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les illusions ne seront jamais glanées

sans petits mots sur les reliefs

 

c'est cela

une journée d'éperdument

et sa courbe  au seuil du losange de tes yeux

 

au vaille que vaille

je ponctue un séjour en dégel

c'est-à-dire

ahuri d'un peu de sens

où la plus ténue résonance esquive le réel

               

à ne jamais aimer les glissades

ni les vœux d'hors ce monde

chaque an les nuits d'étoiles filantes

 

la rupture s'accentue

sous le lest immense d'un ciel que je ne reconnais plus

mais qui peut s'en targuer ?

 

envie et inconscience forment déjà terre

une racine qui rêve entre vers

 

tu parlais

d'épurer beauté cruauté

dans le tohu-bohu débordant du silence

au profond de chaque homme

 

je paraphe ce néant avec piété

 

des lieux sans temps

où nous ne serons plus séparés

ni de surcroît ni de défaut d'intimité

un sans chemins

dont on ne sait rien

ensemble

 

délivrons-nous

d'être d'un retard en vie entier

tant que rien ne se souviendra de ce qui fuit

 

ne laisse pas de trace

on redevient chacun en son secret

dans la cicatrice que le jour souligne

la vie fluide en la mort fixe

 

un tilleul chaque an plus déluré

abritera pourtant l'entrée de ce j'aurais aimé être ta maison

 

 

sache

de ces flux et des seuils que le froid va glacer

qu'au jardin un vase brisé traînera jusqu'à ce que je quitte ce lieu

il est caché dans le persil

il y restera pour blesser tout pas d'aventure

 

elle va me manquer la fougue à t'embrasser

à fondre d'un enlacement partagé

et exploser du cœur

5.04
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Commentaires

Louis P.
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Inscrit depuis : 12/10/2014
Votre comparaison, Christian,

Votre comparaison, Christian, avec la musique contemporaine, et aussi avec les "fractales", me semble tout à fait intéressante.

Elle ouvre une voie de lecture supplémentaire à la poésie de RB.

luluberlu
Portrait de luluberlu
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Inscrit depuis : 24/12/2010
J’ai tourné longtemps autour

J’ai tourné longtemps autour de ce texte en me disant que Louis et RB passeraient pour éclairer ma lanterne. Bingo !

Ce poème m’évoque la musique contemporaine dont je me demande, à chaque fois que j’en écoute, ce qui la structure, où est l’ossature. RB écrit : « tout est écho de quelque chose, un émoi, une idée qui ne se formule pas d’une façon rationnelle ». Et Louis : « Il est difficile de discerner, dans ce texte, un fil conducteur, une cohérence d’ensemble. Il donne l’impression d’une poésie en miettes, en fragments, en fulgurances. » 

C’est exactement cela, ce poème ne se formule pas de façon rationnelle. Je ne sais s’il est « fausses notes »… je ne le pense pas. Déroutant, oui, au moins autant que la musique contemporaine (atonale). Inaccessible, du moins en partie. Rien de plus frustrant que cette inaccessibilité. Je n’ai pas les clefs pour ouvrir cette (ces) boîte(s) à l’hermétisme assumé.

Paradoxalement, chaque poème dans le poème, chaque fragment, chaque fractale, le processus stochastique (qui dépend, qui résulte du hasard) qu’ils m’évoquent, me séduit. Ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais rien, suis incapable de l’exprimer. Lecture dissociée donc. Globalement, la distribution des fragments futurs, étant donné les « états passés » et « l’état présent », ce qu’ils suscitent (révèlent), ne dépend en fait que de l’état présent. C’est du moins comme cela que je l’interprète, une « absence de mémoire » de chaque fragment par rapport à celui qui le précède, mais, curieusement, on y décèle une espèce d’homothétie, un point invariant, une constante.

Quoi qu’il en soit, comme l’écrit Louis :

« Un beau texte, RB, mais je crains qu’il soit difficile d’accès pour les lecteurs, et qu’il ne leur paraisse trop hermétique. » … Au moins autant que mon commentaire.smiley

RB
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Inscrit depuis : 23/09/2014
Votre lecture

 

Merci, Louis, non seulement de ce que vous écrivez sur les textes des autres mais aussi pour vos textes qui brillent, virevoltent, éblouissent... et où vous ne parlez pas de vous mais exprimez quel regard généreux vous portez sur les humains, leurs difficultés, leurs faiblesses et leurs "petites" grandeurs.

Leçons d'humanisme qui reflètent sans aucun doute votre volonté de philanthropie permanente.

A l'heure où la tolérance et l'esprit de curiosité de l'autre sont sans cesse remises en question, cela mérite le respect.

Respect d'autant plus grand que votre amour des mots, votre approche du "dit dans l'évoqué", tant dans vos textes que ceux des membres de ce site, constitue un vrai bain de fraîcheur à lire et à prononcer.

 

Je suis actuellement en lecture de textes beaucoup plus "obscurs" que celui que vous venez de commenter (notamment Christian Hubin que j'apprécie et que j'ai eu l'occasion, il y a longtemps, de côtoyer quelques soirées fort avinées chez l'un de mes professeurs de réalisation d'émissions radio) pour n'avoir pas ressenti la même difficulté d'accès dans celui que j'ai proposé ici.

Mais vous avez, sans nul doute, raison.

Je me sens chaque jour plus déterminé à faire cette expérience d'écrire de cette façon : elle est, à mes yeux, la conséquence de mes lectures et découvertes d'auteurs récents dont je me sens proche.

