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Auguste ! Auguste ! Auguste ! longtemps j’ai été muette, pas seulement d’admiration devant toi, mais parce que ma bouche est scellée par un baiser, le baiser le plus célèbre du monde, un vrai french kiss ; pfffff, à la longue, j’ai la bouche pleine de marbre… criss de tabarnac , c'est devenu un french crisse.

Sais-tu que le record du monde du baiser le plus long est de 58 heures 35 minutes et 58 secondes, mais moi, ça dure depuis 125 ans, 1 mois, 2 jours et 2 nuits, sans même que j’ai pu aller faire une seule fois pipi. Oui, depuis 1890, un certain Paolo, un « latinlover », me roule une éternelle pelle. Et tu sais quoi ? Un tas de paparazzis nous photographient en permanence, rien ne leur échappe de mon anatomie, jusqu’au moindre frémissement de mon épiderme. Malgré l’écriteau, on me caresse furtivement les fesses. J’en ai marre ! Touchez plus à mon popotin. En plus, je suis en surpoids : 3185 kilos  avec Paolo. Je voudrais me peser moi-même, savoir ce que je vaux. Et puis, Paolo, même si sa main le cache, il est contracté. Y's'crossse pas, mais c'est gênant. Je sais qu’il est vicomte, mais tout de même, un peu de décence n’aurait pas été superflu.

Rodin, Rodin, quel gros pervers tu fais ! Dès le début tu m’as traînée dans la glaise, tu m’as pétrie et tripotée, tu m’as battue, tordu les bras pour me modeler et me soumettre à ton bon vouloir. J’étais toute jeune, malléable, pas cuite du tout, plutôt al dente, même pas Alighieri (aguerrie)… Dès le début tu m’as destinée à la porte de l’enfer, coulée dans le bronze avant de me refiler à quelqu’un pour me tailler dans le marbre à coups de marteau et de ciseaux. Raaaah ! J’ai beaucoup souffert pour un seul baiser.

Et moi qui ne rêve que de soutiens-gorges pigeonnants. Que ne donnerais-je pour aller faire les boutiques, les soldes aussi, m’acheter d’innombrables paires de chaussures, des petites robes, au lieu de me geler à longueur de journée. Ça suffit Auguste ! Laisse-moi me séparer de Paolo. Tiens, prend ce ciseau, attaque ! je ferme les yeux.

Note : exercice proposé dans le cadre de l'atelier d'écriture de Bergerac.Droit de réponse d'un personnage de fiction mécontent : sa vie est monotone, son créateur ne lui donne pas le choix de l'emploi de ses journées, alors il râle, il aimerait bien un réaménagement de sa vie.

Le personnage féminin du : Baiser de Rodin

Elle s'appelle Francesca da Rimini. Elle embrasse Paolo Malatesta sur la bouche.

Elle écrit à Rodin.

 

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Commentaires

anika
Hors ligne
Inscrit depuis : 05/02/2013
RODIN : droit de réponse

J'aime cette envolée de propos  rigolos et plutôt modernes adressés à ce vieux monsieur. Dommage du peu ! (wink)

Anika

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