul, enveloppé d’un manteau sombre", 

Bon dans l'utilisation des temps je suis moi-même assez nulle donc je peux me tromper.

 

En tout cas belles sensations visuelles et sonores, je sens la fraîcheur de la mer et j'entends les vagues. J'aime la scène et le décor que je trouve vivants et mélancoliques comme la grisaille en accord avec l'humeur si joliment décrit.

 

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