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Continent époustouflant où le sublime côtoie le profond dénuement, et où le modernisme cohabite avec les habitudes ancestrales.

La beauté des sites n’a d’égal que le sourire et l’accueil des Indiens. Tout ici invite à la rêverie et aussi à la réflexion face à un monde qui fascine et interroge à la fois.

Mais le grandiose ne naît-il pas de ce que ces millions d’êtres croient et espèrent, en un avenir tourné vers un passé encore si vivant.

La ferveur du religieux enveloppe de sa magie la dureté du quotidien de femmes et d’enfants réduits aux tâches les plus ingrates, égarés dans un océan de misère…

Combien de prières, de vœux s’envolent vers le sacré, voûte de l’espérance.

Nul ne peut échapper au mariage ensorcelant des sons, des odeurs, des émotions, des regards, dont nous devenons complices.

Ce voyage est comme un mirage…

Premières impressions, Jaisalmer, Rajasthan

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Turbans et saris aux couleurs multiples se croisent dans un tourbillon éclatant au son des sitars. La ville bleue semble sortie tout droit d’un conte de fées.

Rickhaws et carrioles à chameaux tracent inlassablement leur voie au milieu des Tata, des vaches et des mendiants dans un étonnant contraste où les siècles se confondent.

Un étrange sentiment nous envahit, en croisant des regards étincelants, parés d’or et de strass, puis aussitôt des yeux avides et si tristes de pauvres enfants, tout comme de miséreux vieillards abandonnés à la rue et à l’indifférence d’un monde sans concession.

Magie et tristesse, Jodhpur

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Holi Festival, les couleurs vives des poudres recouvrent visages et vêtements dans un joyeux brouhaha de motos et tambours.

La rue est en liesse, pour accueillir le printemps. Chacun vit à toute vitesse des instants d’amitié et de communion. Les différences s’estompent, les sourires s’harmonisent, un vent de liberté souffle. Hommes, femmes, enfants, jeunes, vieux, riches, pauvres s’emparent des mêmes espaces et des mêmes émotions le temps d’une fête qui échappe au contrôle et au cadre habituel d’une société très normée, malgré ses apparences parfois totalement désorganisées.

Temps de fête, s.aipur

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Au fond d’un jardin quadrillé et arrosé de mille jets d’eau, Le Taj Mahal nous apparait comme une création de dentelle blanche et de pierres précieuses sortie de l’imaginaire, un monstre de beauté surnaturel que le monde admire.

Les plus belles soieries rivalisent de finesse et d’élégance sur le marbre presque transparent.

Les rencontres sont spontanées, les émotions intenses dans cet ilot d’extravagance digne de tous les superlatifs.

Les familles au complet viennent ici goûter le privilège exquis et emblématique d’une découverte vouée à l’éternité.

Nos quatre yeux ne suffisent pas devant tant de pureté dans ce décor flamboyant.

Hommage au sublime Agra Uttar Pradesh

La température s’élève dans cette région montagneuse où rivières, lacs et végétation luxuriante apportent, par bonheur, aux villageois les éléments de base nécessaires au quotidien.

Dès l’aube, le rituel de l’eau rassemble femmes et enfants chargés des récipients les plus incongrus qui seront remplis pour la journée. Lessive, vaisselle et toilette marquent les premières heures.

Nombreux sont les hommes, allongés à l’ombre des manguiers, qui semblent en dehors du temps qui passe. Ils n’attendent rien du jour nouveau, pareil à tous les autres.

Seules les incantations à l’approche des temples sont une promesse de temps meilleurs.

Jungle et temples Orchha Madhya Pradesh

Hors sentiers battus, les routes, à l’image des bus, des charrettes et de toutes les installations, dans un tel état de délabrement, laissent à penser que, depuis la nuit des temps, rien ne change…

La vie continue dans le tumulte poussiéreux d’une population en mouvement mais attachée à son destin empreint de fatalisme.

Le spectacle est surprenant des femmes, en position de yogi, façonnant, avec inclination d’épaisses galettes à partir des excréments des bovins. Nous imaginons les feux allumés dans les modestes demeures grâce à ces précieux combustibles.

Et pourtant, des merveilles nous attendent, sculptures et véritables chefs-d’œuvre de l’art indien, aux contours de temples miraculés, baignés de spiritualité et de sensualité…..

Vers le Kama Sutra Khajuraho

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Un concentré de l’Inde traditionnelle où les époques et les civilisations se sont superposées.

Le trafic interrompu des vélos taxis et des embarcations de toutes sortes apparaît comme un joyeux fouillis où chacun doit faire son passage, dans le bruit des klaxons et des hurlements… Être piéton semble presque suicidaire dans ce chaos.

Les religions se confondent. Les saris clinquants s’entrechoquent avec les burkas austères, fussent-elles agrémentées des téléphones mobiles... Les minarets et les flèches des temples forment un bouquet qui s’élève vers les cieux, portant des croyances divergentes.

