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Elle vit les phares s’éloigner dans la nuit.

Ficelée à un arbre au milieu de la forêt de Brocéliande, Juliette pleure et hurle à pleins poumons sa peur et sa colère, seule dans un froid hivernal, à des kilomètres de son cocon familial.

Combien de temps devra-t-elle résister au vent qui gifle son visage, au froid qui ronge ses petits doigts, aux bruits terrifiants qui gangrènent tout son corps qui s’agite comme une feuille ?

La nuit est longue, très longue quand on a 5 ans et pétrifiée d’horreur.

 

« Fais dodo, Juliette ma petite fille, fais dodo, t’auras du gâteau ».

 

Elle ferme les yeux, épuisée par cette journée rocambolesque, et finit par plonger dans un coma.

Quelques heures plus tard, Juliette sent une forte agitation autour d’elle. Ça va et vient. On chuchote tout en la trimbalant à l’épaule comme un gros sac de terreau. Ça monte et ça descend des marches, des escaliers, une échelle, à gauche et maintenant à droite. Puis on l’allonge sur un lit picot avant de la recouvrir d’un linge épais. Encore quelques pas dans la pièce dont le moindre recoin est supposé vérifié et « Clac », silence complet.

 

« Fais dodo, Juliette ma petite fille, fais dodo, t’auras du gâteau ».

 

Ses petits yeux rouges et gonflés s’ouvrent péniblement sur une chambre aménagée en bonbonnière ou plutôt en salle de jeux avec un ballon de gymnastique, des poupées et le nécessaire à dinette : assiette, verre, cuillère, fruits, légumes et boites de conserve plastiques... Il ne manque rien pour s’amuser, si ce n’est l’essentiel.

 

Juliette regarde cette chambre avec beaucoup de surprise et d’inquiétude. Elle reconnait ses jouets avant de se jeter sur eux comme un acheteur compulsif. Mais la peur revient avec ses larmes. Il n’y a personne avec elle, et ne comprend pas ce qu’elle fait là.

« Maman, maman, maman, maman, maman... » Un appel ? Une question ? Comme si ce mot était devenu à lui tout seul un langage, une chanson, un son, un ronron. Toute la journée, sempiternellement, « maman » est l’unique mot capable d’être prononcé ; même quand elle fait mine de jouer pour se distraire, pour patienter, pour oublier ce qu’elle fait là et pourquoi.

 

« Fais dodo, Juliette ma petite fille, fais dodo, t’auras du gâteau ».

 

Voilà près de deux jours que cette enfant est cloitrée dans un espace sans issue. Les murs ne sont autres que des planches clouées comme un gros cageot enfoncé sous terre. Derrière les nounours et les poupées accrochés, on y voit les tubercules d’un potager qui cherchent à s’inviter. Manger les pissenlits par la racine prend tout son sens, quand au-dessus se trouve justement l’emplacement d’un carré de radis magnifiques.

L’énergie renouvelable irait-elle jusqu’à ce nouveau genre de compost ? afin d’en faire une innovation présidentiable ?

Papi a pourtant eu le prix du « meilleur potager de France » cette année. Indétrônable depuis 6 ans déjà...

 

« Fais dodo, Juliette ma petite fille, fais dodo, t’auras du gâteau ».

« Encore, encore, juste un peu, maman, citoplé !!! après je serai sage, promis ».

« T’as intérêt ma petite ! Parce que sinon, tu vas finir comme Juliette... pour avoir dit à Papi que son cadeau était nul, que c’était un arbre en peluche ridicule. ».

Les contraintes ICI

 

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Commentaires

Pepito
Hors ligne
Inscrit depuis : 08/12/2013
Hello K, ben c'est pas trop

Hello K, ben c'est pas trop tôt ! ;=)

 

Forme : chip chip otons !
"...froid hivernal, à des kilomètres de son cocon familial.
" opposer "froid" et "kilomètres" mhhh, pas le même référentiel
"bruits terrifiants qui gangrènent son corps" mhhh, idem "bruits" et "corps" 
... quand on a cinq ans et "qu'on est" pétrifiée...
"plongé dans "le" coma"
"pour avoir dit à Papi que c'était nul, comme cadeau, un arbre en peluche ridicule." l'idée pour justifier la "peluche" est très bonne.

Génial, la répétition de la comptine ! ;=)
 
Fond : haha, un affreux anniversaire ? J'ai adoré l'ambiance, une pôvre petite fille, prisonnière sous un carré de radis mangeant les pissenlits par la racine.

Merci pour la lecture !

Pepito

L’écriture est la science des ânes (adage populaire)

la poussière
Hors ligne
Inscrit depuis : 25/01/2013
vilaine

Qui c'est qui est aussi méchamment puni. Les vilains enfants ou les vilains ecrivaillons qui proposent des sujets stupides. Ce texte m'a intriguée captivée et bien fait rire. Bravo

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