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Bien chère Francesca,

Votre longue épître de doléances, ma très chère, ne m’a, l’auriez-vous imaginé, que très moyennement étonné, tant nous vivons une époque où tout est contesté et contestable : le travail, la famille, l’éducation, l’alimentation, les soins, la politique et, j’en passe. La nature elle-même, à tout moment, se « rebelle » ; c’est dire !

Si l’on m’avait dit pourtant qu’un jour les orants, les gisants et autres œuvres plastiques en viendraient à revendiquer, sûr, j’eus choisi plutôt la peinture : moins hasardeux et moins risqué !!

Pas vraiment surpris donc de votre lettre, agacé conviendrait mieux.

Vous fûtes un temps en effet très flattée de poser pour moi et moi de vous avoir pour modèle, c’est certain. Toujours d’ailleurs, vous vous y êtes prêtée avec grâce, passion et enthousiasme : offerte, patiente et pleinement désireuse de me satisfaire, soumise au regard clairvoyant et exercé de l’artiste, le mien en l’occurrence. Vous vous soumettiez alors avec élégance et « vénusté », beaucoup de constance aussi à l’adresse diligente et souvent capricieuse de mes doigts et de mes outils. Très généreuse aujourd’hui, semble-t-il, vous ne l’étiez autant à l’époque et n’eussiez jamais, dois-je vous le rappeler, cédé votre place à un « envieux » éventuel. La plaisante et séduisante perspective de devenir un « parangon » de la beauté et de la sensualité ne semblait guère pour vous déplaire. – Je veux que l’on m’admire et que l’on m’envie — « clamiez » – vous en ce temps-là. Et, sur ce point, chère Francesca, je ne pense pas que vous ayez pu, d’une quelconque façon, être déçue. De France et de Navarre, du monde entier, on accourt, on se bouscule et vous gratifie largement. N’êtes vous pas pour d’aucuns que ni plus ni moins la « Joconde » de la sculpture ?

      Cessez donc, belle amie, de chicaner et vous trop plaindre, cessez de réclamer avec autant d’impétuosité et d’acharnement ce que je ne saurais vous offrir, quand bien même je le voudrais.

Pour clore moi aussi sur le ton de la galéjade, sachez que j’accepte avec joie et reconnaissance le tablier que vous m’offrez si gracieusement : joli cadeau à la vérité pour qui, comme moi, manipule, triture, pétrit, façonne, modèle, bichonne et transforme blocs de pierre et de marbre jour et nuit. Le mien, comprenez-le, a maintenant vécu et s’accommoderait fort bien d’être remplacé !!

Croyez à ma sincère amitié et à toute ma sympathie.

                                                  Votre très dévoué A. Rodin

(Lien vers La lettre de Francesca à Rodin)

Note : droit de réponse d’un personnage de fiction mécontent : sa vie est monotone, son créateur ne lui donne pas le choix de l’emploi de ses journées, alors il râle, il aimerait bien un réaménagement de sa vie.

Le personnage féminin du : baiser de Rodin (lien internet)

Elle s’appelle Francesca da Rimini. Elle embrasse Paolo Malatesta sur la bouche.

Rodin lui répond.   

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Commentaires

luluberlu
Portrait de luluberlu
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Inscrit depuis : 24/12/2010
Ravi au sens « Procurer un

Ravi au sens « Procurer un vif plaisir » d’avoir lu cette réponse à Francesca :

« Vous fûtes un temps en effet très flattée… »

« Vous vous soumettiez alors avec élégance et “vénusté”… »

« vous ne l’étiez autant à l’époque et n’eussiez jamais, dois-je vous le rappeler, cédé… »

« Cessez donc, belle amie, de chicaner et vous trop plaindre… »

Voilà qui est joliment exprimé. Une belle pirouette sur la fin de la part de Rodin.

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