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Pour les épisodes précédents, cliquez ICI. La suite : La voiture fit crisser les gravillons de l’allée principale. Casquette à la main, Loulou n’avait pas quitté son poste. Le truc étonnant, c’était qu’il était allongé sur le dos les yeux clos. Le chauffeur stoppa la Rolls et descendit voir de quoi il retournait en conseillant aux enfants de ne pas bouger. En travers du corps reposait un râteau. Le rancunier Loulou avait voulu récupérer les lambeaux de sa chemise. Dans son empressement à en découdre avec les rosiers, il n’avait pas prêté attention au râteau qui traînait là. Le manche s’était relevé trop rapidement pour ses réflexes défaillants.

Le chauffeur mit un peu de temps pour le réanimer ; le choc avait dû être violent. Bien calé contre le mur de sa loge Loulou reçut des recommandations de médecin et de repos.

La grille fut enfin franchie. Pierre, Paulo et Jacky se retournèrent pour regarder les vieux bâtiments s’éloigner.

— Dites les enfants ? Drôle de pistolet votre concierge... le silence répondit au chauffeur, il jeta un coup d’œil dans son rétroviseur. Allons, il ne faut jamais regretter une décision déjà prise.

— Mmm... on regrette pas m’sieur Barrault, répliqua Paulo en se rasseyant confortablement. On regrette pas du tout, mais ça fait quand même un p’tit que'que chose.

— Ne vous en faites pas, là où je vous emmène c’est vraiment super, vous verrez… enfin… ça dépendra… hum, vous jugerez par vous-même… et puis pas de monsieur Barrault entre nous, mon prénom c’est Marc, mais j’aime mieux Marco, c’est plus sympa.

Pas trop concentré sur la conduite de son bolide, Marco grilla un feu rouge. Il ne prêta aucune attention aux gestes désespérés d’un agent de police pour le faire stopper. D’ailleurs, depuis leur sortie de l’orphelinat, le chauffeur avait interprété d’une manière toute particulière les signalisations qui jalonnaient leur route. Rien ne semblait l’arrêter. Ni les stops, ni les piétons vociférants quand il leur soufflait la priorité en les frôlant dangereusement, ni même les nombreux coups de klaxon rageurs qui poursuivaient la Rolls à chaque carrefour. Il se contentait de lancer à tous un petit signe poli de la main. À croire, se dit Pierre, qu’il avait appris à conduire en plein désert.

— Dites... euh, Marco... se décida Paulo. Avant d’venir nous chercher, seriez pas allé vous balader un peu en ville par hasard ? Pour prendre l’air, ou ach’ter un truc ?…

Pierre et Jacky tendirent aussitôt l’oreille.

— Oh ça non ! il a d’abord fallu que je m’occupe des papiers pour votre changement de pensionnat et avec votre directeur ça n’a pas été simple, il m’a semblé quelque peu… étrange.

— À qui vous l’dites, soupira Paulo en observant la circulation. De nombreuses voitures s’évertuaient de les éviter à grands coups de freins couinants suivis de bruits de tôles tordues.

— Quoiqu’il en soit, les formalités, compta sur ses doigts leur chauffeur en lâchant le volant, le retour pour ramener le ministre, plus les quelques missions qu’il m’a confiées, je peux vous confier que c’est un véritable miracle que je sois arrivé à l’heure à l’orphelinat.

— Et donc, dans ces missions… y en aurait vraiment pas une qui vous aurait promené dans l’secteur du grand parc ?

— Mais, non voyons !… Je n’ai pas eu une seule minute à moi depuis ce matin, et encore moins le temps de me promener dans un parc. Vous vous faites une drôle d’idée du travail d’un chauffeur-secrétaire de ministre les enfants… je vous certifie que c’est un métier à plein temps.

Paulo lança un regard moqueur à Jacky en faisant le geste d’essuyer ses lunettes.

— Et… hum... et pourquoi me demandes-tu ça ?

— Oh pour rien… c’est juste que nous, nous y étions au parc c’t’après-midi et figurez-vous, expliqua-t-il en désignant Jacky, que ce p’tit garçon-là a cru vous y apercevoir.