Sur les ghats, longs chapelets d’escaliers qui dévalent vers le « Ganga », fleuve sacré, le matériel et le spirituel s’animent. Les pèlerins y viennent pour se purifier, les yogis pour méditer, les familles pour incinérer leurs défunts, au rythme de cérémonies immuables.

La vie et la mort se mêlent dans le plus authentique naturel.

Des barques bigarrées, le spectacle du soleil levant est envoûtant. On se croirait au premier matin du monde. Les prières s’exclament, les souhaits se fondent. La planète entière semble rassemblée ici, dans toute sa diversité et son étrangeté.

Les touristes laissent indifférents les hindous qui vénèrent leur fleuve mère et y posent chaque jour des milliers de bougies et d’offrandes en signe de reconnaissance éternelle.

Les ruelles adjacentes abondent d’échoppes aussi variées que surprenantes, et déposent quotidiennement leur lot de déchets mélangés aux déjections animales. Toutes les créatures sont, ici, sacrées.

La magie opère de l’aube au crépuscule, les rites se succèdent, bercés par les chants, autant de louanges millénaires.

Toutefois, le havre de paix d’un quartier plus arboré nous permet de reprendre notre souffle. Et pourtant, très vite, des ondes indéfinissables nous attirent vers ce monde déjà familier.

Seuls les chauffeurs nous invitent sans discontinuité à emprunter leur modeste véhicule, pour quelques mètres, quelques roupies. Ces hommes, maigres et si pauvrement vêtus ne semblent jamais fatigués, malgré les énormes charges qu’ils tirent de longues heures. S’assoir dans ces « chariots », certes non polluants, nous parait grotesque et pourtant il en va de leur survie. Le paradoxe est partout présent.

ville et fleuve mythique Varanasi Uttar Pradesh

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Delhi, capitale du sous-continent, est un résumé de toute l’Inde antique et moderne, opulente et démunie à la fois.

Dès les premières heures du jour, le flot reprend, avec son cortège de klaxons et de pollutions. Le métro, dernier-né des moyens de transport, véhicule des millions de citadins entassés et affairés, scrupuleusement contrôlés par des cohortes de policiers. L’ambiance y est du coup très tranquille.

À l’inverse, la rue continue à offrir son déluge de deux-roues qui coule comme une rivière au milieu des boutiques colorées et enguirlandées. Odeurs, senteurs, images d’un autre temps ne cessent de bercer nos esprits et nos sens…

Dans cette cité tentaculaire se dessine un patchwork d’ères et d’activités : Old Delhi, la millénaire, livre ses ruelles intactes et ses enchevêtrements de câbles suspendus au temps. Puis les splendeurs du passé, trésors de verdure, entre rêve et réalité, nous transportent dans l’histoire autant que dans l’avenir.

Impossible de ne pas se recueillir au mémorial dédié à M. K. Gandhi, père de la nation, fort et riche, où chacun peut prendre la vraie dimension du long chemin parcouru par l’Inde vers son indépendance. L’esprit du Mahatma est là, encore très présent.

Enfin, une fois passés les larges boulevards, pollués et encombrés, où s’entassent sur leurs abords les plus pauvres parmi les pauvres, des familles entières qui n’ont pour seul refuge qu’un morceau de plastique ou un pilier de pont, New Delhi apparaît dans son œuvre du 20e siècle avec ses bâtiments officiels, mégalomanes, ses avenues type Champs Élysées, ses éclairages géants et ses jardins somptueux. La richesse et la supériorité s’exposent ici. Sommes-nous dans le même monde et au même instant ?

Le choc des cultures et des contrastes est décidément bien une constante.

Notre voyage arrive à son terme… nous repartons vers notre occident confortable et propret, nos préoccupations, parfois futiles, suspendues pour un moment d’égarement…

Nous laissons, ici, un petit bout de nos pensées, un sourire, un mot, un regard, une photo à toutes les personnes qui ont jalonné notre route. Nous emportons le magnifique souvenir de tous ces instants partagés, de toutes ces richesses échangées…

Nous n’avons pas « fait un voyage », c’est ce voyage, encore une fois, qui nous a fait…

Namasté India…

Splendeurs et misères Delhi
 

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Commentaires

Pepito
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Inscrit depuis : 08/12/2013
Bonjour Anika, au sujet de l'Inde

Bonjour Anika, bonjour à tous,

 

Suite à divers échanges, à l’intérieur et à l’extérieur du site, je reviens donner plus d’explications sur ma réaction qui a dû vous paraitre disproportionnée.

 

Pour situer, je travaille depuis longtemps avec des sociétés indiennes, sans jamais avoir visité le pays. Nous nous rencontrons, avec mes homologues Indiens et Brésiliens, sur des salons techniques principalement en Europe. En discutant, le soir, de tout et de rien, j’ai fini par mélanger Indiens et Brésiliens.

 

J’ai donc débarqué pour un voyage touristique en Inde, persuadé de trouver un Brésil parlant autre chose que le portugais.

 

Ce voyage a été un cauchemar de tous les instants. Je ne pensais pas que l’homme pouvait faire çà à l’homme.

