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Mémo

 

 

 

   Écrire une histoire, à la manière de Raymond Queneau, dans laquelle une femme demande à son mari d'aller faire les courses. Le type se rend au supermarché avec son lardon. Il demande un renseignement auprès d'une employée du magasin, mais la rombière s'enfuit sans lui répondre. Finalement, le type ramène les commissions à sa daronne.

 

 

 

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Modestie

 

 

 

   Martine n'a jamais craint de me voir sortir. Malgré mon succès auprès des femmes, elle sait bien qu'elle peut compter sur une fidélité sans faille. Jamais je ne lui planterais un couteau dans le dos, à ma pauvre Martine. Où irait-elle chercher un autre homme, après ça ? Martine fut une superbe femme, mais elle n'a plus vingt ans depuis autant que ça.

 

Elle n'a donc pas hésité un seul instant pour me demander de faire les commissions.

 

—  Et prends donc le petit avec toi ! Tu t'occupes si bien de lui.

 

C'est vrai que je m'occupe bien du petit, mais je ne permets à personne d'insister sur ce sujet. Je ne veux pas faire du tort à Martine. Une femme a besoin de se savoir maman.

 

Dans le supermarché, on avait encore chamboulé tous les rayonnages. J'ai interrogé une employée, pour le cas où elle connaîtrait la nouvelle localisation du rayon « articles de protection masculine », en lui faisant un clin d'œil pour ne pas attirer l'attention du petit. Elle m'a dévisagé quelques secondes comme si elle découvrait la huitième merveille du monde, après quoi elle s'est enfuie. Le petit m'a évidemment demandé ce qu'il se passait. Ce n'était pas la première fois que je faisais un tel effet à une femme, tant s'en faut, mais je ne pouvais pas lui révéler aussi brutalement l'exacte raison. Je lui ai expliqué, avec des mots simples qu'il pouvait comprendre, qu'il devait s'habituer au fait que sa beauté pouvait provoquer des réactions insolites chez les femmes. Jérôme a un physique un peu ingrat pour l'instant, mais j'ai confiance dans le fait que cela s'arrangera avec le temps. En attendant, il faut saisir toutes les occasions pour qu'il prenne confiance en lui. Ce petit n'a rien de son papa et il est bon qu'il se croie admiré comme son père peut l'être.

 

J'ai presque fait une bêtise. J'ai failli révéler à Martine l'événement avec l'employée du magasin. Ça lui aurait fait beaucoup de mal.  Heureusement, j'ai été distrait par le voisin qui sortait de la salle de bain en se rebraguettant.

 

—  Heu… oui… Roger est venu demander s'il pouvait utiliser nos sanitaires… il a un problème d'obstruction de canalisations, chez lui.

—  Mais tu as très bien fait, Martine. Surtout, Roger, revenez quand vous voulez. Entre voisins, il faut se serrer les coudes.

 

Martine a un cœur en or. Elle serait parfaitement incapable de refuser assistance à un prochain dans le tracas.

 

—  Mais dis-moi, Titine, tu te sens bien ? Tu es tout essoufflée.

—  Très bien. J'ai fait des pompes pour perdre quelques grammes.

—  Ah, tant mieux ! Voilà les cornes de gazelles que tu m'avais demandées.

 

Martine adore la pâtisserie orientale. Ça pourrait lui causer du tort, mais elle fait de l'exercice physique pour compenser. Elle m'a chuchoté à l'oreille pour ne pas alerter Jérôme.

 

—  Tu n'as pas oublié les préservatifs ?

 

Je n'avais pas oublié. C'est une curieuse lubie qui lui est venue après la naissance du petit. Ne cachons pas la vérité : cette grossesse n'avait pas été souhaitée, mais la présence de Jérôme est un bonheur sans cesse renouvelé. Pourtant, elle prend la pilule, porte un stérilet, nous ne pratiquons le sexe qu'avec grande frugalité, les jours où nous sommes totalement convaincus de son infertilité, mais ça ne la rassure pas encore assez. De plus, ces accessoires disparaissent sans même qu’on ne les utilise, mais je ne veux pas la contrarier, elle est trop chère à mon cœur.

 

—  Tu es un ange, mon chou. Crois bien que je mesure tous les jours la chance qui est la mienne.

 

Ainsi s’est exprimée Martine à mon adresse. C'est agréable de constater la reconnaissance que les autres ont pour vous. Je ne m'en glorifie pas, mais en mon for intérieur, je suis fier d'être un phare pour Martine. Je garde ça pour moi. Personne n'en saura jamais rien. Ce ne sont pas là des choses qu'on hurle sur les toits.

 

 

 

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Mémoire

 

 

 

—  Mais qu'est-ce que tu me ramènes là ? Qu'elle me fait, Ginette.

—  Ben, du sucre, comme tu me l'as demandé.

—  Mais mon pauvre Gérard, on n'en fera jamais deux comme toi. J'avais demandé du beurre.

 

Elle est jamais contente, Ginette. Elle demande du sucre et puis elle râle que je rapporte du sucre. En plus, elle prétend qu'elle avait demandé du beurre. Ah, la mauvaise foi de ces dames ! Mais je la garde quand même. Dans le fond, elle est pas méchante et elle me rend des services.

 

—  Dis donc, c'est agréable ! que je lui fais tout de même remarquer, je me décarcasse et tout, même que j'ai eu affaire avec une cinglée qui a détalé dès que je lui ai demandé qu'elle me renseigne sur la question des rayonnages, et voilà comment on est reçu !

—  Évidemment ! T'as vu comment t'es sapé ? Encore heureux que t'avais ton calbute. C'est chez les flics qu'on t'aurait retrouvé, sinon.

 

Je me suis inspecté les étages inférieurs. En effet, on m'avait gaulé mon futal. Je sais pas comment ils ont fait, j'ai rien senti. Il se passe de ces trucs curieux, ces derniers temps. Du travail de pro, sans aucun doute. D'ailleurs, ça me fait penser que j'ai oublié de signaler que mon fils m'accompagnait au supermarché. Enfin, notre fils, à Ginette et moi. En même temps, il est pas pour grand-chose dans cette affaire, ce fils à sa mère, à part qu'il me tannait sans cesse au sujet de pantalons ou je sais plus.

