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La terre peu à peu s’obscurcit et fraîchit
Les animaux s’inquiètent
Les humains s’interrogent
Ce soleil que jamais
On ne peut voir en face
Est rongé peu à peu
Par un monstre vorace
Son feu éblouissant
Occulté par de l’ombre.

 

Montée des horizons
En moins d’une seconde
Aussitôt nous englobe
La sombre draperie
Pourvoyeuse de nuit
Tellement désirée
Et soudain terrifiante
Et si tout s’arrêtait
La lumière et le temps ?

 

Et soudain Soleil Noir
Couronné de diamants
Spectacle merveilleux
Jailli du fond des temps
Instant d’infinité
Que l’on voudrait suspendre
Mais l’astre reparaît
Inexorablement
La lumière
Et le Temps.

 

 

Ne tremblez plus les mains !
Ne vous hérissez plus les poils !
Ne flageolez plus les jambes !
Et vous les yeux, séchez vos larmes !
Savourez les dernières miettes de cette obscurité redevenue pénombre et trop vite, clarté. Plus éblouissante que jamais.
On se calme, on s’ébroue. On range les lunettes spéciales, les jumelles, les appareils photos. Les spécialistes rengainent leurs précieux télescopes
Le quotidien reprend ses droits. Les conversations et les rires deviennent plus sonores.
Un Britannique à cheveux blancs déboucle sa ceinture et se presse vers le bosquet en accusant avec ironie les effets de la lune. Les gosses recommencent à courir un peu partout.
Soudain tout le monde a très faim. Des libations communes s’improvisent. Avoir vécu ensemble ce rendez-vous astral a créé une sorte de fraternité cosmique…

Éclipse totale du soleil, Forges-les-Eaux, 11 août 1999

 

4.86
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Commentaires

Manuella
Portrait de Manuella
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Inscrit depuis : 09/08/2015
YYYYYYYYYYeeeesssssssssssssss

YYYYYYYYYYeeeesssssssssssssssssss!!!!!

enlightened

barzoi (manquant)
C'est époustouflant, une

C'est époustouflant, une énergie se dégage et prend possession du lecteur, j'ai adoré.

Louis P.
Hors ligne
Inscrit depuis : 12/10/2014
La poésie de ce texte

La poésie de ce texte retrouve, dans ses images et métaphores, les croyances anciennes au sujet des éclipses solaires. Il nous fait ainsi vibrer, frissonner avec toutes les générations passées lorsqu'elles avaient à contempler ce phénomène insolite et troublant. « Une sorte de fraternité cosmique » sont les derniers mots du poème, mais cette fraternité, cette union entre les hommes face à l'immensité cosmique ne se trouve pas seulement entre les hommes de la génération présente, le poème fait naître une fraternité avec les générations du passé, fascinées et effrayées par le phénomène.

La première strophe retrouve les croyances ancestrales, ramenées ici à une image métaphorique : « Ce soleil... rongé peu à peu / Par un monstre vorace ».

L'éclipse était autrefois perçue, en effet, comme l'attaque du soleil par un monstre ou un animal ( dragon, lion, loup ou serpent) qui tente de le dévorer.

Une crainte naissait de ces éclipses, en ce qu'elles constituaient un désordre cosmique, un désordre qui menaçait tout l'ordre des choses, l'ordre cosmique comme l'ordre social. C'est pourquoi on y a vu, et certains esprits superstitieux y voient encore, les signes d'une Apocalypse.

Dans le deuxième paragraphe, on retrouve cette perception, mais dans une crainte passagère, : « Et si tout s'arrêtait / La lumière et le temps ? ». Un frisson ancien renaît ici sous la plume poétique, mais sans se fixer dans une superstition.

Le titre est très bien trouvé : « Sidération totale ». Le mot « sidération » vient du latin sidus qui désigne un astre. Ainsi être « sidéré », c'est subir l'influence d'un astre, c'est être ébahi, frappé de stupeur ; c'est demeurer étourdi, stupéfait, comme pétrifié. Le cours de la vie s'interrompt, ne reste plus qu'une contemplation stupéfaite, sidérée. Le cours des choses est comme suspendu : « Instant d'infinité / Que l'on voudrait suspendre ».

 

La dernière strophe nous fait sortir du moment de sidération. Ne nous illusionnons pas, il n'est qu'éphémère, et « Le quotidien reprend ses droits ». Le cours de la vie sur cette terre doit reprendre, dans ses limites, dans ses petitesses, sous le ciel immense et grandiose où se joue ce qui nous dépasse infiniment.

 

Merci Plume.
 

 

 

plume bernache
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Inscrit depuis : 09/10/2014
éclipse

Bonjour jamijo,
Merci d'avoir "rechaussé" un moment vos lunettes d'éclipse pour partager l'évocation de cet ineffable moment, hélas non reproductible( du moins pour moi et peut-être aussi pour vous…)

amicalement plume

Jamijo
Portrait de Jamijo
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Inscrit depuis : 14/03/2015
Sidération totale

Oui, c'est un évènement que je n'oublierai jamais, je l'ai vécu, dans mon jardin, en Provence, mes enfants étaient présents. Nous étions tous équipés de lunettes spéciales. J'ai bien aimé ce texte, la partie versifiée librement. j'ai retrouvé les différentes phases vécues, et soudain la nuit totale, le froid soudain et une sorte de peur qui s'estompe vite avec le soleil retrouvé... La Lumière et le Temps... Merci pour cette évocation sidérale.

Greg (manquant)
Merci. Je l'avais ratée...

Merci. Je l'avais ratée...

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