— Ah ?… Tiens ?… Eh bien non… d’abord, je ne sais même pas où il se trouve votre parc, alors…

— Toute façon c’est pas grave, trancha Paulo. Alors la méduse ? j’te l’avais bien dit qu’ça pouvait pas être lui, t’as mal vu !

— Et non, ce n’était pas moi, et non… Marco changea rapidement de sujet. Tout ceci n’est pas bien important les garçons… maintenant, j’ai une petite surprise pour vous. Il s’empara d’un gros sac posé sur le siège passager et le tendit derrière. Paulo… attrape mon garçon... c’est pour vous trois.

Le sac était bourré de bonbons. Il y en avait à tous les parfums, de toutes les couleurs et de toutes les formes.

Devant leurs mines ébahies, Marco éclata d’un rire satisfait.

— Allez-y !… C’est bien pour vous.

Ce fut la ruée. Ils roulèrent pêle-mêle sur la banquette arrière, s’arrachant les gourmandises en riant. Paulo profita du chahut pour glisser quelques mots à l’oreille de Pierre.

— Dis donc, comment il peut savoir qu’on m’appelle Paulo celui-là, La Claque lui a juste dit mon nom et mon prénom, pas mon surnom… 

C’est vrai ça, songea Pierre. Il n’avait pas prêté attention à ce détail. Mais bon, il faut bien avouer que les Paul avaient pas mal de chance de se faire appeler Paulo. Avec cette familiarité, leur chauffeur voulait simplement lui faire plaisir, le mettre à l’aise.

Pierre allait en faire part à Paulo mais Jacky ne lui en laissa pas le temps. Le dodu l’écrasa de tout son poids jusqu’à ce qu’il lâche, à regret mais forcé, le paquet de smarties que ce dernier convoitait.

— Du calme les enfants, leur conseilla Marco en riant. Il y en aura pour tout le monde, du calme voyons !

Après un dernier regard dans le rétroviseur, Marco gara la voiture sur un passage pour piétons. Il descendit et ouvrit la portière du côté de Pierre. Les garçons arrêtèrent net leurs ébats. Marco entra sans hésiter et plongea sur Paulo pour lui chiper l’énorme sucette à la fraise qu’il tenait à la main. Rires et cris fusèrent, la bagarre reprit.

Avec son costume défait, Marco ressemblait plus à un grand gosse qu’à un chauffeur de ministre. Les yeux brillants, il les regardait en mâchouillant un gros chewing-gum bien juteux.

— Dites les enfants, on s’est bien amusés hein ?… Pas un mot au ministre ! rassurez-vous, il est très gentil, c’est juste qu’il est un peu... un peu trop sérieux pour apprécier ce genre de jeux, allez ! il faut que je vous mène à bon port et dans les délais.

Marco regagna tranquillement son siège. La voiture s’élança en coupant au plus court, c’est-à-dire au travers d’un parterre de fleurs. Elle déboula à contresens sur l’autre voie, provoquant une panique indescriptible. Marco redressa la situation d’un miraculeux coup de volant.

— Tâchez quand même de vous reposer un peu, leur conseilla-t-il une fois que tout fut rentré dans l’ordre. On a du chemin à faire et demain sera une rude journée pour nous tous.

Repus de gourmandises et légèrement épuisés, les trois amis ne cessaient de se regarder, heureux que la chance ait enfin tournée. Quand même curieux de leur destination, ils criblèrent de questions le pauvre Marco. Leur chauffeur s’était donc évertué de concilier une conduite devenue encore plus périlleuse à cette heure d’affluence, avec la volonté de satisfaire leur légitime curiosité. La nuit en profita pour s’approprier les avenues de la ville. De grandes maisons brillantes de lumières alternèrent avec des espaces vides, signe qu’ils allaient sortir de l’agglomération et donc, arriver au nouvel orphelinat. Les yeux lourds de tant de nouveautés et bercés par les suspensions de la Rolls-Royce, les têtes dodelinèrent. Les trois garçons s’endormirent exactement au même moment sous l’œil étrangement intéressé de leur chauffeur.

 

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Commentaires

la poussière
Hors ligne
Inscrit depuis : 25/01/2013
plutôt" des recommandations

plutôt" des recommandations de repos par un mèdecin"

Du calme voyons et non pas "clame"

A part ça, rien à redire, j'ai l'impression que les trois lascars ne sont pas sortis de l'auberge, vite la suite

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