 

—  Tais-toi ! que je lui ai dit, on est venu pour du sucre, pas pour des vêtements.

 

Et puis voilà qu'il laisse tomber les habits pour m'emmerder avec du beurre. Je vous jure, allez donc fonder une famille ! C'est comme cette fois, aux grandes vacances, où c'est encore mézigue qui s'était fait engueuler pour des prunes. À Rennes, sur la route de Saint-Malo, on avait dû remettre du fuel pour faire demi-tour. Ginette avait oublié les bagages, même que ça avait fait toute une histoire à cause qu'elle voulait rien reconnaître de sa culpabilité. Ou alors, c'était à Poitiers, sur la route de Bordeaux. Enfin, peu importe. Un de ces beaux jours que Dieu fait, je m'enfuirai très loin. Je dirai rien à personne et je pourrai oublier toute cette mauvaise foi.

 

 

 

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Mea culpa

 

 

 

   Stricto sensu, on ne peut pas dire que cette affaire soit extraordinaire et elle ne mériterait sans doute pas d'être relatée. A contrario, le choix du repas constitue  tout de même un exemple très représentatif de l'embarras dans les familles et, de facto, un élément central de notre existence. Laetitia était partante pour un mesclun, voire une petite romaine, agrémentée de quelques légumes de saison.

 

—  J'ai envie d'un repas léger, a-t-elle ajouté, il fait une de ces chaleurs.

—  Léger ?! Tu appelles ça un repas ? Un fac-similé, oui ! Cette plaisanterie ne va pas me restituer l'énergie perdue en une si dure journée de travail. Moi, je serais d'avis qu'on se tape un bon bolo comme ça fait longtemps qu'on ne s'en est plus tapé.

—  Longtemps ? Ça fait au moins deux jours, tu veux dire ?

 

Laetitia était bien résolue à brouter son mesclun. J'ai insisté, mais rien n'y faisait. Des salades, quoi ! Nous étions dangereusement coincés dans le statu quo. Notre alimentation dépendait de l'issue de cet imbroglio. Autant dire que notre survie était gravement mise en péril.

 

Notre fils est comme qui dirait mon alter ego culinaire. Je l'ai pris un moment en a parte pour le faire entrer dans la négociation, lui rappelant que le bolo demeure quand même le nec plus ultra de la gastronomie.  Gabriel était d'accord, ce qui a fait basculer le ratio vers le quorum nécessaire pour emporter la décision et opposer un veto catégorique au choix de Laetitia. C'était plié. Laetitia était vaincue. Elle mangerait du bolo comme tout le monde et puis amen.

 

—  Alors, pour la peine, tu iras toi-même faire les commissions, m'a-t-elle enjoint.

—  Pas de problème, ma chérie. Je te laisse même choisir le dessert. Et si tu devais avoir d'autres desiderata, je me ferais un plaisir de joindre un addendum à mon agenda. Gabriel me donnera un coup de main.

 

Il faut savoir goûter raisonnablement ses victoires et ne pas humilier l'adversaire. Caesar lui-même se faisait rappeler qu'il n'était qu'homme. Laetitia m'a demandé de lui ramener un de ces produits qui prétendent flatter la ligne autant que la santé et bousillent indistinctement l'une et l'autre. En somme, une crasse.

 

Les pâtes et la sauce ne causèrent guère de souci, mais nous ne trouvions pas à satisfaire la commande de Laetitia. En période estivale, le personnel de supermarché s'évade vers les embruns et il faut composer avec un contingent ad interim, des étudiantes d'université cherchant un petit budget ex cathedra, le prix du syllabus ne cessant de croître. Ces demoiselles sont charmantes, mais n'y entendent rien dès qu'il s'agit d'obtenir un renseignement sérieux. J'aurais certes pu m'adresser à un client fidèle, mais j'ai préféré recourir à l'expérience d'une employée régulière du magasin. Je n'allais tout de même pas perdre mon temps avec un vulgum pecus.

 

—  Chère madame, je cherche un de ces produits qui vous restituent une seconde jeunesse, dixit ma femme, mais qui ne sont selon moi qu'alibi pour s'en mettre plein le buffet. Un de ces jours, ces crasses vont l'envoyer ad patres, a fortiori consommées ad nauseam. Que me vaudra d'avoir raison post mortem ? Mais c'était la condition sine qua non pour manger du bolo ce soir, alors alea jacta est. Je crains que si vous ne me renseignez pas, je pourrai chercher ad vitam aeternam. Bref, pourriez-vous m'indiquer la localisation de ces fameux lactobacillus casei immunitas ? Grosso modo, le rayon ad hoc, ou a minima la direction pour s'en rapprocher.

 

Cette curieuse personne m'a dévisagé sans toutefois s'arrêter si même répondre.

 

—  Ne fuyez pas, madame, il doit s'agir d'un qui pro quo !

 

Elle s'est faufilée entre deux rayonnages et nous ne l'avons plus revue. Il y avait de quoi perdre son latin, mais nous nous sommes ressaisis. Gabriel et moi avons encore cherché partout et avons trouvé in extremis les lactobacillus avant la fermeture.

 

Sur ces entrefaites, il était déjà vingt heures trente lorsque nous sommes parvenus chez nous. Laetitia était affamée.

 

—  Ah, enfin, ecce homo ! s'est-elle exclamée.

—  Ecce homines ! a rectifié Gabriel que la puberté rendait susceptible.

—  Tu as raison, Gaby, pardonne-moi ce lapsus ! Vous étiez passés où, tout ce temps ?

 

Leatitia est très à cheval sur l'horaire. Il a donc fallu que je lui révèle la raison de notre retard.

 

—  Figure-toi que ne nous trouvions pas tes immunitas. Alors, j'ai demandé à une employée de m'indiquer le bon rayon, mais cette pauvre fille devait avoir perdu la raison : elle s'est enfuie sans nous répondre.

—  C'est un monde ! Une employée du magasin ? In situ ?

—  Oui, oui, intra-muros.

—  Décidément, cet établissement n'est pas très regardant sur le curriculum vitae de son personnel. Tu ne t'es pas plaint à la direction ?

