Accueil

Dors, mon p’tit quinquin

 

 

 

Lundi matin, sa femme et le p’tit prince, la la la…

Mais que m’arrive-t-il ce matin ?  Pourquoi cet air de chanson s’est glissé dans ma tête ? Stop… je me bouge.

 

Mardi matin, la la la…

Ah ! non, je suis à tes côtés, Thésée, comme tous les matins, tu m’attends, fidèle à ton poste, le divan, un câlin, un petit coup de peigne, vraiment petit, tu n’aimes pas ça. D’ailleurs, oui, mardi matin, ce n’est pas la la la, c’est Francine au salon de toilettage, tu la connais bien – moi aussi d’ailleurs –, une fois tous les deux mois depuis quinze ans, nous y allons. Quinze ans, ma puce à longs poils, et je vois bien que tu n’as plus beaucoup d’énergie, surtout ces derniers temps, tu bouges de moins en moins, manges de moins en moins.

 

Mercredi matin, l’empereur, sa femme…

Ce n’est pas vrai, cet air me prend la tête, ce n’est pas mercredi matin, c’est mercredi après-midi que nous allons voir le vétérinaire, tu m’inquiètes trop, Thésée.

Quinze heures… nous y sommes, une radio semble indispensable. Arrêt sur image. Je vois, le vétérinaire voit, il commence à parler, j’entends, oui, mais sa voix me paraît lointaine… cortisone… perfusion. Numéro de clinique si urgence… à revoir dans trois jours.

Jeudi matin, je ne fredonne plus, je décide de rester à tes côtés le plus possible pour suivre tes mouvements, surveiller comment tu vas, te caresser. Ne pas pleurer, non, je ne veux pas te perturber.

 

Vendredi matin, l’empereur, sa femme et le p’tit prince…

Je sais que tu ne seras plus là samedi, tu ne manges plus, ne bois plus, tes fonctions vitales sont bien ralenties. Je sais que je suis contre l’acharnement thérapeutique, que je ne veux pas te laisser souffrir.

Quinze heures… il semble inutile de te prolonger avec le risque d’une hémorragie interne due à cette masse qui te prend tout l’estomac.

 

Trois p’tits tours et puis s’en vont.

Je prends la route, je ne veux pas rentrer à la maison sans toi, de toute façon c’est l’anniversaire de mon amie, j’y vais. Une heure d’autoroute, tout droit… automate, l’auto roule… je ne fredonne plus… mon portable m’envoie la musique m’annonçant un message, il faut que je m’arrête ; et si c’était la clinique ? Ridicule et pourtant, je regarde... non, il n’existe pas de baguette magique, non, il n’y aura plus de samedi matin, plus d’empereur plus de p’tit prince.

 

Meunier, tu dors, ton moulin…

Thésée, oui, repose-toi en paix, regarde : Charly – le chien de mon enfance – t’attend. Il a veillé sur moi. Il va veiller sur toi maintenant.

 

Meunier, tu dors, ton moulin, ton moulin…

Quant à toi, mon moi-enfant, ne viens plus pour le moment ! Je me méfie dès que tu apparais…

0
Votre vote : Aucun(e)

Commentaires

Greg (manquant)
Bonjour Shanne,   Je me doute

Bonjour Shanne,

 

Je me doute pour l'avoir entendu que la mort d'un être proche comme un animal de compagnie peut être une épreuve, que la narratrice aborde avec une légèreté feinte ; cependant la rupture du lien n'est guère sensible pour moi car le texte ne tisse pas ce lien. Il eût fallu donner des anecdotes, un développement sur ce lien entre la narratrice et son chien. Je me suis presque demandé si elle n'était pas contente de s'en débarrasser, mais cela aurait conduit à un texte cynique qui n'est le tien.

 

Un texte "en creux" : j'ai l'impression que tu as parlé de la mort de ce chien pour suggérer tout ce que tu ne dis pas et qui s'est passé entre vous ; en parler directement, ce serait plus difficile mais plus consistant. Je t'invite à raconter davantage.

 

Je suis un peu étonné par les interprétations d'Anubis et de Lulu mais pourquoi pas.

 

Bisous,

Greg

framato
Portrait de framato
Hors ligne
Inscrit depuis : 24/09/2011
Dors...

J'ai bien aimé ce texte court mais qui aborde avec un certains talent plusieurs thèmes difficiles. La maladie, la mort, l'eutanasie, la psychiatrie (à travers les états du moi et une petite touche de transactionnel). Un texte respectueux et sensible, bien rythmé par l'introduction des comptines enfantines.

 

Oui sans réserve.

luluberlu
Portrait de luluberlu
Hors ligne
Inscrit depuis : 24/12/2010
Une ritournelle enfantine

Une ritournelle enfantine pour accompagner les états du Moi (ou états d'esprit ou modèles de comportement) Parent, Adulte et Enfant – qui lui n'a pas été convoqué (mais on peut supposer qu'il vient se superposer aux autres via la chanson lancinante qui rythme le récit) –. C'est en tout cas l'interprétation que j'en fais (si je me réfère à la description qui est donnée pour ce que d'aucuns nomment "analyse transactionnelle"). Donc :
Parent (mardi matin) : comportement nourricier.
Adulte  (mercredi, jeudi et vendredi) : objectivité
Enfant : qui est présent tout du long.
Un texte beau et fort adouci par l'antienne quelque peu psalmodique qui l'accompagne. J'en viens à supposer que l'auteur travaille dans le milieu médical ou en psychanalyse. Je précise que, n'ayant pas de formation particulière en ce domaine, mon interprétation est sujette à caution et n'est que celle d'un béotien.

Une portion de phrase "curieuse" : tu n'as pas plus beaucoup d'énergie (tu n'as plus beaucoup d'énergie ?).*

 

Publication : oui.
 

*Corrigée en "correction".

Vous devez vous connecter pour poster des commentaires