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Le miroir était accroché au mur près de la porte de l’appartement. Il était ordinaire hormis  une partie cassée en haut à gauche. On y voyait des lignes alternées et éparses dans ce qui ressemblait à un triangle. L’ensemble présentait des brisures pointues par endroits et qui semblaient hésitantes, tremblantes. Comme si on avait jeté dessus quelque chose de lourd sans avoir l’intention de le casser, donnant une image de petites vagues d’eau congelée.

À part cela, la plus grande partie du miroir remplissait sa tâche. Ce qui satisfaisait l’homme qui habitait l’appartement et il n’avait jamais pensé le remplacer par un autre, neuf et intact. Il était là et il fonctionnait. Il s’y mirait chaque matin avant de sortir. De plus, il n’était nullement rebuté ni dégoûté lorsqu’il lui renvoyait son visage avec la partie droite hachurée, noyée dans de l’eau gelée. Pour lui, cela n’était que le strict reflet de la réalité du monde qui est tout sauf équilibré. Partant de là, il n’était guère obligé d’afficher de l’optimisme. Et si par hasard un petit malheur lui arrivait au cours de la journée, c’est parce que les choses n’étaient pas saines au fond, comme il se plaisait à le répéter à chaque fois. Il pouvait vaquer à ses occupations, l’esprit tranquille, sans prise de tête. Sans sourire bêtement à tout-va et sans fausse confiance. Avec le temps, il s’était habitué à ce constat qui prenait la force d’une conviction intime et le miroir était l’outil sur lequel il s’appuyait pour la maintenir, malgré lui.   

Ce matin, il était habillé, tiré à quatre épingles et s’apprêtait à quitter son domicile pour aller travailler. Il se regarda dans le miroir et il eut la surprise de trouver son visage entier, sain et sans hachures. Cela l’étonna, il sourit et se dit : « Oh là ! Mon visage est entier ce matin ». Il ne sut comment cela s’était fait. Sa taille n’avait pas diminué et son corps n’a pas subi de torsion. Il fit un tour sur lui-même. Il était comme tous les matins, le buste droit, le teint frais, complètement réveillé. Cependant, une autre réalité s’était reflétée dans le miroir. Mais il ne chercha pas à connaître les causes de ce changement radical et inattendu. « Un début de journée différent, pour une surprise, c’en est une ! » exprima-t-il toujours stupéfait. Il se dit qu’il ne fallait pas la gâcher, qu’il devait être optimiste pour une fois. Alors, il émit un large sourire et se frotta la paume des mains l’une contre l’autre, rassuré et confiant. Il ferma la porte derrière lui et s’avança dehors, le visage affichant du contentement au lieu de cet assombrissement et ce renfrognement habituels.

En descendant les escaliers, il voulut esquisser quelques pas de danse et exprimer cette allégresse soudaine, mais il trébucha sur la deuxième marche et tomba de tout son long. Il resta allongé un bon moment ventre contre les marches, immobile, avant de prendre conscience de ce qui lui était arrivé. Lorsqu’il se releva, il sentit son corps contorsionné et avait mal un peu partout. Il ne put se mettre debout correctement. Il s’inspecta méticuleusement tout en grimaçant de douleur. De la poussière entachait ses habits et ses mains. Il commença de s’épousseter. Il tâta son visage. Tout le côté gauche était boursouflé, blessé et plein de petites cicatrices. « C’est quoi ça ? » hurla-t-il au fond de lui. Il resta un instant silencieux essayant de comprendre ce tour soudain que les choses avaient pris. Il eut l’impression d’être le sujet d’un jeu de manipulation secret dans le but de le narguer. Mais il ne décela aucune logique qui tienne dans tout cela. À la fin, il se frotta le visage lentement, gratta un peu les petites blessures et se mit debout tant bien que mal.

« Désormais je n’y échapperai jamais ! » ajouta-t-il après avoir pris conscience de ce qui lui était vraiment arrivé. Oui, le triangle de cassures s’était déplacé du miroir vers son visage ! L’assombrissement le gagna, le petit bonheur matinal soudain disparut et l’ancienne conviction s’imposa de nouveau. Mais cette fois-ci dans le sang et la douleur. Rien à faire.

 Il s’énerva et décida de remplacer le miroir par un autre, neuf et bien poli.

« Il faut en finir avec ce jeu stupide », se dit-il.

« Comment n’y ai-je pas pensé avant ? »

 Ah ! Les miroirs sont trompeurs ! 

                     

  

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Commentaires

la poussière
Hors ligne
Inscrit depuis : 25/01/2013
J'aime bien l'idée que les

J'aime bien l'idée que les objets inanimés de notre quotidien puissent avoir une influence sur notre destin, mais je trouve que le style est parfois confus et le vocabulaire pas toujours approprié.

Mais je ne suis pas sure de pouvoir faire mieux.

Bonne continuation

pifouone
Hors ligne
Inscrit depuis : 17/03/2013
Bonjour    J'ai lu plusieurs

Bonjour

 

 J'ai lu plusieurs fois mais franchement je ne sais pas quoi en penser. Je comprends le fond mais j'ai l'impression d'être un peu perdu dans la description des détails. Je sens que l'auteur tient son sujet, mais je crois personnellement qu'il faut faire très attention à se faire comprendre du lecteur. Peut-être ne suis-je tout simplement pas accroché par ce genre ce qui m'empêche de bien suivre le fil et de bien profiter de cette lecture.

 

Amicalement

Didier

Katib
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Inscrit depuis : 28/09/2012
Corrections

Oui, remarques judicieuses qui pointent les fâcheuses omissions

luluberlu
Portrait de luluberlu
Hors ligne
Inscrit depuis : 24/12/2010
Un sujet intéressant que

Un sujet intéressant que celui du transfert par miroir interposé et qui questionne sur ce qu’est l’apparence, l’image que notre reflet nous renvoie et que nous percevons, et celle que nous projetons au monde.

 

Juste quelques bricoles :

 

émit un large sourire : fit (me semble plus approprié)

— concordance des temps avec « n’avait pas diminué » : son corps n’a pas subi (plutôt n’avait pas subi).

— entacher est un verbe transitif dont la signification n’est pas tout à faite celle à laquelle vous avez pensé : http://www.cnrtl.fr/lexicographie/entacher

Ceci étant, c’est un bon texte. Néanmoins il me semble que la dernière phrase est inutile.

 

 

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