—  Allons ! Je n'allais pas faire de ce petit incident un casus belli.

 

Bref, nous avons préparé le bolo, mangé de bon appétit, et cetera. Évidemment, a posteriori, je me rends compte que cette histoire n'est in fine pas bien intéressante. Mea culpa. Mea maxima culpa.

 

 

 

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Mésaventure

 

 

 

—  Il y a quelqu’un qui vous demande d’aller faire les commissions. Vous lui obéissez. Je vois une dame et un jeune homme. Cette dame, c’est la vôtre, la requérante ; le jeune homme, votre fils qui vous accompagne. Vous cherchez conseil dans le magasin, mais personne ne vous renseigne, ce qui ne vous empêche toutefois pas de vous acquitter de votre mission.

 

La romanichelle avait des lettres et il n’y avait bien que cela pour me surprendre. Elle remit le carré de tissus par-dessus la boule de cristal. La prophétie était apparemment terminée.

 

—  C’est tout ? que je demandai à la diseuse de bonne aventure. Et vous croyez que je vais payer pour ça ?

 

Dans le fond de la roulotte, il y avait une seconde pièce. Un malabar en sortit, bras nus bien que tatoués giclant de son marcel qu’il avait large mais pas assez pour le contenir entièrement, l’air déterminé autant qu’ennemi.

 

—  Pourquoi, ça n’est pas également votre opinion ? qu’il me questionna.

 

Je sortis un billet de cinquante euros de mon portefeuille.

 

 

 

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Matheux

 

 

 

   Du big-bang jusqu’à ce jour, vingtième marsien de l’an deux mille douze après qui vous savez, ça fait une sacrée ellipse, un audacieux escamotage des éléments causals pouvant heurter la compréhension du lecteur, mais celui-ci devra bien accepter de s’en trouver privé et, par conséquent, me croire sur écrit si j’affirme que je me trouvais au supermarché en compagnie de mon fils parce que sa mère et mon épouse (ensemble qui, à l’encontre des aberrations de la syntaxe, se trouve être un singleton) nous avaient demandé de lui rapporter quelque marchandise. Bien entendu, cette économie narrative nous prive de moult détails désopilants pour nous contraindre dans un espace euclidien somme toute assez ennuyeux, pour ne pas dire déprimant. La synthèse a un prix que nous devons payer. Payons-le et poursuivons !

 

Mon fils et moi avions décidé de mettre à profit l’enseignement de l’inégalité de Cauchy-Schwartz, odieusement plagiée par Minkowski, pour nous rendre rapidement au rayon confiseries. C’est-à-dire, plus prosaïquement, que nous escomptions nous y rendre par le chemin le plus court, réputé être la ligne droite selon une laborieuse approche heuristique pour qui ne connaît le produit scalaire. Mais le client à ses raisons que le marketing ignore, voire même contrarie. La seule ligne droite qui soit admise dans un supermarché est celle qu’emprunte votre argent pour disparaître dans une caisse après avoir quitté votre portefeuille, ignorant les paraboles et méprisant la balistique. De plus, ils avaient encore mélangé les éléments de la matrice de présentation, ce qui m’a contraint à recourir à l’aide d’une familière de ces transformations.

 

Geneviève, elle s’appelait. Je l’ai su parce que c’était inscrit sur une plaquette, elle-même épinglée sur un joli corsage, lui-même enrobant une chair délicatement galbée, elle-même abritant le cœur qui faisait rosir cette carnation, lui-même contenant des choses parmi lesquelles j’aurais aimé qu’une place me fût acquise. Mais pour parvenir en zoom jusqu’à son âme, il eût fallu que je disposasse d’une focale dont mes yeux ne jouissaient pas. J’ignorais quelle était son exacte fonction, aussi ai-je été convaincu de m’atteler sans délai à l’étude de ses courbes. J’ai oublié immédiatement la question que je voulais lui poser.

 

Comment aurais-je pu lui confier mon émoi ? J’ai songé à utiliser le second degré, mais elle aurait pu s’offusquer de me trouver aussi carré. L’abord d’une femme demeure, quoi que l’expérience puisse révéler, une opération délicate à réaliser. Schrödinger reste sur ce sujet parfaitement muet et donc sans secours. Déjà que comprendre le comportement d’un petit atome relève de l’exploit, alors une femme, pensez bien ! Sa poitrine était pleine du désir de vivre, mais le chat était-il mort ou vivant ? À ce stade de l’étude, rien ne permettait de conclure. Sans doute… enfin, je veux dire, probablement,  un peu des deux. Quoi qu’il en fût, je lui trouvais un physique qu’on trique. Hélas, chacun sait que l’observateur influe sur le cours de l’expérience et je me sais être un observateur peu neutre, rarement favorable, je le déplore, à la survie du chat. Précisément, j’ai cru percevoir que mon regard hypnotisé ainsi que le silence concomitant avec mon égarement la rendaient peu réceptive à mon charme. J’ai fait un effort pour me ressaisir et me rappeler ma question. Je l’ai retrouvée et la lui ai posée. C’est à ce moment qu’elle m’a giflé avant de prendre la tangente.

 

C’était une situation très embarrassante. J’ai fait promettre à mon fiston de ne rien révéler à sa maman de l’incident qui venait de se produire, après avoir moi-même promis de doubler la quantité à acheter de l’article que l’on entendait se procurer. Il m’a fait remarquer qu’un facteur deux rémunèrerait assez chichement son silence et que, s’agissant de facteur, il avait d’ailleurs obtenu bien plus de sa mère. Je lui ai évidemment répondu qu’il pourrait espérer un profit plus important s’il acceptait de reparler plus tard de cette question.

 

À l’angle droit formé par deux rayonnages, j’ai trouvé une autre employée. J’ignore comment elle s’appelle et n’ai jamais cherché à le savoir, ni par un côté ni par l’autre, pas davantage que par l’hypoténuse. J’étais toutefois certain qu’avec elle les choses se passeraient plus paisiblement. Une employée de supermarché est une employée de supermarché, c’est entendu, mais… comment dire sans paraître indélicat ?... Physiquement, elle me donnait l’assurance que je pourrais cette fois me concentrer sans peine sur la question que j’avais à lui poser.