 

C'est entendu, partout dans le monde, 20% de la population tente d’exploiter les 80% restant. Mais là, on a tellement réussi à rentrer ce système dans la tête des gens, que vous ne voyez nulle part une velléité de rébellion. Je crois que c’est ce qui m’a le plus révolté.

 

Pour ne pas vous couper l’appétit, je vous passe les réflexions à l’intérieur du bus. Là aussi, de grands moments…

 

Voilà, aucun jugement sur l’Inde et les Indiens, bien sûr. Leur mode de vie ne me regarde pas. Pas de charité non plus, un pays dont un industriel peut se payer Versailles pour le mariage de sa fille n’a pas besoin de mes deniers.

 

 

Difficile d'avoir des échanges avec les 85% de la population de ce pays qui vous voit, au mieux comme un porte-monnaie, au pire comme un extraterrestre. Pour ceux qui vous voient encore...

 

Quant aux célèbres « couleurs de l’Inde » tant vantées par les prospectus, j’ai une théorie… Imaginez les indiens habillés en uniformes gris col Mao… imaginez ensuite le taux de. suicide… mais c’est juste une théorie…

 

Pepito

 

PS : heu, je suis pas sûr d'avoir été plus sympa que le premier coup. Désolé Anika, rien contre vous, je ne doute pas de votre sincérité, mais le sujet a laissé de profondes traces

L’écriture est la science des ânes (adage populaire)

luluberlu
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Inscrit depuis : 24/12/2010
Pas de pb, je comprends ta

Pas de pb, je comprends ta "réaction". J'ai juste relevé, dans le texte, des nuances (blush), comme :

1) La ferveur du religieux enveloppe de sa magie la dureté du quotidien de femmes et d’enfants réduits aux tâches les plus ingrates, égarés dans un océan de misère…

2) Un étrange sentiment nous envahit, en croisant des regards étincelants, parés d’or et de strass, puis aussitôt des yeux avides et si tristes de pauvres enfants, tout comme de miséreux vieillards abandonnés à la rue et à l’indifférence d’un monde sans concession.

3) Magie et tristesse

4) Hors sentiers battus, les routes, à l’image des bus, des charrettes et de toutes les installations, dans un tel état de délabrement, laissent à penser que, depuis la nuit des temps, rien ne change…

 

5) Seuls les chauffeurs nous invitent sans discontinuité à emprunter leur modeste véhicule, pour quelques mètres, quelques roupies. Ces hommes, maigres et si pauvrement vêtus ne semblent jamais fatigués, malgré les énormes charges qu’ils tirent de longues heures. S’assoir dans ces « chariots », certes non polluants, nous parait grotesque et pourtant il en va de leur survie. Le paradoxe est partout présent.

Etc.

Ce que je sais, c'est l'émotion d'Annick, lorsqu'elle nous a lu son texte. Rien à voir avec un "retour de voyage dont on ne nous ramène que des images de lieu emportées à l'aller".

 

Pepito
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Lulu, mes plus plates excuses

Lulu, mes plus plates excuses au site et à ses lecteurs pour la "forme" de mon commentaire.

 
Le "fond", lui, reste malheureusement pertinent. Depuis, l'Inde, je ne supporte plus ce genre de retour de voyage dont on ne nous ramène que des images de lieu emportées à l'aller.
Crois moi, ma lecture a été "attentive", au moins autant que mon observation sur place...
 
"Le voyage consiste à envoyer des gens qui seraient aussi bien chez eux, chez des gens qui seraient aussi bien sans eux..." Jean Mistler
 
 

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luluberlu
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Hum, hum. Je rappelle que la

Hum, hum. Je rappelle que la courtoisie est de mise sur l’Écriptoire. Une lecture plus attentive aurait permis de nuancer le propos.

Peut-être qu’une lecture de la charte permettra de mettre la pendule à l’heure ?

Pepito
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Exactement ce que je déteste

Exactement ce que je déteste sur un retour de voyage :  la continuité bobo d'une pub d'agence de voyage.

Comment peut-on visiter l'Inde et en dire "que tout incite à la rêverie" ? Ou donc avez vous posé les yeux ?
Dans les yeux troubles des enfants bouffés par les parasites ?
Sur les ventres de gosses gonflés par les vers ?
Sur le cadavre d'un pauvre gars écrasé car, grâce en soit rendu au ciel, le conducteur du 4x4 a réussi à éviter une vache sacrée.
Sur ces enfants qui vous arrachent des doigts les reste de votre panier repas à la sortie de la gare ?
 
Au lieu d'admirer le Taj Mahal jetez un regards à vos pieds. Le truc sur lequel vous marchez n'est pas un tas de chiffons, il y a (avait) quelqu'un dedans.
 
"Seules les incantations à l’approche des temples sont une promesse de temps meilleurs." renseignez vous, cela fait 6000 ans que çà dure, pas demain que cela va changer !
 
"Nous emportons le magnifique souvenir de tous ces instants partagés, de toutes ces richesses échangées…" Vous avez partagé quoi, avec qui ? 
Vivez donc une seule journée comme un dalit. Si vous survivez, là au moins vous aurez partagé quelque chose.
 
Pepito
 

 

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