 

Ils favorisent l'assemblage intuitif, la traduction du réel de leur existence - dont ils parlent - dans une sorte d'échappement où tout est écho de quelque chose, un émoi, une idée qui ne se formule pas d'une façon rationnelle.

 

C'est un lourd travail de rigueur quoiqu'en pensent certains.

Ecrire une sonate rien que de "fausses notes"...  représente une aventure aussi fascinante qu'un sonnet bien "fabriqué"... (j'écrirai un texte sur ce sujet important ...;-)

 

Vous m'incitez, en tout cas, à publier ici, le chapitre qui termine le recueil Qu'importe, chapitre intitulé "éblouissements".

 

Il est assez long, aussi me limiterai-je à n'en mettre que les premières pages.

 

Je sais que je ne suis pas très généreux en commentaires pour l'instant mais bon... nous verrons bien , n'est ce pas ?

 

Merci à vous, aux lecteurs et à notre webmestre pour cet espace qu'il nous accorde.

 

 

Écrire, c'est se tenir à côté de ce qui se tait
Jean-Louis Giovannoni - extraits de Pas japonais

Louis P.
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Inscrit depuis : 12/10/2014
Il est difficile de

Il est difficile de discerner, dans ce texte, un fil conducteur, une cohérence d'ensemble.

Il donne l'impression d'une poésie en miettes, en fragments, en fulgurances. Et c'est sans doute ce qu'est ce texte. La cohérence semble même rejetée pour laisser place à une tension entre opposés et contradictoires. Il semble fait de « ruptures », en résonance avec le fond auquel il est fait référence : la rupture d'un couple.

«  Ahuri d'un peu de sens  »  : dit l'un des vers. Sur un fond de désorientation et d'insignifiance, un sens est retrouvé, mais parcellaire. Ce retour au sens surprend, étonne, ( «  ahuri  »), tant il semblait inattendu, inespéré. Ce sens incomplet, très partiel, est à la fois celui du vécu du locuteur, et celui du texte.

Ce retour au sens correspond à un «  séjour en dégel  », à une sortie donc d'un hiver froid où tout se trouvait insignifiant et figé. Ce «  séjour  » se comprend comme une tentative de printemps, une tentative d'entrer dans une nouvelle saison.

Mais s'exprime une aspiration à s'affranchir du temps ( ainsi que des saisons qui le rythment)  :

«  c'est cela / une journée d'éperdument / et sa courbe au seuil du losange de tes yeux »

Journée « d'éperdument »  : une journée d'illusion, journée de rêve, une journée spatialisée, de temps perdu, une journée-espace, et ne subsiste que le relief, et l'espace géométrique, cette courbe tangentielle du « losange » des yeux de l'être aimé. Losange qui met aux anges.

Le contre-temps est encore du temps, il n'est pas l'éternité, hors temps ; or il s'agit aussi de se délivrer de ce contretemps, de ce retard sur la vie : « délivrons-nous / d'être d'un retard de vie entier ».

Ce retard est décalage par rapport à la vraie vie, celle digne d'être vécue, celle de la vie aimante dans l'union du couple. Retard sur la vie : ratage de la vie. Retard : c'est ne pas être au présent de cette vie, ce présent perpétuel qui se confond avec une éternité.

 

Et puis une aspiration à s'affranchir aussi de l'espace  : «  des lieux sans temps / un sans chemins  ». Cette dimension hors de l'espace et du temps, permet une union, un être-ensemble avec l'être aimé  :  «  où nous ne serons plus séparés / ensemble  ». Le spatio-temporel a une fonction de division, de séparation. Il faut un espace pour être deux ; il faut le temps qui s'écoule pour être séparé de soi-même et de l'autre.

La dimension, à laquelle il est fait référence, est un espace intérieur, un espace spirituel, un espace intime, jamais  en «  défaut  », jamais en «  surcroît  », un espace où l'un n'est jamais séparé de l'autre.

 

Cette dimension encore, dimension de sens, naît des mots  : «  Les illusions ne seront jamais glanées / sans petits mots sur les reliefs  ». Le langage crée un espace particulier, et lui donne un «  relief  ». Le vécu reste en plan sans les mots ; les rêves restent à plat sans les mots qui lui donnent du relief, les monts, les hauteurs, les sommets où règnent les neiges éternelles. Les mots font ressortir les saillies, tout ce qui est marquant.

Des paroles et des mots, peut faire retour un printemps, une saison malgré tout  : «  une racine rêve entre vers  ». Une renaissance d'entre les morts, d'entre les mots poétiques. Les fleurs du renouveau prennent racine dans le terreau poétique des vers.

 

Ce retour au sens et à la vie, cette installation dans une dimension hors du temps et de l'espace, n'est pas retour à la réalité  : «  où la plus tenue résonance esquive le réel  »  ; «  les vœux d'hors ce monde  »  ; «  les illusions  ».

 

En opposition à l'espace créé par le langage : l'absence de « trace ». Pas de trace, pas de signe, et

chacun se retrouve soi-même : « on redevient chacun en son secret ». Le secret, cet entre-soi, non partagé, non manifesté pour les autres.

 

Mais d'un autre côté une « trace » est laissée : « un tilleul chaque an plus déluré / abritera pourtant l'entrée de ce j'aurais aimé être ta maison » ; « au jardin un vase brisé traînera jusqu'à ce que je quitte ce lieu ».

La tension est grande ici entre les tendances opposées.

Tension présente aussi entre des voix qui se font écho, marquées par les passages en italique, décalés, et les autres.

 

Un beau texte, RB, mais je crains qu'il soit difficile d'accès pour les lecteurs, et qu'il ne leur paraisse trop hermétique.

 

 

 

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