 

—  Pardon, madame ! Ma femme est en pénurie de sucettes et elle m’envoie chez vous pour en trouver.

—  Oui…

 

Ce « oui » était encourageant, mais j’étais gêné tout de même par la manière qu’elle avait de me dévisager.

 

—  Oui…

 

Elle a promené son regard de mon visage jusqu’à mes chaussures et pareil ensuite dans l’autre sens en restant coincée sur ce « oui ».

 

—  Oui… Oui… C’est intéressant, qu’elle est enfin parvenue à poursuivre.

 

Elle m’a lâché un instant pour s’adresser à mon fils.

 

—  Petit, attends-nous là, je vais renseigner ton père !

 

Elle a pivoté de cent quatre-vingts degrés, ce qui m’a appris que son verso ne flattait pas davantage son recto que son égo.

 

—  Venez par ici, c’est pas loin !

Je l’ai suivie jusque devant une cabine d’essayage où elle m’emmenait. Là, elle s’est arrêtée net, m’a poussé à l’intérieur et m’a pris par la taille en me faisant des yeux de biche. De biche pas bien convaincante, mais de biche quand même.

 

—  Oh là, oh là, je crois qu’il y a méprise. Je cherche des friandises pour mon fils.

—  Bien sûr, trésor, mais nous, on est des adultes, n’est-ce pas ? Les gâteries nous sont-elles pour autant interdites ?

—  Et… hum… certes non, mais vous ne voulez vraiment pas me dire où se trouvent les confiseries ?

—  Pfff ! Est-ce que je sais, moi, où se trouvent les confiseries ? a-t-elle grogné s’en allant, fâchée mais résignée.

 

La porte de la cabine a oscillé un moment autour de sa position d’équilibre et de ma perplexité.

 

Le constat est irréfutable : il est impossible d’obtenir un renseignement sérieux dans ce genre d’établissements. Le personnel n’y connaît rien à son affaire. Quand bien même il s’en ferait expliquer des bribes et en admettant qu’il en comprenne la moitié, il se garderait bien de la partager. Se faire renseigner là-dedans est aussi commode que de quadraturer un cercle. C’est ce qu’il fallait démontrer et c’est ce qui le fut bien. Nous tiendrons ce résultat pour lemme qui pourrait bien à l’occasion servir à la démonstration d’une thèse plus ambitieuse : chaque élément de l’ensemble humain se fout éperdument de tous les autres, c’est-à-dire du tiers comme du quart. Pour ce qui me concerne, je passe outre et le considère déjà comme axiome, car je refuse de perdre encore mon temps à espérer le contraire. Confort pour moi et tant pis pour le dogme !

 

Au retour à la maison, j’ai reçu un accueil fort ingrat de mon épouse, ce qui était bien un comble après les révélations de qui je considérais encore, jusqu’à preuve du contraire, comme mon fils.

 

—  Et alors, et les sucettes du petit ?

—  Je t’en mettrai, moi, des sucettes ! Va donc demander une sucette, quand t’es un mec ! Voilà un bâton de réglisse, ça fera très bien l’affaire. Je l’ai acheté chez l’épicier du coin, c’était plus simple. Et encore a-t-il fallu que je fasse preuve d’autorité pour obtenir de ce commerçant son bâton à sucer.

 

 

 

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Magdalénien

 

 

 

   Un homme, que nous nommons Rogdar, se fait envoyer par sa compagne au « chemin d’eau » pour y pêcher le poisson. Il y emmène leur fils afin de l’initier à l’exercice de cette activité.

 

Parvenus sur place, ils constatent la présence d’une étrange femme souffrant de nombreuses infirmités : crâne déformé, projeté vers l’arrière, bras très courts, les mains tombant à peine au niveau des hanches, jambes courtes également. Rogdar interpelle la femme, mais il n’y a d’échangé que d’intenses regards au cours d’un bref instant avant qu’elle ne prenne peur et la fuite.

 

Ils pêchent, puis ramènent le poisson dans le foyer familial, mais Rogdar ne peut chasser de son esprit le souvenir de cette étrange rencontre. Pour l’exorciser, il décide de peindre sur la roche la scène qui le tourmente.

 

Une famille - un homme, une femme, un enfant mâle - vivait il y a un peu plus de seize mille ans parmi une tribu établie sur un site proche d’un cours d’eau, au sujet duquel on ne s’accorde toujours pas aujourd’hui lorsqu’il s’agit de lui décerner le titre de fleuve ou celui de rivière, mais que l’on nomme, dans un cas comme dans l’autre, la Dordogne. Le site porte actuellement le nom de Rosette, lieu-dit au sein d’une entité plus vaste où dominent la vigne et ses enfants, les crus de Bergerac, et où maraudent à la belle saison des touristes renseignés par des brochures vantant les produits d’un terroir gourmand et l’art de nos aïeux, des plus humbles berges de la Dordogne et de la Vézère jusqu’à Lascaux la Fameuse.

 

C’est sur ce site que je m’établis moi-même voici cinquante ans afin d’y étudier la vie de nos ancêtres, en particulier de cet homme que je ne savais pas encore poète car il n’était alors pour moi que des os. J’appris à le connaître par un bloc de roche sur lequel ont été portés dessins et inscriptions, dont je devais comprendre plus tard qu’ils sont, bien plus que témoignages, des œuvres nées de ses joies et de ses angoisses. C’est grâce à cette pierre de Rosette, comme autrefois Champollion, que j’appris à déchiffrer un peu du magdalénien et que ce sapiens redevint homme, vivant pour toujours. Ses nombreux croquis de la voûte céleste, étonnamment précis, sur lesquels on distingue très clairement Vénus, Jupiter et Vega, ainsi que le souvenir ocre de la terreur causée par la disparition du soleil ont permis d’affiner les conclusions des isotopes du carbone. Nous savons que Rogdar a confié ses os à la terre et son âme à la pierre dans sa vingt-septième année, en 14277 av. J.-C. et que, par conséquent, Baudelaire est né en 16125 après Rogdar. Il a modifié profondément nos connaissances sur Neandertal que nous pensions éteint dix mille ans plus tôt, car nous savons également qu’un matin, au bord de la Dordogne, quelques mois avant de laisser son œuvre inachevée, il a aperçu l’une des dernières Néandertaliennes, qui ne lui a jamais répondu car elle ne l’aurait pas pu.

 

 

 

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Mortelle méprise

 

 

 

La communication non verbale possède une richesse que le langage jalousera toujours. Mon épouse époussetait et moi, le mari, je marinais dans l’oisiveté. Jusque-là, les mots paraissent moulés sur les circonstances comme la bure habille le moine, bien qu’une expression prétende contester cette évidence, mais aucune langue, même très laborieusement ouvragée, ne permettra jamais de rendre cet instant précis où ma femme m’a parlé sans rien dire. Le plumeau est demeuré suspendu au-dessus du vase qu’il devait épousseter – car l’atmosphère était devenue aussi dense que cet objet - tandis que le regard de l’épousseteuse capturait le mien, qui lui par contre errait au hasard sans que ce dernier ne propose de but précis, ce qui après tout est l’une des caractéristiques les plus évidentes du hasard, à moins de s’aventurer dans des conceptions philosophiques de haut vol. Pendant un instant, je suis resté aussi stupéfait qu’Archimède lorsqu’il prit son bain, mais je n’avais pas le cœur à crier Eurêka.

 

Le vase était vide et les yeux de mon épouse pleins de vingt années de reproches. Un sourcil formait un V inversé au-dessus de celui qui concentrait les blâmes les plus noirs, à moins que ce ne fût un demi M à l’endroit. La dilatation de la pupille concomitante avec le tressaillement de la paupière m’a cependant permis d’écarter tout de suite la demi-mesure. Que voulait donc dire ce V ? Vaurien ? Vas-t-en ? Valise ? La sienne ou la mienne ? Il n’a fallu qu’un instant pour que me parviennent les cris de cette consonne. C’était à la fois le V de vase et celui de vide. J’ai décidé tout seul qu’il désignait aussi les V de vas-y vite. Que ne ferait-on pour adoucir un sourcil de femme ?

 

Je suis allé chercher mon fils immédiatement.

 

—  Fiston, je crois bien que je n’ai plus fleuri ta mère depuis ce jour où tu as cessé d’être un concept.

—  Qu’est-ce que tu racontes, ‘Pa ?

—  Que tu ne m’as jamais vu offrir de fleurs à maman. Mets ta veste, on s’en va trouver un fleuriste ! Il doit bien en rester un dans le quartier.

 

On a eu de la chance, on a trouvé rapidement, un pâté de maisons à peine après le cimetière municipal. J’ai expliqué bien clairement à la fleuriste que la situation requérait pour mon épouse une attention immédiate et à la mesure de l’attente qu’elle venait d’endurer (mon fils à seize ans).

 

—  Comprenez-vous, je ne veux pas la composition commune. Je veux qu’elle soit réalisée avec soin et qu’un message lui soit spécifiquement dédié.

 

La fleuriste s’est inventé un regard hybride mêlant la fureur à la désolation, comme si je venais de lui faire la plus horrible des plaisanteries. Elle a tendu un bras et au bout de ce bras l’index pour désigner la vitrine, sans rien dire, avant de tourner les talons et de disparaître dans l’arrière-boutique. Je suppose qu’elle voulait attirer mon attention sur ce qui était inscrit sur la vitre, mais il était impossible de le déchiffrer car cette chose-là avait été conçue pour être lue de l’extérieur et non de l’intérieur. Décidément ! Personne ne m’avait averti que c’était la journée sans mots.

 

Un type est sorti à son tour de l’arrière-boutique et celui-là a bien voulu s’intéresser à mon cas avant de devenir presque aussi impoli.

 

—  Après tout, du moment que vous payez, c’est vous que ça regarde !

 

Évidemment que c’était moi que ça regardait ! Après tout, que ces commerçants entendent se montrer si désagréables, du moment qu’ils me vendent ce que je voulais leur acheter, c’était aussi eux que ça regardait. Mais peu importent les tribulations du commerce, mon souci n’était pas là. Ce qui m’intéressait, c’était de rentrer rapidement à la maison avec notre composition florale et de redécouvrir sur le visage de mon épouse le sourire dont j’avais oublié jusqu’au souvenir.

 

Cruelle désillusion ! Ma femme m’a vissé la couronne sur les épaules après l’avoir fait  traverser par ma tête et je me suis retrouvé comme un enfleuri de Polynésie, ce qui, c’était très perceptible, ne signifiait point que ma vahiné me souhaitait la bienvenue. Mon fils était plié en quatre. La banderole violette gisait sur le sol et l’inscription qu’elle portait était, elle, parfaitement lisible, car c’était cette fois écrit à l’endroit : À MA REGRETTÉE ÉPOUSE. C’est là que m’est revenue en flash la vision de la vitrine des fleuristes et de l’inscription qu’elle portait : SERBENUF SEPMOP.

 

 

 

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Michel de Nostre-Dame

 

 

 

Premier quatrain de la XIe centurie, longtemps perdue, enfin retrouvée

 

 

 

L’espovse av gvevx mandera la prouende

Le bovrg verra père et fils révnis

Encheoir encontre une bavbie marchande

Et lors s’en fvyr d’un fort chapon mvnis

 

 

 

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Misères de mère

 

 

 

Mon père, c’est un dingue, je te jure, mais il est trop marrant, même s’il le fait pas exprès. Je crois même que c’est à cause de ça qu’il est tordant. L’autre jour, il me dit : « Viens, on va chercher des fleurs pour ta mère ! ». Crois-moi si tu veux, on se pointe devant des pompes funèbres et lui, il remarque que dalle. Je lui ai rien dit, tu penses, ça promettait trop de belles choses. Je te dis pas la dérouillée qu’il a prise quand il a offert la couronne mortuaire à ma mère. J’en pissais de rire.

 

Le lendemain, ça s’était calmé un peu et ma mère propose à mon père, pour qu’il puisse se racheter, d’aller chercher des géraniums pour ses balconnières. Ce coup-là, il s’est pas planté, il a trouvé la jardinerie comme un chef. Mais faut d’abord que je t’explique ce qui s’est passé juste avant, sinon tu comprendras rien.

 

Donc, on fait un crochet par le troquet où mon père et son pote Bébert se racontent leurs salades quand il arrive une bricole à l’un ou à l’autre, c’est-à-dire en moyenne sept fois par semaine. Cette fois, c’était au tour de mon père de se plaindre, comme quoi ma mère est une chiante, qu’il fait pourtant tout ce qu’il peut pour lui faire plaisir, mais qu’y a toujours un truc qui coince. Le Bébert en remet une couche, soi-disant que ce serait dans sa nature de femme d’être chiante, et que sa femme à lui est encore bien pire. Bref, on était lancé dans une sacrée partie de c’est-moi-le-moins-verni-des-deux. Ça, c’est pas le côté le plus marrant de mon père, donc je le tape de quelques thunes pour les investir dans le flipper et plus devoir écouter leurs conneries.

 

Mon vieux, quand j’ai eu fini ma dernière partie, ils étaient tous les deux pétés comme des coings. J’ai sorti le paternel de là avant que ça vire encore à la catastrophe et on est allés direct à la jardinerie. Là-bas, il demande à une employée où se trouvent les géraniums. Enfin, il croit que c’est une employée. Moi, je le laisse faire. Il se fâche parce qu’elle lui répond pas. Là, j’interviens.

 

—  ‘Pa, t’es en train de parler à une Vénus.

—  Hein, quoi ?

 

Il était en train de causer à une statue plantée en plein milieu d’un bassin. Il me croit pas, en plus.

 

—  Mais si, ‘Pa, je t’assure. Regarde, y a des nénuphars dans le bassin.

 

Tu sais pas quoi ? Il se baisse pour voir ça de plus près et v’là-t-y pas qu’il bascule pour se retrouver à barboter dans les nénuphars. T’aurais dû voir le tableau. Tous les clients se sont rappliqués pour se marrer. Je l’ai quand même sauvé de la noyade et on s’est tiré avant qu’on se fasse une réputation difficile dans le quartier.

 

Évidemment, quand ma mère nous a vus arriver, avec mon père trempé comme une soupe et tenant aussi droit que la tour de Pise, elle était déjà pas dans son état le plus joyeux.

 

—  Et mes géraniums ? qu’elle lui a demandé.

 

Il a sorti un machin qui lui pendait hors de la poche de chemise et il a dit :

 

—  Tiens, voilà déjà un nénuphar !

 

 

 

*      *

*

 

 

 

Mots-malle

 

 

 

   Il me vantarde de vous absconter la communistoire dont je fus le fait-divhéros. Il faisait grand effroid, c’était l’endhiver et mon épouse ne voyez-voulait mettre le magasinez dehors. C’était pour mon à-propomme.

 

Je mécontempoigne donc ma chapka et abracadabrave le froid avec cet apparaccessoire ramagique. Je me fais papaccompagner par mon dysorthografils moujikonographe et nous nous rendons au kolkhause-toujours. Là, j’ôte mon moscouvre-chef et chapeaustrophe une mascamarade.

 

—  Camarade lucifermière, y aurait-il un contrebendroit où tu indélicacherais de la régalimentation ? Mikhailova, ma femme, en a cinémarre du chou. Elle veut de la véritablanquette, de l’occidenrée.

 

Je benouattends qu’elle m’esperréponde, mais elle me refusille d’un regard noir comme du revancharbon. Surcroyez-le ou non, cette enflurie se partire sans mot chipiper. Nous confuyons rattrapidement car elle pourrait nous bardénoncer au K.K.G.B.

 

La rigolada nous aggloméramène à notre cradomicile. Ma crédulcinée croit que nous lui ramenons du tartinédit.

 

—  Qu’avez-vous là d’inapersucculent ?

—  Un pourravissant légume pommé.

—  C’est pas navrai ?! Branquore du chou ! Un de ces jours,  je ferai ma cavalise et m’en irai coucouester… et au diable l’armure rouge !

 

 

 

*      *

*

 

 

 

Mots sans mal

(mais avec Marx quand même)

 

 

 

   Il me tarde de me vanter en vous contant de manière absconse l’histoire commune, le fait divers communiste dont je fus le héros. Il faisait grand froid. C’était la saison de l’endive, c’était l’hiver. Dans cet effroi, mon épouse, voyez-vous, ne voulait mettre le nez dehors pour magasiner. C’était à-propos pour ma pomme.

 

J’empoigne donc avec mécontentement ma chapka et, d’un abracadabra, brave le froid avec cet accessoire d’apparat, ce ramage magique. En bon père, je me fais accompagner par mon fils - qui, malgré tous mes efforts, n’est jamais parvenu à écrire correctement, mon moujik s’exprimant plus volontiers par l’image ; mais ceci est une autre histoire – et nous nous rendons au kolkhoze, où l’offre rencontre rarement la demande. Là, j’ôte mon couvre-chef moscovite et apostrophe de ce chapeau une camarade de mascarade.

 

—  Camarade fermière du Grand Satan, y aurait-il un endroit de contrebande où tu cacherais indélicatement de l’alimentation qui régale ? Mikhailova, ma femme, me fait un de ces cinémas. Elle en a marre du chou, elle veut de la véritable blanquette, de la denrée d’occident.

 

J’attends benoîtement en espérant qu’elle me réponde, mais elle refuse et me fusille d’un regard revanchard, noir comme du charbon. De surcroit, croyez-le ou non, cette enflure en furie, cette chipie part, se tire sans mot piper. Confus, nous fuyons rapidement avant qu’on ne nous rattrape car ça pourrait barder, elle pourrait nous dénoncer au K.G.B. et nous serions dans le caca.

 

La Lada nous ramène, assez drôlement agglomérés, à notre domicile, dont il faut bien préciser que nous regrettons l’aspect exagérément spartiate. Ma dulcinée, parfaitement crédule, croit que nous lui ramenons de l’inédit à mettre sur la tartine.

 

—  Je ne vois rien. Qu’avez-vous là de succulent ?

—  Un beau légume pommé (que je sais pourrave, mais prétends ravissant).

—  C’est pas vrai ?! Et vous n’êtes même pas navrés. Encore du chou ! Vous êtes vraiment des branques. Un de ces jours, je cavalerai. Je ferai ma valise et m’en irai coucouter l’Ouest… et au diable l’armée rouge et son mur !

 

 

 

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Morse

 

 

 

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Ma mission ménagère

 

 

 

   Mazette ! (murmure pour moi-même) Monique m'a encore mandaté pour une mission ménagère. Mare de magasiner, mare d'être marionnette en ma maison, mais Monique manœuvre, manigance, me manipule. Elle minaude, me montre un mamelon, me met la main aux masculines, malaxe les maracas, manie le manchon, mastique le marquis et maintenant m'envoie mariner, macérer dans mon manque. Elle se moque de moi et me laisse en mollusque marabouté par son magnétisme, misérablement maboul. Elle me montre sa main.

 

—  Menue monnaie pour ma marchandise. Mets ton manteau et magne-toi !

 

Et elle se marre, me méprise, m'humilie. J'ai même pas moufté. Merde, quelle mouise !

 

Marc, mon marmot, maltraite les mathématiques dans sa mansarde. J'y monte.

 

—  Marc, mets ton manteau et magne-toi ! On mouve au Mammouth.

 

En ce morne mercredi après-midi, la multitude du métro nous mélange, moi, le monjingue, avec le flot des migrateurs de Panam aussi miraculeusement qu’un mascaret mêle la marée aux méandres de l’Amazone ou la mer aux limons du mont Saint-Michel.

 

Dans le magasin, j’interpelle une mammouthienne pour mendier un morceau de renseignement. Elle manutentionne, elle est accroupie. Mieux, elle est accroupionnée ! Elle fait sa mouquette. Je lui mate le matos. Miam miam ! Elle m'émoustille, ma mémère. Le moutardier est monumental, les mamelles magnifiques, des montgolfières, des mastodontes. Elle est monstrueuse, elle m'émerveille. Une madone de déjeuner de Manet, une massive de maître flamand. J’imagine l’origine du monde. Le mâle en moi me malmène. J'ai le mât de misaine qui démâte. Je me sens malfaisant. Je l’emmène dans le maquis des marchandises, lui montre mon émoi, ma monnaie et murmure.

 

—  Y a moyen de moyenner ?

 

Elle est médusée. Elle prend la mouche et la fuite. Elle met les bouts, la moukère. Je suis marron.

 

Je me métamorphose. Le malin me grignote les méninges. Je suis malade, vire marteau. J’ai même plus le minimum. Le manque m’abîme. Il me faut ma came. Je demeurerai monogame. Ah mais oui ! Ah mais c’est bien sûr ! C’est maintenant ou jamais. Ô ma mie ! Que j’aimerai ce moment où Monique sera mienne ! Ça va merder pour son matricule. Je vais lui monter une mazurka, lui massacrer le méchoui. Fini, l'esclavage ! Finie, la mascarade ! J’ai plus l’âme molasse du mahatma. Elle mourra méconnaissable, ma maîtresse. Je lui maçonnerai un mausolée, un mastaba. À moi Monique !

 

Merde, le morveux ! Tant pis pour le mioche. Je vais pas moisir au Mammouth. Je laisse Marc en marge et migre. Je déboule du supermarket et m’écrase sur le macadam. Une Mercedes m’évite et s’en va massacrer des vitres. La maréechaussée m’interpelle manu militari, menaçant des matraques, mais je m’évade en passe-muraille. Je boume au métro et reboume dans la rame. Chez moi, Montrouge, dix minutes, montre en main.

 

Monique mâchouille du surimi et sirote un Martini. Je vais pas marchander le morceau de mou. C’est peut-être le mois de mai, mais je ramène pas de muguet. C’est maintenant, plus de moratoire !

 

—  Mate-moi le musclé macho ! Amène-toi, ma bégum, on va faire mumuse !

 

Je lui masse le mérinos, majeure les muqueuses, mordille le minou et mange le millefeuille. Ça mijote. Ça mousse. Sa marinière est un marécage. Mieux, une mangrove. C’est presque un miroir, on manque s’y mirer. Maintenant, sur la moquette, elle mime le missionnaire.

 

—  Mets-la moi, mon matou ! qu’elle mendie.

 

Voilà ma mission, ma mignonne, voilà ma victoire. Miss Monique, c’est mon Marengo. Pour un peu, je modulerais une magnifique Marseillaise. Je lui machine la meringue, lui moulure la mortaise. On se mélange, méli-mélo.

 

—  Meule-moi ! Meule-moi !

 

Elle veut morfler. C'est enfin moi le maître en ma maison. Monique miaule, meugle et mugit. Mamma Mia ! Moi, qu’ai l’âme mélomane, je martèle en mesure sur le trémolo.

 

Maintenant, la mise à mort. Je mets dans le mile.

 

—  À moi ! Mon mari m’assomme ! Oh, mon mec ! Ah, mon messie ! Oh oui, mon matador ! Moui ! Mouiiiii ! Mmmmmmmmmmmm…

 

 

 

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Commentaires

Escampette
Hors ligne
Inscrit depuis : 20/10/2015
Bonjour,   J'y vais au

Bonjour,

 

J'y vais au compte-gouttes si ça ne vous ennuie pas.

 

Modestie : très plaisante histoire, une lecture fort agréable et amusante. Le plantage total du personnage est assez savoureux. Je m'interroge sur sa naiveté que je devinerais presque volontaire, non ?

 

Martine fut une superbe femme, mais elle n'a plus vingt ans depuis autant que ça.< depuis autant que ça, assez cabossée comme formule, ça ne passe pas bien je trouve.

 

 

Dans le Mémo, je n'ai pas compris la daronne < ce terme désigne la mère, non ? Or l'homme rapporte les courses à son épouse.

Shanne
Hors ligne
Inscrit depuis : 22/12/2011
M

M: Une lettre que j'aime prononcer, qui a elle seule donne un message agréable, positif.

Ici, elle sert de fil conducteur pour entrer dans des scènes de vie courante avec des personnages qui n'ont rien en commun, des époques différentes.

Le tout forme un texte intéressant à lire car il est vivant.

 

Un défi de s'imposer une lettre ?

 

J'ai bien ri avec:

   Modestie

Oui Martine a un coeur en or...Essoufflée, pas étonnant, pas facile de pratiquer de l'exercice dans un temps limité, holà..

Les préservatifs disparaissent, ben, oui, c'est peut être le petit qui s'amuse avec...

 

   Matheux

Ma femme est en pénurie de sucettes...J'imagine la scène. Oui, oui, un bâton de réglisse, c'est pas mal.

 

   Mortelle méprise

Qui doit être mortelle, rires.

 

 

Je suis pour la publication

luluberlu
Portrait de luluberlu
Hors ligne
Inscrit depuis : 24/12/2010
Com en cours Des histoires

Un exercice difficile que ce "à la manière de…". Les histoires sont de facture inégale quant à l'humour.

Mes préférence vont à : Méa culpa, Matheux (super), Magdalénien, Mortelle méprise, Michel de Nostre-Dame, Misères de mère, mots…, et Ma mission ménagère.
Modestie

Quelques lourdeurs comme ici : qu'il pouvait comprendre, qu'il devait s'habituer…
- Un doute : J'ai interrogé une employée, pour le cas où elle connaîtrait la nouvelle localisation du rayon
  pour le cas où (pour : exprime le but), ou bien, au cas où ("Au cas où" exprime nettement une hypothèse (= si)). ???
  Loc. conj.− En cas que, au cas que (avec le cond. ou le subj., vieilli ou littér.), au cas où, dans le cas où, pour le cas où (avec le cond., l'ind. ou le subj.). À supposer que, s'il arrivait que
- Elle m'a chuchoté à l'oreille pour ne pas alerter Jérôme. (Elle m'a chuchoté à l'oreille pour ne pas alerter Jérôme :)
En toute modestie, je dois dire que l'humour m'a en partie échappé. Tout au plus ai-je souri devant tant de naïveté.

Mémoire
- Et si tu devais avoir d'autres desiderata : désir de rata ?

Pas du tout accroché tant le personnage est outrancier, ce qui casse le ressort comique.
 

Mea culpa

Un assez bon exercice, mais qui gagnerait à être allégé quant au nombre de locutions latines utilisées (en d'autres termes il faudrait y aller bolo). La manière de les amener manque parfois de subtilité. La profusion nuit à l'effet comique.

- "Fac simile" (imitation parfaite, réplique exacte d'un objet) ne me semble pas approprié si je m'en tiens au contexte.

- Imbroglio (situation confuse, embrouillée) : je ne vois pas où est l'embrouille. Juste une divergence quant au choix du repas. Imbroglio est donc inapproprié.

- un petit budget ex cathedra (?) : usuel. Du haut de la chaire ; avec autorité, d'un ton doctoral ou dogmatique.

- vulgum pecus : barbarisme connu et employé, car le mot vulgum n'existe pas en latin ! Le mot latin est vulgus qui veut dire la foule. L'expression vulgum pecus, incorrecte, est l'altération de la formule empruntée à Horace servum pecus, littéralement "le troupeau servile". Elle est composée du substantif neutre pecus = troupeau et de l'adjectif servus (servum au neutre) = servile, asservi, soumis.Le vulgum pecus désigne avec mépris la foule ignorante, mais on s'en sert également pour parler du "commun des mortels.

- Un de ces jours, ces crasses vont l'envoyer ad patres : je n'ai pas trop compris la signification de crasse dans ce contexte. Belgicisme : aliment de peu de valeur, voire dangereux pour la santé.

Quant au bolo "parangon" de la gastronomie, je subodore qu'il s'agit là d'une référence de célibataire.

 

Mésaventure :

Un texte que j'ai dû relire, car je ne l'avais pas compris.

 

Matheux:
Ça n'a l’air de rien, mais quand le produit s'cale, l'addition peut-être salée (d'où le nom de produit scal air). Sache auteur qu'il n'est point de bilinéarité dans un supermarché (même et surtout à deux). De plus, dans le même lieu il est nécessaire d'user de la matrice de gram (c'est pourquoi il y a des balances). À ce propos, le lecteur regrette la balance à aiguille parce qu’elle, au moins, était diagonalisable.
De plus, des matrices dans un supermarché encombré de linéaires, me paraissent tout à fait appropriées.
Je précise que la mécanique ondulatoire de Schrödinger se rapproche singulièrement de celle de la femme. Il est regrettable que l'auteur ne se soit pas appuyé sur son équation, préférant s'appuyer (le mot est faible) sur la mécanique qu'on trique.
Je suggère également à l'auteur d'utiliser l’hypotémuse en lieu et place de l’hypoténuse pour aborder les bergères.
Contrairement à la porte de la cabine, je n'oscille pas pour dire oui à la publication.  

Le personnel n’y connait rien à son affaire : 'ne connait' me semble plus correct (doute) .
Au retour à la maison : de retour…
les révélations de qui je considérais encore : de celui que (de qui me semble curieux).

Magdalénien

Merci pour ce voyage dans le temps (et vive le carbone 14). J'ai appris avec stupéfaction que Baudelaire était né en 16.125 après Rogdar. Qui l'eut cru !

Pour l'extinction de Néanderthal voir : http://www2.cnrs.fr/presse/communique/1488.htm

 

Mortelle méprise

.ellevuon ennob eun tse'c  ,elletrom emêm esirpém ed saP

 

Michel de Nostre-Dame

jjjjeeee crrooiiiiis queeee j'ai cooompriiiis.

Seul "encheoir" ne me parait pas être le bon mot. Dans mon dico, il veut dire : encourir la perte de, tomber, succomber, se laisser tomber, échouer. Pas évident à lire, il faut être un peu maso.

N'y connaissant rien, je n'ai pas d'avis sur le quatrain en décasyllabes.

 

Misères de mère

Ah oui, alors ! Je m'en suis fendu le nénuphar en deux.

 

Mots-malle

Du travail certes, mais une lecture un tantinet laborieuse. Néanmoins, l'exercice valait d'être tenté.

 

Mots sans mal

Heureusement qu'il y a la traduction. Parfois, les mots-malle sont sans fond (comme le tonneau).

 

Morse

Le traducteur (copier/coller)

 

Ma mission ménagère

mmmmmmmmmmmmmhum ! c'est bon !

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